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Trainwreck (Crazy Amy)-Judd Apatow- Critique du film

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Depuis sa plus tendre enfance, le père d’Amy n’a eu de cesse de lui répéter qu’il n’est pas réaliste d’être monogame. Devenue journaliste, Amy vit selon ce crédo – appréciant sa vie de jeune femme libre et désinhibée loin des relations amoureuses, qu’elle considère étouffantes et ennuyeuses ; mais en réalité, elle s’est un peu enlisée dans la routine. Quand elle se retrouve à craquer pour le sujet de son nouvel article, un brillant et charmant médecin du sport nommé Aaron Conners, Amy commence à se demander si les autres adultes, y compris ce type qui semble vraiment l’apprécier, n’auraient pas quelque chose à lui apprendre.

Que l’on aime ou déteste Judd Apatow, il est difficile de mettre de côté le talent du monsieur. Que ce soit dans la description cynique, humaine ou un chouilla vulgaire de nos travers, il réussit bien souvent à dépeindre avec perfection les travers de l’être humain. Son dernier film qu’il réalise, mais qui est cette fois-ci écrit par Amy Schumer est aussi brillant que réaliste. Ce n’est pas simple de faire une comédie romantique à Hollywood de nos jours. Enfin, j’entends par là d’en faire une qui possède un fond, même si elle reste grand public. Le genre est balisé à l’extrême et c’est justement là qu’il faut aller pour se démarquer. Trainwreck est sans nul doute sous l’impulsion d’Amy Schumer à l’écriture et devant la caméra le film le plus féministe de l’auteur. Pas dans le genre militant du terme, mais assez fin et intelligent. Amy Schumer au travers du personnage qu’elle incarne montre le portrait d’une femme luttant pour se placer dans une société ou un mec qui couche avec un tas de femmes est un don Juan et une fille faisant de même simplement une salope. Par le travers de la comédie, l’idée que Schumer défend est d’aller au-delà du stéréotype. Montrer que les différences sont inexistantes et que le cheminement de son personnage d’un extrême à l’autre repose sur autre chose que les idées préconçues que développe notre société face à la sexualité d’autrui.

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En mêlant l’histoire de sa famille et l’impact que son père a sur son personnage, le rôle qu’incarne Amy Schumer passe très vite de la nana superficielle et paumée à autre chose. Le duo à l’écriture entre Amy Schumer et Judd Apatow à la caméra fonctionne incroyablement bien. Trainwreck est autant une comédie romantique qu’une comédie sociale. Romance et famille, voici les deux points d’ancrage du film auxquels se rattache assez vite une galaxie de personnages secondaires tout simplement géniaux. Lebron James en meilleur ami de Bill Hader, John Cena en sportif détestant Mark Whalberg et complètement refoulé et Ezra Miller dans une performance complètement barrée. Amy Schumer ne tire jamais la couverture à elle en créant la galaxie de personnages. Elle comprend très vite que si Trainwreck veut avoir une chance de trouver son propre équilibre cela se fera en le peuplant d’une galaxie de personnages mémorables. Et c’est le cas. Chacun influençant avec humour et talents la vie des autres. Chose qui nous amène au domaine romantique du film. Trainwreck d’une certaine façon est ce qui se rapproche le plus depuis un bail de Quand Harry rencontre Sally. Deux personnages dans les nuages pour différentes raisons, incapables de s’acclimater pleinement à la vie courante, mais qui dès le début sont faits l’un pour l’autre. On sait pertinemment comment cela va finir et ce n’est d’ailleurs pas ce qui compte. Le vrai piment de l’histoire est le chemin qu’ils font pour y arriver. Chapeau bas à Bill Hader qui est sincèrement la dernière personne que j’imaginais voir en lead romantique. Et pourtant.

Trainwreck réussit à tous les niveaux à maintenir cette difficile balance entre rires et émotions. La romance n’est pas artificielle et les personnages qui nous la font vivre non plus. Les traits sont certes parfois exagérés, mais c’est l’univers Apatow qui veut cela. Au final quand on arrive au bout de la course, la chose qui ressort de cette expérience est que Judd Apatow livre ici son meilleur film depuis un bail. Un mix parfait de tout ce qu’il sait faire et Amy Schumer est clairement une très bonne révélation. Inconnu chez nous, elle mériterait d’éclater au grand jour, ne serait-ce que pour son scénario aussi drôle sur la forme que touchant sur le fond.

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