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Sicario : la guerre des cartels, le Call of Duty de Stefano Sollima

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Sicario : la guerre des cartels, c’est le coup d’éclats que personne n’attendait vraiment de la part de Stefano Sollima. Film qui égale sans mal l’original et existe loin de son ombre…

Sicario : la guerre des cartels n’est pas le film le plus simple du monde à vendre vu la politique actuelle. Est-ce que les producteurs et le scénariste avaient en tête que le cœur du film allait devenir aussi explosif ? Je ne pense pas. Mais du coup cela rend cette suite encore plus passionnante entre les lignes. Pourquoi ? Car au travers de cette nouvelle « aventure » c’est une critique acerbe du système américain et sa loi du talion inutile qui se met en place. Est-ce que cette course sans fin entraînant les Américains dans une guerre contre le Terrorisme ou l’immigration mexicaine qui est leur nouvelle ennemie mènera ce pays vers quelque chose ? Taylor Sheridan au travers de Sicario : la guerre des cartels dont il est le scénariste semble répondre un non franc et massif. Chacune des actions des Américains n’a pour action que de contribuer a créer des extensions encore pires. On plonge dans un abîme où l’on ne trouvera jamais la moindre once de lumière. Est-ce que la rédemption ou du moins l’envie de tendre la main vers elle effleure l’esprit des héros ? Oui, mais pas forcément chez celui que l’on attend… Et si vous vous demandez la couleur que va prendre ce Sicario : la guerre des cartels, le pitch donne une bonne idée de ce qui se trame… Les cartels mexicains font régner la terreur à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Rien ni personne ne semble pouvoir les contrer. L’agent fédéral Matt Graver fait de nouveau appel au mystérieux Alejandro pour enlever la jeune Isabela Reyes, fille du baron d’un des plus gros cartels afin de déclencher une guerre fratricide entre les gangs. Mais la situation dégénère et la jeune fille devient un risque potentiel dont il faut se débarrasser. Face à ce choix infâme, Alejandro en vient à remettre en question tout ce pour quoi il se bat depuis des années…

Passer après Denis Villeneuve a mes yeux avait quelque chose de fou ou d’inconscient. Le premier Sicario est un travail d’orfèvre avec des montées en puissance féroce. Le film de Stefano Sollima est un bulldozer attaquant de front le terrorisme, la guerre contre les cartels et le goût du sang que peuvent avoir les Américains quand on les attaque. Le tout sans jamais pour autant déboucher sur quoi que ce soit de constructif. Et c’est d’ailleurs ce qui frappe assez vite une fois que l’on évacue les appréhensions liées à l’intro du film. Sicario : la guerre des cartels n’est pas là pour être pro Trump ou que ce soit s’en rapprochant. C’est au contraire un regard froid et clinique sur l’art délicat de la guerre sans fin où s’enlisent les Américains depuis la décennie. La négociation, le dialogue, rien n’y fait. Ces notions restent étrangères. Seul compte la force, quelle que soit la manière peu importe et quand cela rate, on nettoie de A a Z les erreurs en espérant que cela suffise. Mais quand tout ne se passe pas comme prévu et que la partie se retourne contre les organisateurs, on assiste à quelque chose de pleinement inquiétant qui se met en place devant nos yeux. Construit depuis le départ comme une trilogie (et ce second volet renforce encore plus ce sentiment…) Sicario : la guerre des cartels est l’équivalent de l’empire contre attaque de la Saga. Tout ce sur quoi l’on avait construit notre vision des choses. Et une fois de plus le côté terriblement actuel du film vu les errances de Trump avec le Mexique donne au récit de Taylor Sheridan une saveur amère très particulière. Un sentiment de véracité qui entre les lignes dérange.

Porté par un Benicio Del Toro toujours aussi intense et un Josh Brolin atteignant son point de rupture, Sicario : la guerre des cartels donne l’impression que Sam Peckinpah vient de livrer une version sans filtres des dégâts de la politique américaine de Trump. Mais au-delà de son scénario tendu comme un string, de son casting incroyable, la vraie star du film est derrière la caméra et elle se nomme Stefano Sollima. Filmer des militaires dans le soldat américain récent a toujours été un peu problématique. Travailler avec le service cinéma des armées US, finit toujours par se matérialiser sous la forme d’une pub vivante pour le recrutement. Ici, Sollima évite avec une habileté incroyable les fautes potentielles qu’on pouvait s’attendre à le voir prendre. Chacune des séquences d’actions est digne de ce que l’on peut voir dans Call of Duty et bonus c’est d’autant plus jouissif de le voir réussir son coup sur ce tableau. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison que son prochain film est justement Call of Duty. Stefano Sollima apporte à Sicario : la guerre des cartels une authenticité incroyable dans la manière dont il dépeint l’action et les hommes qui s’y collent. On oublie le côté cinématographique pour ne plus garder que l’essence même de la tension qui s’instaure entre nous et l’écran. Encore plus sadique que Denis Villeneuve dans sa dépiction de la violence Sollima transforme ce second volet de Sicario en véritable champ de bataille. Personne n’est épargné et toujours de la manière la plus frontale qui soit. Maniant violence physique et psychologique dans une danse assez perverse, il pousse ce film dans une zone assez rare pour les suites Hollywoodiennes, celle où l’on peut dire sans mal que la suite est à arme égale avec le 1er film.

Abrupte, sanglant, ultra-politique sur le fond comme la forme, Sicario : la guerre des cartels est un coup de poing. Le western minimaliste du 1er volet s’efface sous la caméra de Stefano Sollima pour livrer un film de guerre et une réfléxion sur l’érosion du système militaire américain. Le réalisateur amène son regard européen sur la chose et ne caresse personne dans le sens du poil. On regarde le film comme une vidéo de sa conscience se faisant malmener sur le ring de la vie par un mec particulièrement énervé. Ce mec c’est Stefano Sollima et quand on sait donner vie sans les clichés à un film de guerre, on se dit que cela mérite que l’on retienne son nom. Là où j’allais à reculons craignant la sortie de route après la grandeur du 1er, c’est le contraire qui se passe. Oui, Sicario : la guerre des cartels est un excellent film et pas la moitié d’un putain de film de guerre bien nerveux. Je survalide.

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