Critiques de films Films français

Seuls, l’adaptation périlleuse de Gazzotti et Vehlmann…

Leïla, 16 ans, se réveille en retard comme tous les matins. Sauf qu’aujourd’hui, il n’y a personne pour la presser. Où sont ses parents ? Elle prend son vélo et traverse son quartier, vide. Tout le monde a disparu. Se pensant l’unique survivante d’une catastrophe inexpliquée, elle finit par croiser quatre autres jeunes : Dodji, Yvan, Camille et Terry. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce qui est arrivé, apprendre à survivre dans leur monde devenu hostile… Mais sont-ils vraiment seuls ?

Seuls de David Moreau avait a priori tout pour être une excellente surprise. Les 10 tomes qui composent pour l’instant la saga sont d’une ambition et d’une perversion bien plus grande que ce que les apparences laissent à penser. Du coup, on ne peut dans le fond qu’être tristement surpris quand on découvre le résultat à l’écran. Oui, Seuls version cinéma par David Moreau est une relecture en mode mineur de la saga papier. Rare sont les adaptations qui peuvent se permettre de tout retranscrire, souvent pour des questions de budgets. Mais tant que ces dernières font l’effort de garder la base de ce qui fait la force de ladite saga, il est facile de pardonner. Dans le cas de seuls, cela devient plus particulier pour la simple et bonne raison qu’à force d’avoir enlevé, couper, modifier et j’en passe des choses du récit d’origine, cette version cinéma est juste une sorte de gigantesque coquille vide qui au mieux plaira à ceux n’ayant jamais lu la saga. Mais qui pour les autres pourra malgré tout avoir un faux air d’adaptation en roue libre.

Seuls en version papier de par l’âge des protagonistes présentait d’emblée un souci, impossible au cinéma de plonger des très jeune enfants dans un tel déferlement de violences sans risquer une interdiction plus forte. La réponse de cette production est attendue et pas forcément catastrophique (enfin en apparence…) tous les personnages sont plus vieux que dans la version papier et même si au début cela ne joue pas contre son camp, sur le long terme, la chose devient plus problématique. Pourquoi ? Peut-être pour la simple et bonne raison qu’en prenant la décision de les vieillir, le scénario adapte en partie la mentalité des personnages à ces quelques années bonus. La noirceur du récit dans sa version papier était très subtile. Dans le cadre de sa version cinéma, elle disparaît au profit d’un humour plus ou moins forcé dans le meilleur des cas ou d’un empilement de clichés dans le pire des cas. Mais là encore, le film pourrait survivre à ces quelques défauts, ce qui est moins compréhensible par contre reste a priori tout le reste. Ce premier film se tire d’emblée une balle dans le pied en essayant plus ou moins d’adapter les 5 premiers tomes… et se heurte très rapidement au mur de la réalité. Le budget ne le permettant pas, il faut couper… couper… couper. Le scénario de David Moreau garde quelques grandes lignes de la saga pour ne pas perdre le lecteur en route et accessoirement jouer sur cela dans la campagne promo.

Mais c’est bien sur tout ce qui se cache entre ces moments que réside le souci du film. Seuls nie toute once de suspens (voir même tue d’emblée tout son potentiel) en détruisant le twist du film dès les 3 eres minutes au travers d’une courte séquence d’arrière-plan. Le spectateur découvrant la saga n’y fera pas forcément attention, mais pour les autres, on se demande l’utilité de ce rajout. Certes rajouter une « backstory » à ce personnage est compréhensible, mais amener cela d’emblée tue le twist de fin de film… Ce qui pousse même à se demander (et ce à plusieurs reprises) si David Moreau ne se fout pas un peu de la gueule du spectateur avec ce script. Mais là encore, ce n’est qu’une partie des nombreux problèmes qui obstruent la fin du film. Le personnage de Saul ultra-important dans la saga et bien mieux écrit et plus fin que son apparence ne le laisse croire au début dans la version papier. Ici au cinéma, il est celui qui souffre le plus d’une adaptation tout simplement ridicule. Faisant écho à ce fameux twist avorté de l’écho du film son apparition soudaine est l’équivalent d’un cheveu sur la langue. Le truc sortant de nulle part et faisant l’impasse sur une quelconque idée de développement. Sorte de caricature de bas étage d’un enfant aryen psychotique et raciste, son personnage non content d’être mal joué et mal écrit en devient juste pénible.

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Et c’est surtout sur ce point précis, les personnages… que Seuls peine à convaincre. À part Sofia Lesaffre sur qui le scénario du film décide de se recentrer beaucoup plus que dans le livre, le reste du casting n’est pas très convaincant. Pourquoi ? Surtout à cause des changements faits autour des personnages. Chacun de ces héros à une importance particulière dans la saga et au travers des premiers tomes cela prend le temps de se construire pour développer un univers organique et crédible. C’est l’une des premières forces du livre. L’autre tenait dans sa masse de personnages secondaires. Seuls de David Moreau prend le parti radical de tout simplement tous les supprimer à l’exception du maître des couteaux (mais là encore vu qu’il perd le simple détail lui conférant du sens et une humanité dans ses actions, son apparition tient plus du gimmick pour calmer les fans qu’autre chose…). Du coup là où en 5 tomes la saga papier expliquait et crédibilisait son univers au travers d’une mythologie ambitieuse et forte, le film accouche d’une souris qui sur le long terme coupe les ponts avec tout ce que le récit à créer. Pour ne serait-ce qu’avoir une simple chance d’apprécier Seuls le film il faut le prendre pour ce qu’il est. Une relecture quasi complète de l’histoire. Si je voulais caricaturer, je dirai que ce qui se rapproche le plus de cette relecture est dans l’esprit la série Gotham… elle reprend les grandes lignes d’une saga et fait un peu n’importe quoi avec le reste.

Est-ce que Seuls est un film raté ? Mon avis n’a pas la force d’une parole d’évangile, mais pour avoir lu les 10 tomes juste avant de découvrir le film, difficile de cacher une certaine déception face au résultat. D’ambitieux sur le papier, Seuls de David Moreau a fini par devenir terriblement standard. À force d’enlever tout ce qui faisait la force du récit papier, il me fait dans une certaine mesure penser à l’adaptation à l’époque de la saga Young Adult numéro 4 par un studio américain. D’un récit divertissant et possédant un univers cohérent et ambitieux, le film avait réussi l’exploit de rendre l’ensemble ridicule et indigeste. On n’est malheureusement pas loin du même syndrome avec cette version cinéma. N’y allez pas en attendant la même ambition, David Moreau n’avait pas le budget pour cela ou bien même le désir. Relecture et adaptation à la hache de la saga J’avoue, je reste encore un peu perplexe, même quelques semaines après avoir vu le film… Dommage.

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2 Comments

  • Reply
    Rob K
    janvier 27, 2017 at 8:47

    David Moreau est un charlatan!!!
    Ce type a massacré une BD culte pour se faire de l’oseille….

    • Reply
      Chandleyr
      février 12, 2017 at 11:44

      @ROB k Oui, le résultat n’est pas très glorieux et assez contre productif sur le long terme face à l’original. Le type à fait disparaître quasi tout ce qui rendait addictif la saga BD.

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