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The Lobster – Yorgos Lanthimos – Critique du film

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Dans un futur proche, en vertu des lois de la Ville, toute personne célibataire est arrêtée et transférée à l’Hôtel. Là, il a 45 jours pour trouver un partenaire. Faute de quoi il sera transformé dans l’animal de son choix, puis relâché dans les Bois. N’ayant plus rien à perdre, un homme s’échappe de l’Hôtel et gagne les Bois où vivent les Solitaires et où il va tomber amoureux. Mais l’amour n’est pas autorisé chez les Solitaires…

Il arrive toujours un moment dans sa vie de cinéphile où l’on croise des Ovnis. Parfois le contact est cordial, souvent pas du tout. Mais quand il est bon, il est fréquent de se retrouver pris dans une spirale que l’on ne contrôle pas le moins du monde et autant le dire cela fait un bien fou. The Lobster de Yorgos Lanthimos rentre dans cette catégorie. Comment définir le film ? Difficile, il y a un côté Gattaca pour sa société parfaite érigeant des codes dont on a bien du mal à s’échapper et surtout un énorme côté Cynique et lunaire sur la vision de l’amour dans notre société et la place que l’on prend quand on n’entre pas dans les schémas établis. The Lobster de Yorgos Lanthimos est en partie une comédie romantique sur quelques aspects… mais sur beaucoup d’autres c’est une autopsie glaciale du sentiment amoureux, le tout pris sous le prisme d’un humour absurde qui très vite laisse place a un réalisme assez glaçant aussi bien sur le fond que la forme. On rit souvent et bientôt jaune devant l’analyse que livre Yorgos Lanthimos des relations amoureuses. La société qu’il décrit bien que soit disant imaginaire repose pourtant sur une vision de l’amour et ses petits tracas qui n’est pas si fausse que cela.

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Qu’êtes-vous prêt à faire pour ne pas finir seul ? La question se pose dans The Lobster de Yorgos Lanthimos et le réalisateur prend un malin plaisir a démontrer que les résultats pour solutionner le problème ne sont pas toujours glorieux. Qui est le plus pathétique, les solitaires pleins de rancœurs envers le monde ne concevant pas que d’autres puissent trouver le bonheur en dehors de leur tutelle, les amoureux aux portes du désespoir prêt à tous les sacrifices pour ne pas finir en solitaire advitam eternam ? Tout s’entrechoque dans une mise en scène inspirée et bien souvent virtuose. Au-delà de son casting avec un Colin Farrell tout simplement grandiose, The Lobster de Yorgos Lanthimos fascine de par la virtuosité avec laquelle le jeune réalisateur développe son sujet le tout dans un univers frôlant l’absurde. Drôle, cruel, violent et d’un sadisme parfait, le film est un reflet des travers de notre société face à ce fléau si commun qu’est la recherche du bonheur. Il y a dans The Lobster une vision désabusée de la chose qui donne parfois l’impression que ce film aurait pu être l’œuvre des Monthy python sous prozac tentant d’expliquer les ravages en coulisses d’un service comme Meetic. Je caricature, mais la multitude d’interprétations possibles des thématiques du film donne en quelque sorte le vertige. A une époque où les films ont de plus en plus tendance a vouloir simplifier quoi qu’il en coûte l’histoire, The Lobster de Yorgos Lanthimos va dans le sens inverse. Il demande au spectateur d’être attentif, d’ouvrir ses neurones et de ne pas être passif. Il est facile de se perdre dans ce film, mais quand on fait l’effort de tenir la route, le voyage en vaut la chandelle.

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Porté par un Colin Farrell à la fois drôle par défaut, touchant par la force des choses et habitant véritablement à la perfection son rôle de looser flamboyant, on finit presque par se dire que ce personnage aurait pu sortir tout droit de l’imaginaire des frères Coen. Immense acteur au service d’un réalisateur et d’un script lui donnant la possibilité de s’amuser sans limites, Farrell brille de 100 feux dans ce rôle improbable. Mais The Lobster de Yorgos Lanthimos n’oublie pas pour autant de traiter les autres personnages avec autant de passions. De Rachel Weisz en passant par Lea Seydoux dans un rôle de garce assez délicieux ou encore Ben Wishaw et John C Reilly, The Lobster est une expérience assez peu commune qui en laissera sûrement plus d’un sur le bord de la route. C’est le risque, mais loin de jouer la carte de la facilité, le film assume pleinement d’un bout à l’autre sa singularité. Oui, The Lobster de Yorgos Lanthimos n’est pas classique, oui, il met mal à l’aise par moments une fois que le vernis de l’absurde se fissure, mais il ne laisse pas insensible. Il a une âme ce Lobster finalement. Une excellente surprise.

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