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[TV] Gotham, retour sur le pilote…

Tout le monde connaît le Commissaire Gordon, valeureux adversaire des plus dangereux criminels, un homme dont la réputation rime avec « loi » et « ordre ». Mais que sait-on de son histoire ? De son ascension  dans une  institution corrompue, qui gangrène une ville comme Gotham, terrain fertile des méchants les plus emblématiques ? Comment sont nées ces figures du crime, ces personnages hors du commun que sont Catwoman, le Pingouin, l’Homme-mystère, Double-Face et le Joker ?

Quand l’annonce de la mise en chantier d’une série Tv sur Gotham a été rendue officielle, j’ai eu un léger doute. Il est vrai que vu l’ampleur de la tâche et tout ce qui avait déjà été fait, j’avais comme un doute sur le potentiel de réussite. Le fait de voir Bruno Heller ( The Mentalist) en patron de la série Gotham ne me rassurait pas non plus et pourtant. Après découverte du pilote de la série, il faut bien reconnaître que même si ce dernier n’échappe pas aux diverses obligations attenantes à un pilote, il s’en sort très bien une fois que la fin de l’épisode arrive. Gotham est avant tout un cop show, mais le genre de ceux qui s’amusent a assimilé dans son ADN, celui de la mythologie gravitant autour de lui. Une combinaison où la bonté n’a de finalité que d’être perverti. Gotham est une belle blonde promettant monts et merveilles aux hommes et femmes de passages avant de très vite les vider de leurs sangs au mieux ou de tous leurs espoirs aux pires.

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La série prend comme base narrative, le meurtre des parents de Bruce Wayne. Bruno Heller s’amuse à refaire l’histoire. On devine plus ou moins certaines des grandes lignes concernant l’identité du tueur des parents de Bruce Wayne dès le pilote, mais ce n’est pas ce qui amoindrit l’expérience. En effet, la quête du tueur est une fausse piste, un moyen comme un autre pour introduire Jim Gordon et toute la cohorte de personnages gravitant dans son ombre. Il est à l’image du spectateur, presque encore pure en arrivant sur les lieux du crime des parents de Bruce Wayne, son idéalisme n’a d’égal que sa naïveté. Un tempérament que son partenaire Harvey Bullock se fait un plaisir de tailler en pièces du début à la fin. Comme je le disais, la course vers l’identité du criminel des parents de Bruce Wayne n’est qu’un leurre. Une épreuve marquant le point de départ de l’incroyable destin qui va unir les deux hommes. Ben McKenzie et Donald Logue se révèlent assez excellent dans leurs rôles respectifs. Ils sont le cœur du show. Gotham est une bête bicéphale dont ils sont les emblèmes. Le mal et le bien. Interchangeable, identique et si différents à la fois. Les notions de légalité et comment les contourner frappent les deux hommes de pleins fouets et l’on se rend compte très vite que ni l’un ni l’autre ne sont des hommes parfaits.  Tout comme des flics intègres et sans tâches d’ailleurs…

Le vrai cœur de la série est dans ce qui dessine en sous-mains…La guerre qui se profile à l’horizon autour du personnage de Carmine Falcone. Le parrain tenant d’une main de fer la ville de Gotham, mais dont les adversaires commencent à vouloir la mort. Les fissures par lesquelles son empire commence à prendre l’eau sont les racines mêmes du mal qui va bientôt enflammer la ville. Le pingouin dont on connaît l’avenir criminel apparaît ici au plus bas de l’échelle. Un homme au demeurant minable dont pourtant tous les voyants indiquant le danger quand on le côtoie sont aux rouges. Fou furieux, psychotique et assassin. Le portrait ne fait que se dégrader passant d’un personnage anecdotique et manipulateur au début à quelque chose de plus froid et malsain en fin de parcours. Gotham crée un univers poisseux où la ville est à chaque instant l’héroïne invisible du show. Elle est l’épée de Damocles pesant sur l’existence même des personnages. La mort est à chaque tournant. Intemporel et venimeuse, Bruno Heller perd le spectateur volontairement en ne lui donnant pas forcément le moyen de situer dans le temps le lieu de l’action. On s’éloigne du coup de certains repères visuels et clichés plombant d’autres séries.

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Le point passionnant de Gotham réside dans son choix d’emblée profondément nihiliste de placer le spectateur dans un univers ou tout ira de toute façon de pire en pire. Dès cette première rencontre, les destins de Jim Gordon, Selina Kyle et Bruce Wayne dans cette allée scellent en grande partie l’histoire de Gotham. Un amour impossible, une course impossible pour nettoyer la ville, quitte à y laisser sa vie. Gotham est attrayante, hypnotique et profondément ingrate, elle ne remercie pas ses soldats. La série Tv de Bruno Heller  ne l’oublie pas et nous emmène donc dans les recoins de la lente agonie de Gotham, ce jusqu’à je l’imagine, ce dernier épisode qui se soldera par la naissance de Batman et la fin de Bruce Wayne. Car oui dans la schizophrénie qui habite Bruce Wayne cette série a tout pour être au final la lente agonie de son vrai personnage. Bruce Wayne est mort le soir du meurtre de ses parents, Gotham portant son agonie jusqu’à ce que le jeune Bruce laisse sa place a son vrai visage : Batman, Bruce Wayne par ricochet s’effaçant pour ne plus être qu’un simple masque, une image de décoration pour tromper le monde. À la différence des personnages qui l’habite, Gotham est honnête dès le départ. Elle est une saloperie et le vit très bien, car elle sait que vous allez succomber à son charme. Et dans le cas de cette série, il y a de grandes chances qu’elle ait raison. Une très bonne surprise.

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