Critiques de films Films français

Un début prometteur- Emma Luchini- critique du film

manu-payet-un-debut-prometteur

Martin, désabusé pour avoir trop aimé et trop vécu, retourne chez son père, un horticulteur romantique en fin de course. Il y retrouve Gabriel, son jeune frère de 16 ans, exalté et idéaliste, qu’il va tenter de dégoûter de l’amour, sans relâche. Mais c’est sans compter Mathilde, jeune femme flamboyante et joueuse, qui va bousculer tous leurs repères…

Parler du sentiment amoureux, de ce que l’on est et devient en le rencontrant pour la première, et de celui qu’on s’inflige en l’ayant perdu est un vaste sujet. Les affres du romantisme, on peut aussi bien se prendre les pieds dans ce tapis de roses que réussir a s’en sortir en créant quelque chose de fragile et solide à la fois. Le paradoxe est là. Un peu à l’image de chacun des personnages du film qui justement tombent les masques avec le temps qui passent. De Veerle Baetens en passant par Manu Payet et Zacharie Chasseriaud tous traversent le film comme une évolution, une route vers le changement où chacun se découvre laissant peu à peu revivre l’humain qui est en lui. C’est particulièrement vrai pour Veerle Baetens et Manu Payet qui sont ici deux personnages abîmés par la vie. L’une s’en protégeant comme elle peut jouant de son pouvoir de séduction pour tenir les hommes à distance et l’autre cuvant sa désillusion d’un amour perdu sans jamais trouver l’envie de redonner le coup de pied salvateur pour remonter à la surface. Ils sont à une extrémité du même spectre et pourtant se ressemblent diablement. Et au milieu Zacharie Chasseriaud apparaît comme l’électron libre. Celui qui gravite autour du soleil qu’est Veerle Baetens. Quitte à s’en bruler les ailes, cela n’a pas d’importance, il a l’insouciance de la jeunesse. Celle qui fait que l’on ne réfléchit pas, que l’on se contente d’aimer et profiter du moment présent comme s’il allait durer quoi qu’il arrive. C’est un peu ce que l’on ressent en voyant « Un début prometteur » d’Emma Luchini.

un-debut-prometteur01

Un début prometteur est donc une exploration tout en douceur du sentiment amoureux, le tout en partant de la joie de la découverte jusqu’à la cirrhose des sentiments qui va de pair avec la perte. Ou dans le cas du personnage de Manu Payet avec sa consommation d’alcool et de drogues pour oublier. Peut-on vraiment oublier le grand amour, nous détruit-il ou nous construit-il ? Donnant envie de passer d’un point à l’autre de notre vie au bras de quelqu’un que l’on sait capable de nous comprendre, nous faire rêver et juste apte à nous donner des ailes ? Dans le cas de ces deux frères qui l’un s’éveille à la vie et l’autre reprend en quelque sorte goût à celle-ci, la solution se nomme Veerle Baetens, elle est la pierre angulaire du film et aussi l’un de ses plus beaux personnages. Un début prometteur d’une certaine manière nous place entre Manu Payet et Zacharie Chasseriaud, on est le lien manquant entre ces deux frères qui au fond ne sont qu’une seule et même personne. On est comme eux à mi chemin entre ces deux extrêmes, mais bizarrement tout comme eux là aussi, on ne résiste pas au charme magnétique de Verre Baetens. Un constat qui saute encore plus au visage lors d’une magnifique scène où seule face à la foule d’un mariage, elle chante pour le public. Pour eux, pour nous et d’un coup les paroles de la chanson parlent au plus grand nombre. On est imparfait, mais l’on est un de ces hommes. Ces bras cassés, béat d’admiration devant la voix, le charme et tout ce qui se dégage de cette femme. Et c’est alors que l’on comprend mieux le fondement d’un début prometteur. Ou devrais-je dire la poursuite de ce sentiment qui le parcoure.

un-debut-prometteur02

Le frisson d’aimer et de se laisser porter par ce dernier. Zacharie Chasseriaud est celui sous le charme, Manu Payet est le spectateur désabusé s’ennivrant à distance des effluves que laisse flotter Veerle Baeten. Un début prometteur a ce je-ne-sais-quoi d’insouciance dans la réalisation qui offre au public le choix d’interpréter le film comme bon lui semble. Il n’est pas question ici de prendre la main du début à la fin de l’histoire et faire en sorte que le spectateur avance sur cette sempiternelle ligne blanche. Un début prometteur est fluctuant et imparfait tout comme beaucoup de relations. Difficile de ne pas se laisser emporter par la simplicité de cette rencontre et les conséquences inattendues qu’elle finit par avoir sur cette galerie de personnages. Un début prometteur a cela de bien qu’il prend la décision au final rafraîchissante de ne pas être l’élève appliqué de son domaine, comédie douce-amère qui fait la part belle aux mots et aux acteurs sans pour autant jamais céder a la facilité, le film d’Emma luchini ne cesse d’envelopper le spectateur d’un charme particulier. C’est tout simplement très joli quand une femme nous parle d’amour.

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply