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Suicide Squad mérite t-il le déluge de haine critique?

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Le problème quand on attend beaucoup d’un film est que bien souvent ce dernier n’atteint pas le niveau d’excellence que l’on espérait. Est-ce que Suicide Squad est parfait ? Non, est-il bâtard, bordélique et présentant des gros problèmes de scénarios ? Oui. Mais et pour être honnête et ne pas faire une critique à charge, il présente aussi pas mal de bonnes choses. Parfois à l’état embryonaire, mais cela se laisse regarder. D’une certaine manière quand on laisse retomber le voile de la haine du critique numérique ou juste de la déception, le Suicide Squad de David Ayer se rapproche assez du Pacte des Loups de Christophe Gans. Ayer et Gans partagent une certaine vision du cinéma qui parfois se fout de la tenue de route du script. Le vrai gros défaut numéro 1 du Suicide Squad est son scénario. A la fois généreux, ambitieux, bordélique (visiblement amputé de manière sauvage…) la liste des problèmes sur ce front en particulier est long, très long. La première règle de ce genre de film est de faire en sorte que le ou les méchants du film soient mémorables. Ils portent ainsi le reste de la narration et donnent encore plus de cartouches aux héros pour exister. Ici, la menace du film est faible et n’a en elle-même pas le moindre impact sur l’univers étendu DC. Suicide Squad dans sa forme actuelle est un objet étrange qui s’amuse à peaufiner sa forme… (enfin pas tout le temps vu les problèmes de montages et sensations de coupes à l’arrache) à défaut d’avoir grand-chose à dire sur le fond et cela aurait déjà dû nous alarmer dès la campagne promo du film qui aura au final fait plus de mal à l’ensemble qu’autre chose. Car, une fois le film vu, il faut bien reconnaître que la campagne promo était par bien des égards plus sexy que le film. Ce qui est ennuyeux…

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Suicide Squad est en fait un écrin pour Will Smith qui vole la vedette et Margot Robbie qui explose en Harley Quinn. Suivi de près par Viola Davis, immense en Amanda Waller, elle se révèle encore plus gangster que n’importe quel mec badass en diable dans ce film. Elle est l’incarnation parfaite de l’esprit et vient ensuite le Joker par Jared Leto. Nul doute que son rôle va faire parler pendant longtemps. Première arnaque… le personnage n’est là qu’un petit quart d’heure dans le film maximum et loin d’être dans l’ombre d’Heath Ledger par exemple il offre une prestation faussement en roue libre, malsain, barjot au possible, le Joker que nous offre le Suicide Squad est un amoureux transi prêt à tout pour venir sauver sa belle en l’occurrence Harley Quinn. Sa prestation est bonne tout comme ce qu’elle met sur la table, mais de ce stade d’intérêt naissant découle très vite de la frustration massive pour la simple et bonne raison que comme 60 % du casting, le Joker est sous exploité, un mal commun avec tous les membres du Squad à l’exception de Will Smith et Margot Robbie. Le scénario se focalise majoritairement sur Deadshot, Amanda Waller et Harley Quinn et la raison est assez simple (par extension on peut rajouter le Joker)…Ils sont tous là pour apparaître dans un avenir proche ou non dans l’univers DC face à Batman. C’est l’une des raisons aussi pour laquelle Suicide Squad se regarde sans véritable passion ni ennui, il n’y a quasiment pas la moindre once de tension dans le film. La raison est simple. En utilisant quasiment que des personnages mythiques de l’univers DC, le film tue dans l’œuf le suspens, vu que l’on sait d’emblée qui va mourir ou survivre. Et c’est un problème de taille mine de rien.

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Mais alors est-ce que la chose mérite quand même d’être vu ? L’un des derniers soucis du film est que dans le fond quand on regarde la structure narrative mise en place, DC a mis au placard toutes ambitions de réinventer la roue Suicide Squad se veut pop, trash et funky sur la forme, mais sur le fond ce n’est qu’une décalque des Marvel Post-avengers (l’utilisation de la scène mid crédit du générique de fin enfonce encore un peu plus le clou). Que reste-t-il de bon alors ? Suicide Squad est plus un film de transition qu’un vrai film à part entière. L’ombre de Batman plane sur chacun des « héros » du film et cette mise en bouche est là pour donner envie d’en voir plus avec le ou les solo films de Batman qui arriveront par la suite. On sait pertinemment qu’ Amanda Waller, Harley Quinn, le Joker et Deadshot vont (mythologie oblige…) recroiser la route du chevalier de Gotham. Le film n’en fait pas le moindre mystère et transforme cette pseudo-escapade badass en rampe de lancement pour ces héros en particulier. Dans le cas de ces 4 personnes la mission est plutôt réussie. Amanda Waller sous la houlette de Viola Davis est la version sans pitié de Nick Fury, un ange de la mort n’hésitant pas à avoir du sang sur les mains. Et loin de mériter le tombeau d’insultes qu’il se prend dans les dents Jared Leto livre un teasing intéressant sur ce qui nous attend avec le nouveau Joker. La romance entre lui et Harley Quinn fonctionne très bien. Sorte de Bonny and Clyde psychotique, la relecture des personnages a plus un look proche de la timeline New52 qu’autre chose. C’est un choix qu’il faut digérer au début et oublier le cap de l’excentricité, mais dans le cas de Leto avec plus de temps de présence, je suis certain que le consensus général aurait été bien différent.

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Suicide Squad au final est à mes yeux sous ce foutoir immense un bon film. Mais un film qui à été revu sans le moindre doute pour partir pendant la production dans une direction différente de celle qui était la sienne. En résulte une œuvre plus proche d’un Marvel assez basique. L’ennui est que Marvel avait justement attendu un certain temps pour commencer à délivrer des films relativement moyen…et DC le fait dès le début. Signe avant coureur d’une totale volonté de ne plus prendre de risque pour la suite de son line-up et de copier la formule Marvel ? Si c’est le cas, c’est franchement dommage, car avec la même ambition que Man of Steel ou Batman vs Superman, Suicide Squad aurait pu être un grand film. En l’état, c’est un croisement batard entre l’irréverence DC et le sens de la formule commerciale Marvel. Et l’on reste un peu beaucoup sur sa fin. Même si cela ne mérite pas toute la haine qui lui tombe dessus.

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