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Coexister, la religion version Fabrice Eboué…

Sous la pression de sa patronne, un producteur de musique à la dérive décide de monter un groupe constitué d’un rabbin, un curé et un imam afin de leur faire chanter le vivre-ensemble. Mais les religieux qu’il recrute sont loin d’être des saints…

Quand on regarde le pitch de départ de Coexister et que l’on connaît l’humour pour le moins corrosif de Fabrice Eboué, on se dit que l’on avance sur un terrain miné. Que le risque de voir la chose nous exploser au visage assez rapidement est très forte. Mais d’un coup, alors que l’on craignait le pire, le miracle se produit et Coexister réussit à faire rire et pas qu’un peu. Il est pourtant bon de préciser que si vous êtes un religieux catho, juif ou musulman plutôt pas trop ouvert sur la déconne, le film va vous faire grincer des dents. Pourquoi ? Tout simplement du au fait qu’il contient certaines des vannes les plus hardcore de l’année sur la religion. Tout le monde en prend pour son grade, juif, catho et musulman. Fabrice Eboué ne cherche pas à ménager qui que ce soit et c’est ce qui rend au final le film sympathique. Mais aussi bonne que soit les blagues du film, s’il n’avait pas eu un casting parfait devant la caméra tout cela aurait très vite pris l’eau. Coexister possède heureusement un trio d’acteurs tout simplement parfait dans cette histoire au demeurant pourtant très casse gueule. Guillaume de Tonquédec, Ramzy Bedia et Jonathan Cohen portent le film du début à la fin en s’en donnant littéralement à cœur joie pour exploser les barrières du bon goût autour de leur personnage. Et dans le domaine, la véritable révélation est bien Jonathan Cohen.

Son personnage de rabin dépressif et border-line qui tente de retrouver un sens à sa vie est tout simplement magique. L’écriture de Fabrice Eboué aussi bien pour ce personnage que les autres d’ailleurs se permet tous les excès et le plus surprenant dans l’histoire est que la plupart du temps, cela fonctionne bien mieux qu’on ne pouvait le penser. L’humour très violent de Fabrice Eboué qui est sa marque de fabrique d’ailleurs risque de ne pas être du goût de tout le monde, mais dans une époque où la religion cristallise toutes les formes d’intolérances ou de haine, il est bon de voir un auteur s’attaquer au problème de front et avec un humour qui fait mouche la plupart du temps. Alors que les choses soient claires, l’ambition de Coexister n’est pas d’être un drame à la française moralisateur au possible. Non, loin de là. L’idée est de faire rire et entre les lignes essayer de glisser un message d’ouverture. La pertinence de ce dernier est ouvert à débats et tout le monde aura son mot à dire, mais s’il y a bien un domaine précis où Fabrice Eboué fait mouche, c’est celui de l’humour. Féroce et pourtant humain, Coexister est l’antithèse de toutes ses comédies lourdes et grand public abordant les problèmes sociaux que l’on voit fleurir sur nos écrans. Là où ces dernières n’étaient bien souvent que vulgaires aussi bien sur le front de l’écriture que de la réalisation, Coexister sans révolutionner le genre réussit à mettre en place une identité propre et surtout démontre l’envie du réalisateur de parler de quelque chose de commun… mais avec un point de vue sortant des sentiers battus. Le résultat est sans appel.

Coexister au final est à la fois totalement dans l’air du temps ainsi que fondamentalement con et jouissif dans son aspect rentre-dedans. Ce qui en bout de course ne peut que le rendre totalement indispensable. L’humour hardcore de Fabrice Eboué en laissera certains sur le bord de la route en hurlant, mais ce n’est pas bien grave. Les autres prendront le risque de sauter dans le train en direction d’un des plus gros délires de 2017 pour l’instant. Et accessoirement la confirmation que sous la direction du bon réalisateur Audrey Lamy ainsi que Jonathan Cohen sont des véritables Rolls Royce de l’humour noir. Et même si je pensais au départ que la chose allait être d’une lourdeur effarante, je suis vraiment ravi d’avouer que j’avais complètement tort. Coexister est une excellente surprise délicatement border-line. Et cela fait du bien.