Browsing Tag

Gilles Lellouche

Critiques de films

[Critique] Mea Culpa – Fred Cavayé- Critique du film

mea-culpa

Flics sur Toulon, Simon et Franck fêtent la fin d’une mission. De retour vers chez eux, ils percutent une voiture. Bilan : deux victimes dont un enfant. Franck est indemne. Simon, qui était au volant et alcoolisé, sort grièvement blessé . Il va tout perdre. Sa vie de famille. Son job de flic.  Six ans plus tard, divorcé de sa femme Alice, Simon est devenu convoyeur de fonds et peine à tenir son rôle de père auprès de son fils Théo qui a désormais 9 ans. Franck, toujours flic, veille à distance sur lui. Lors d’une corrida, le petit Théo va être malgré lui le témoin d’un règlement de compte mafieux. Très vite, il fera l’objet de menaces. Simon va tout faire pour protéger son fils et retrouver ses poursuivants. Le duo avec Franck va au même moment se recomposer. Mais ce sera aussi pour eux l’occasion de revenir sur les zones d’ombre de leur passé commun. 

La meilleure façon de décrire « Mea Culpa » est de lui donner le sous titre suivant « 36 sous stéroïdes ». La noirceur de ton d’Olivier Marchal et la force de frappe sur la forme du John Woo d’antan. Fred Cavayé tout comme un Christophe Gans est un cinéaste multi ethnique dans sa filmographie, le cinéma est sa religion et l’action son laïus de vente. Dans le genre Mea Culpa fait un peu figure de cas d’école. Là où d’autres productions se sont casser les dents sur l’art de mélanger le fond et la forme, de faire du divertissement sans jamais renier les bases d’un genre que l’on range trop vite dans une sous case, Fred Cavayé évite tous les faux pas pour accoucher d’un véritable film de genre gentiment hardcore comme on en voit trop peu dans nos contrées.  Même si le fond de l’histoire en soi n’est pas forcément novateur, c’est tout le reste qui réussit à faire pleuvoir sur la tête du spectateur une pluie d’uppercut d’une violence sans pareil. Mea Culpa est un ride, malin et sournois qui s’évertue en un peu moins d’une heure trente à mettre littéralement KO debout le spectateur. Là où beaucoup avait trouvé le rythme d’  « A bout portant » haletant, il leur faudra revoir leur système métrique tant en comparaison de « Mea Culpa » il leur paraîtra calme. Fred Cavayé se surpasse et accouche d’un film supérieur en terme de rythme et totalement différent sur le fond.

mea-culpa-affiche-du-film

Là où A bout portant pouvait avoir une sorte de second degré et d’humour désamorçant plus ou moins certaines situations, Mea Culpa oublie cette donne au profit d’un combat rapproché entre sa hargne et l’endurance du spectateur. La logique de production veut que la violence se cantonne à une certaine forme de respect des contingences de la censure. Dans certains cadres, le spectateur s’attend a ce que le réalisateur ne l’emmène pas dans des zones plus ou moins boueuses où sa seule réponse va être « whooa » un terme qui revient souvent à partir de la moitié du film tant Fred Cavayé semble ne plus avoir de limite. Là où Nuit Blanche avec Tomer Sisley donnait une ébauche de ce qui vous attend dans le film, Fred Cavayé livre la version définitive en plaçant aux commandes du navire deux acteurs parfaits. Lellouche, en retrait volontaire, mais pas moins actif pour autant face à un Lindon qui dans ce rôle de flic ouvertement badass et sans pitié pour protéger sa famille est la vraie révélation du film. Loin du cliché américain qui veut que la mandale s’accompagne d’une punchline, Fred Cavayé et Vincent Lindon donnent vie a un personnage d’une froideur apparente uniquement tempéré par l’immensité de ses accès de violence. Une dernière qui entrant dans le cadre de la protection de son enfant se retrouve compréhensible, mais pas moins directe et à bout portant à plus d’une reprise. Fred Cavayé ne mégote pas sur la violence, elle est frontale, directe et froide. On regarde la mort dans les yeux et le tempo des balles rajoute à l’indéniable tension qui se crée autour de Lindon et sa famille.

Mais dans ce concert de louanges, vous allez me dire qu’il y a forcément un mais pour contrebalancer le sens de la danse ? La réponse est oui, du moins tout dépend du sens dans lequel on se place. En tant qu’archétype parfait du film de genre, « Mea Culpa » ne ment pas sur la marchandise. Simple, mais pas pour autant prompt à l’abus de développement le côté radical du film et son plaisir à aller droit au but déplaira à certains. Le côté ride sous extas est un parti pris que Fred Cavayé assume du début à la fin. Quelque soit l’avis du public sur le sujet une chose est certaine, il en ressortira KO en bout de course. Exercice de style classique sur le fond et diablement efficace sur la forme, on assiste à la livraison express d’un des meilleurs films de genre déjà existant dans le domaine récent du cinéma d’action français. Maintenant reste à voir ce que l’avenir va réserver au cinéma de genre français après ce rappel en forme d’uppercut indiquant que oui, il est possible de faire de la qualité, sans pour autant faire n’importe quoi. Fred Cavayé continue d’évoluer avec brio dans un genre où d’autres se cassent parfois les dents. Dans son cas, pas de dents tapissant le trottoir à la sortie de la salle ou alors ce ne sont pas les siennes. Très bonne surprise.

Pour écouter la rencontre/interview de 45 minutes faite pour le site avec Fred Cavayé Clique ici

Critiques de films

[Critique] Les infidèles- Jean Dujardin – Critique du film

Les infidèles avait le potentiel d’être un pétard mouillé. Il est vrai que les films à sketchs sont la plupart du temps inégaux. Alternance entre le meilleur et le plus banale, on est rarement ultra satisfait en sortant de ce genre de productions. Ajoutons à cela que le marketing du film le vendant comme une très grosse comédie, chose vendeur en pleine frénésie Jean Dujardin, le film pouvait effectivement décevoir ceux qui comme moi s’attendaient à autre chose. Car autant être honnête, le film n’est pas forcément ce que je pensais découvrir, cynique, tendre et voir même par moments franchement hardcore dans sa dépiction de la misère sexuelle de certaines personnes, il y a une sorte d’hommage volontaire ou non au mordant de Bertrand Blier. J’entends par là que l’ensemble peut sembler diablement vulgaire, cru ou creux, mais que si l’on fait l’effort d’aller au-delà des apparences, on se rend compte que sur plus d’un point le film touche un peu certaines cordes sensibles.

Alternance entre humours graveleux et prévisible, le film contient aussi des petites perles. Duo assez improbable, Dujardin et Lelouche doté du même potentiel comique réussissent à former une osmose à l’écran assez efficace. Mais c’est surtout au travers du regard des différents réalisateurs que les deux compères brillent de mille feux. Traiter de l’infidélité au cinéma sans se prendre les pieds dans le tapis et tomber dans le grivois basique et sans intérêts n’est pas forcément simple. Bon nombre de réalisateurs ont pris la décision de jouer sur ce terrain sans en avoir étudier correctement la topographie, résultat des courses, ils errent encore et nous autres spectateurs avons toutes les peines du monde à se souvenir encore ne serait-ce même que vaguement de leurs films. Conscient de ce risque, les Infidèles joue une carte dangereuse, jusqu’à l’extrême. Celle du mélange des genres. C’est à la fois la force et la faiblesse du film. Le rythme en pâtit et l’on peut se retrouver un peu à la rue par moment. Encore faut-il bien souvent avoir la patience de laisser l’histoire se dérouler pour arriver jusqu’à son climax.Moment nous laissant voir o combien il était nécessaire d’attendre pour prendre en frontal l’ensemble du petit manège. Le segment où l’ont retrouve Dujardin en VRP minable prêt à tout pour avoir une relation sexuelle est aussi froid et dérangeant que dramatiquement drôles dans son approche de la chose.

C’est une des marques de fabrique de ce film à sketches, ne pas faire de détails avec le bon sens. La morale est un fardeau, les convenances un boulet. Du coup s’en défaire est la seule alternative et les réalisateurs qui se suivent aux commandes l’ont compris. Certes le sketch de fin fait par Dujardin est une gigantesque blague potache, mais cela n’empêche pas le film d’avoir quelques pépites qui donneraient presque lieu à des films vraiment bon. L’un d’eux racontant l’erreur de parcours d’un dentiste avec une jeune ado et le 2e mettant en scène Dujardin et sa femme Alexandra Lamy dans une dispute sans pareille autour du thème de…l’infidélité. La force ultime de ce segment tient dans le malaise que le fait de les savoir en couple dans la vraie vie ainsi que la sobriété du jeu appuie encore plus là où cela fait mal. Homme ou femme, le malaise est perceptible et compréhensible d’un côté comme de l’autre. C’est lorsqu’il se fait plus doux que le film arbore une deuxième couche de sentiments que je ne pensais pas vraiment trouver chez lui. Cela ne l’empêche pas pour autant de donner dans l’humour gras qui tâche. Manu Payet trouve encore ici une occasion en or de montrer son potentiel comique avec un personnage haut en couleur.

À la fois très fidèle à la grivoiserie française old school et capable de sortie de routes beaucoup plus fines, les Infidèles surprend et déstabilise. Exemple parfait d’un film avec un marketing vendant une chose que l’on ne trouve pas forcément en salle, cette théorie de la tromperie est d’une certaine façon assez bénéfique. Déstabiliser le spectateur, lui faire perdre ses repères et l’amener à se laisser emmener dans une farandole cynique. Voilà un programme que je n’avais pas prévu et qui pourtant porte ses fruits. On réfléchit et analyse plus souvent qu’on ne rit. On compare parfois avec sa vie et au final on sort un peu entre deux rives. Spectateur du combat se déroulant dans notre tête entre notre nous et le cinéphile passif. Les deux débattant sans cesse encore et encore de la limite entre vrai et faux au niveau de l’inspiration face à ce qu’ils ont vu. Non tous les hommes ne sont pas ainsi, mais l’on est jamais à l’abri d’une sortie de route. Homme ou femme d’ailleurs.