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Un raccourci dans le temps d’Ava DuVernay patine…

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Un raccourci dans le temps va t-il être le nouveau gros flop expérimental de Disney? Après découverte du film complet on est en droit de se dire que cela risque d’être le cas.

Un raccourci dans le temps d’Ava DuVernay est un film débordant de bonnes intentions… qui malheureusement se cachent souvent dans un packaging pour le moins brouillon. Finissant quelque peu par complètement faire exploser en vol la machinerie. Est-ce que je déteste pour autant viscéralement le film ? Non, pas vraiment. J’ai toujours plus de sympathie pour quelqu’un qui essaye quelque chose et se plante, qu’une personne se contentant de suivre une recette bien établie. Ava DuVernay développe ici des intentions pour la plupart très noble, proposer aux jeunes filles de se retrouver dans une héroïne à leur image, de plus la chose s’étend de facto aux petites filles de couleurs qui ici ont quelqu’un leur ressemblant en lead. C’est un choix nécessaire et amené intelligemment par la réalisatrice. Ce que l’on regrette par contre est qu’assez vite l’aventure en elle-même tout comme les motivations de beaucoup de personnages finissent par montrer assez vite leurs limites. Le pitch du film donne un avant-goût du voyage en terre inconnu qui vous attend : Comme la plupart des collégiens, Meg Murry manque d’assurance et tente de trouver sa place. Très intelligente (ses parents sont des scientifiques mondialement connus), elle possède – tout comme son petit frère Charles Wallace – un don rare qu’elle ne n’a pas encore exploité. La disparition inexpliquée de son père va l’amener à faire la connaissance de trois guides – Mme Quidam, Mme Qui, Mme Quiproquo venues sur Terre pour l’aider à le retrouver. Accompagnés de Calvin, un camarade de classe, ils trouvent au cours de leur quête un raccourci spatio-temporel les entraînant vers des mondes insoupçonnés sur lesquels règne un personnage maléfique…

un raccourci dans le temps

Oui, il y a une volonté de la part de la réalisatrice d’avoir une jeune héroine de couleur en lead pour l’importance du symbole. C’est un choix qui a fait ses preuves dans Black Panther… le hic est qu’ici la couleur de peau et la famille multiraciale n’amène pas forcément grand-chose de plus dans le récit et d’emblée, le film perd une véritable courroie de transmission en termes d’émotions. La façon dont les origines de cette famille aussi bien par la sœur que le petit frère adoptif sont traités confine au classicisme le plus absolu. On se dit du coup que nous sommes face à une occasion manquée en termes d’implications du spectateur dans le récit et c’est une faute dont le film ne se relève jamais véritablement. Oui, cette production Disney alterne avec une flamboyance incroyable les moments de magie et les instants les plus kitsch rapellant le cinéma grand public des années 80. La réalisatrice forte d’un budget colossal ne se refuse à vrai dire pas grand-chose et là encore à plus d’une reprise, le spectateur en prend plein la vue. Mais cette débauche dans le visuel (souvent sublime) ne peut cacher le reste. La structure en elle-même de l’histoire repose sur une base assez faible. L’absence d’un vrai méchant fort ou d’une mythologie solide donne a l’ensemble une allure de voyage dans une attraction de Disneyland, c’est propre, distrayant et sans erreurs. Mais cela manque surtout véritablement d’âmes. Il n’y a pas de personnages complètement mémorables. Tout est là pourtant dans l’ADN des premiers ou seconds rôles, mais a plus d’une reprise ces hommes et ces femmes restent à l’état embryonnaire. Tout comme le récit d’ailleurs. Et arrive ce qui devait finir par arriver, on s’ennuie. Jamais de la pire des manières, mais toujours avec politesse. Ce qui d’une certaine manière est pire vu que l’on est le cul entre deux chaises. Un peu à l’image du film d’ailleurs…

un raccourci dans le temps

Une production qui est malheureusement  au final bancale. Le genre de ceux qu’une grande partie du public rejettera vu que la somme de ses faiblesses fait oublier les quelques beaux moments le parcourant. On ne peut d’une certaine manière qu’être admiratif devant Disney pour avoir laissé à la réalisatrice la latitude pour faire le film qu’elle voulait. Un cas déjà présent avec John Carter of Mars ou Tomorrowland. 2 œuvres singulières dans le line-up Disney et malheureusement 2 flops. Est-ce que ce film va en prendre la même direction ? Dans le fond je le crains, même si un miracle n’est pas impossible. Les goûts du public de nos jours deviennent de plus en plus difficiles à cerner. Mais le problème avec ce film est que justement, il fait tout pour s’éloigner assez fortement du plus grand nombre. Réduisant sa potentielle base de fans aux plus jeunes. Ceux qui ne verront pas forcément toutes les faiblesses et passeront à côté sans sourciller. Le hic est même si ce public a le pouvoir de traîner les parents en salles et de faire en sorte que les billets à la vente marchent par 2, il y a tout les autres. La grande majorité du public qui lui ne fermera pas les yeux devant la légèreté du script.

un raccourci dans le temps

Le plus gros défaut de ce film est qu’il n’est jamais assez dense ni pour être le début d’une sage sur le long terme ou tout simplement un one shot mémorable. Ni l’un, ni l’autre… on nage d’un bord à l’autre sans jamais se fixer clairement et l’on finit par se noyer dans son ennui avec le temps qui passe. Un raccourci dans le temps porte mal son nom vu qu’il semble au contraire allonger le temps jusqu’au point de non-retour. Celui où le film a fini par perdre toute sa substance et que l’on se demande bien ce que la réalisatrice voulait raconter elle-même. Un mystère qui restera sans réponses tant dans le fond on n’a pas envie d’épiloguer sur le sujet. Dommage. Et c’est le plus rageant dans le fond tant on aurait voulu que ce film nous transporte vraiment. Mais la réalisatrice semble dépasser par l’immensité des moyens mises à sa disposition. Ce qui mène à un constat sans appels, peut-être dans le fond Ava Du Vernay est-elle peut-être bien plus à l’aise sur des productions modestes où le budget plus réduit l’oblige à moins s’éparpiller et recentrer son propos pour ne pas en perdre toute la saveur en route. Je ne rejette pas le travail qu’elle accomplit ici, il a autant de qualités que de défauts, mais son aspect expérimental finit par en bout de course à nuire à l’ensemble et c’est dommage, surtout quand on voit le budget du film. Respect a Disney pour laisser des réalisateurs de tout horizons tenter des nouvelles choses, mais parfois un petit recadrage en pleine post-prod peut permettre d’éviter l’iceberg se profilant à l’horizon. Dans le cas de ce film, j’ai bien peur qu’il soit trop tard.

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