Critiques de films Films français

Le serpent aux mille coupures, Eric Valette lâche une petite bombe…

Moissac, hiver 2015. Un motard blessé quitte les lieux d’un carnage.  Le mystérieux fugitif trouve refuge chez les Petit, une famille de fermiers qu’il prend en otage. A ses trousses : des barons de la drogue colombiens, le lieutenant-colonel Massé du Réaux, et un tueur à gage d’élite, qui sont bien décidés à le neutraliser, par tous les moyens. L’homme a déclenché une vague de violence dont personne ne sortira indemne…

Le serpent aux mille coupures d’Eric Valette est-il le genre de films sortant d’on ne sait où qui en l’espace de près d’1h 50 vous redonne confiance dans le cinéma de genre français ? La réponse est un énorme oui. Prenant la décision de ne pas singer les modèles récents du cinéma d’action US, Eric Valette lorgne du côté du Western old school, le rythme est lent et la tension qui en découle finit rapidement par prendre à la gorge et l’on déguste la chose comme du bon vin. Bati autour de l’affrontement à distance de deux figures charismatiques en diable chacun dans leur rôle (Tomer Sisley et Terence Yin), le film à des faux airs de duels à l’ancienne. Une sorte de version revu et corrigé de Peckinpah rencontrant John Woo dans la violence et la classe quasi naturelle qui se dégage de ses personnages. Et au-delà du charisme la chose qui frappe et sonne juste dans ce film d’Eric Valette tient dans la construction des personnages. Le serpent aux mille coupures réussit un tour de force assez remarquable, celui de donner la fausse impression d’être simple. On a ce feeling que tout coule de source, l’histoire, ses bases, la réalisation et la route assez inéluctable vers laquelle se dirige le final. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut oublier que si tout cela fonctionne a 100 % en bout de course, c’est grâce à la solidité des personnages.

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Là où beaucoup de scénaristes ou divers films prennent un temps fou et parfois inutile pour approfondir artificiellement l’histoire des personnages, Eric Valette joue sur le peu d’infos offert aux spectateurs. Que ce soit pour Tomer Sisley dans un personnage aussi trouble que charismatique et Terence Yin foutrement malsain,Le serpent aux mille coupures préfère mettre en place sur un piédestal deux archétypes et cela fonctionne. Loin de s’appuyer sur une simple dualité le bon et le méchant, Eric Valette donne aux spectateurs comme lead deux personnages qui en fonction de la personne en face d’eux peuvent apparaître comme des psychopathes, l’un par la force des infos hors caméra (Tomer Sisley) et l’aura de danger qui l’entoure. Et puis vient le cas de Terence Yin qui lui ne laisse pas le temps à sa réputation de le précéder, il nous la démontrer par les faits et très vite le malaise choppe le spectateur à la gorge. Eric Valette en réalisateur sadique prend le choix assez risqué de ne jamais brusquer les choses. A une époque où beaucoup de films d’actions ou de genre sont dans la surenchère en termes de découpage et finissent dans le fossée, Eric Valette tient la barre du début à la fin dans sa réalisation avec Le serpent aux mille coupures et c’est un véritable délice.

L’affrontement entre Tomer Sisley et Terence Yin est peut-être en fin de course un des plus intéressants dans le domaine du film de genre français depuis longtemps. Eric Valette est un amoureux du genre et par certaines facettes de son film, le serpent aux mille coupures fait presque penser à Impitoyable de Clint Eastwood. La galaxie de personnages secondaires qui apparaissent dans l’histoire sont tout simplement du premier au dernier aussi solide que Tomer Sisley et Terence Yin et là encore c’est un sans-faute insolent. Le genre de ceux qui rendent encore plus palpable l’atmosphère pesante du film. Exercice de style qui n’en manque pas et film de genre qui pose ses attributs sur la table, Le serpent aux mille coupures n’oublie jamais de le faire avec classe. Hommage à une vision du cinéma d’action qui s’avère de plus en plus lointaine dans l’univers du 7e art aujourd’hui. Loin des sentiers battus, Eric Valette signe un film noir et violent qui frappe fort et bien là où il faut. Véritable bonne surprise.

 

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