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Sicario, Denis Villeneuve et son requiem pour un psychopathe.

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Sicario ou le requiem d’un psychopathe, ode à la vengeance et ce qu’elle imprime au plus profond de nous brulant la moindre parcelle d’humanité restante. Et leçon de cinéma tout court.

Sicario de Denis Villeneuve est un film qu’il est amusant de découvrir 2 ans après tout le monde. L’actualité se fixant depuis déjà plusieurs mois entre les tensions USA et Mexico autour de l’immigration et du crime à la frontière plonge désormais Sicario sous une autre lumière. Et ce qui est le plus fou dans ce film est de voir que Denis Villeneuve sur un scénario de Taylor Sheridan qui comme à son habitude manie la violence comme personne est de voir son refus absolu de montrer des personnages vraiment bons. Sicario est un océan absolu de refus de la bonté, Western urbain et contemporain, Denis Villeneuve trempe les mains dans la noirceur de l’âme humaine. Et le résultat est totalement fascinant. Minimaliste à l’extrême, tout Sicario repose sur une lenteur quasi hypnotique, des flashs de violences sans la moindre pitié et une véritable leçon de cinéma. La marque de fabrique de Denis Villeneuve diront nous et comment ne pas tomber sous le charme toxique de ce film. Plongeons un court instant dans le pitch : La zone frontalière entre les États-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.

sicario denis villeneuve

N’attendez pas la moindre note d’espoir concernant Sicario, faussement centré autour de cette histoire de combats contre la drogue, Sicario n’est rien d’autre que le parcours vers le néant d’un homme brisé. Un ancien juste devenu l’incarnation parfaite de l’ange de la Mort. La vraie force de Benicio Del Toro dans ce film est que d’une action à l’autre, il ne cesse de nous faire douter. De notre propre émotion. On sait que cet homme est une ordure finie, un monstre même et pourtant, on se met à tenter de lui trouver des excuses. Le spectateur ici trouve son reflet en la personne d’Emily Blunt. Aveuglé par ses idéaux qui sont les dernières choses la faisant tenir, elle tombe comme nous dans le piège des apparences. Enfin y a-t-il vraiment un piège ? L’humanité existe encore bien profondément dans les entrailles d’Alejandro, mais à un degré tellement infime, qu’en apparence il est difficile d’y voir un humain quand on le regarde. Et c’est ce qui fait toute la force de l’interprétation de Benicio Del Toro, un jeu basé sur la finesse et la nuance. Il démontre de la plus belle des manières que le pire des monstres peut-être en partie humain. On ne naît pas une ordure, on le devient par la force des choses, par le milieu dans lequel on évolue et ce qu’il laisse comme cicatrices qui ne se refermeront jamais en nous. Et c’est toute cette fragilité devenue de la colère que Josh Brolin utilise à ses fins. Personne n’est dupe. Benicio Del Toro accepte d’être mis à contribution pour arriver vers son but et Josh Brolin obtient lui des résultats qu’il n’aurait jamais eu de manières propres. Et au milieu de tout cela se tient Emily Blunt. La porteuse des illusions du spectateur. Elle tente de faire en sorte de les sauver, mais finit bien vite par abandonner tant l’univers se déchaîne contre elle.

sicario denis villeneuve

La noirceur de Sicario n’est pas que de façade, elle est à tous les étages du film. Et c’est aussi fascinant que déstabilisant. Rare sont les moments où les astres s’alignent sur toutes les facettes d’un seul et unique film. Une réalisation parfaite, un scénario parfait et un casting 4 étoiles à tous les niveaux. Une combinaison tout simplement hallucinante qui permet à Denis Villeneuve de laisser éclater son talent de mise en scène. Soderbergh avait voulu il y a longtemps joué sur le même terrain avec Trafic. Le tout pour aboutir à un résultat pour le moins correct, mais qui a aucun moment n’arrive à la cheville de ce que Denis Villeneuve accomplit avec Sicario. Film en trompe l’œil sur sa vraie nature, tout tient dans l’art de la manipulation. Nous sommes dans un univers de loups où les idéalistes et les faibles n’ont pas leurs places et parfois, cela fait un bien fou de voir un film comme Sicario assumant son fatalisme et sa noirceur du début à la fin. L’écriture au couteau de Taylor Sheridan plante certaines graines comportementales que l’on retrouvera dans l’immense Wind River. Deux films où la violence n’est pas un gadget visuel mais bel et bien un outil indispensable à la symphonie du chaos se déroulant devant nous.

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Film rare et peu commun, Sicario se termine en apothéose sur une double séquence aussi minimaliste que d’une violence exacerbée. Deux séquences montrant coup sur coup que le spectateur tout comme le personnage d’Emily Blunt était en droit de se faire des illusions sur le personnage de Benicio Del Toro. Un monstre absolu qui pourtant l’espace de quelques secondes peut vous faire vaciller et douter d’un simple regard. Tout le film n’est qu’une immense lettre d’amour de Denis Villeneuve à son acteur. Au travers de ce film, il nous offre une « possible » fin de parcours pour cet homme rongé par la colère et la haine. Il court sans cesse vers la vengeance et la rédemption, mais chaque pas qu’il fait vers cette dernière montre qu’il perd encore un peu plus de son humanité déjà bien peu présente.Pire encore qu’il aime quasiment ce qu’il est désormais devenu… Emily Blunt est son seul phare dans la nuit et c’est ce qui rend leur confrontation aussi forte. L’un étant conscient de sa force physique et psychologique et la seconde bien incapable de comprendre qu’elle provoque un trouble presque salvateur dans l’univers de ce psychopathe. Tout se joue entre les lignes, dans les petits détails et les silences. Et c’est d’ailleurs dans ces derniers surpeuplant le film, que Sicario est le plus fort. Une grande œuvre totalement désabusé sur ce que la vengeance et la haine font de vous avec le temps. Un être souvent pire que ceux que vous traquez et ce même si l’on tente vainement de se persuader du contraire. Brillant du 1er au dernier plan. A voir !

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