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Sans un Bruit, le coup de génie de John Krasinski

Sans un bruit signe l’entrée triomphale de John Krasinski dans le domaine de l’horreur. D’une redoutable efficacité son film est un petit trésor du genre qui ne sacrifie pas le fond sur la forme.

Sans un bruit de John Krasinski est un cas d’école particulier. Est-ce que tout le buzz que vous avez entendu au sujet du film est justifié ? Oui à 100 % Est-ce que le film est parfait ? Non, mais la chose la plus intéressante est de voir comment le réalisateur pour qui le domaine de l’horreur n’est pas son terrain de jeu classique arrive à se jouer des codes pour accoucher de quelque chose de neuf et terriblement efficace. La vraie seule faiblesse du film est que dans une grande partie de son architecture, il est terriblement didactique. Nous sommes devant un chemin tracé dont on ne dévie pas trop, les grandes actions étant teaser à grands coups de signaux annonciateurs. Mais là où d’autres réalisateurs auraient failli se prendre les pieds dans le tapis, John Krasinski déploie une véritable inventivité et sens de la tension pour créer quelque chose qui chaque fois collera le spectateur à son siège. Il aborde chacune de ses séquences avec une dextérité le plaçant très loin de la masse informe des réalisateurs Yes Man travaillant dans le domaine. Sur Sans un bruit, John Krasinski non content d’instaurer au film une vraie vision, se donne le beau rôle devant la caméra avec sa femme Emily Blunt. Et c’est ici qu’il enfonce le clou. L’alchimie avec celle qui partage sa vie est tellement incroyable que l’on ne pense plus à rien d’autre que de se laisser porter par le récit qui se trace devant nous.

Sans un bruit john krasinski

Survival avec des relents de The Last of Us, Sans un bruit se focalise énormément sur l’humain, la culpabilité des uns se confrontant avec l’envie de vivre des autres. Sur ce point précis, le film amène toute l’âme et le cœur que la série The Walking Dead n’a jamais réussi à trouver en tv. On s’attache a chacun des personnages de cette famille. Acceptant les forces et défauts de chacun. Et quand le drame vire dans l’horreur la plus complète avec l’apparition des monstres, c’est ici que le pari de John Krasinski fonctionne. S’intéresser à l’humain est essentiel, de l’empathie qu’on lui porte naîtra la tension lorsque le danger frappe à la porte. Et dès ce moment, il est bon de voir que John Krasinski ne recule devant rien. Son film n’est pas vraiment gore, son but n’étant pas de faire voler des hectolitres de sang à l’écran. Non, il joue sur un autre tableau, celui de la violence psychologique entrecoupé de passage ou les corps souffrent. Emily Blunt écope d’ailleurs des plus belles séquences de tensions du film. L’intelligence de John Krasinski en tant que chef d’orchestre tient aussi au fait d’avoir réussi à dispatcher avec équité les rôles. La famille qu’il dépeint est crédible du 1er au dernier des personnages. Aussi bien dans leur force que dans leur faiblesse. Mais la véritable idée de génie est d’avoir aussi bien servi Emily Blunt. Le lien qui les unit à la ville comme à l’écran permet à ce couple de cinéma de n’être qu’encore plus réel. Défendre ses enfants à tout prix, n’importe qui se retrouve dans ce postulat et c’est ici qu’Emily Blunt briller de mille feux.

Sans un bruit john krasinski

Mère courage a plus d’un titre, elle trouve ici un rôle assez impressionnant. La perversion sadique avec laquelle John Krasinski la plonge dans les situations les plus horribles lui permet de déployer une vraie palette d’émotions. La force du personnage est d’avoir une véritable évolution diablement solide, le tout culminant dans le final ou sa vraie nature explose d’un coup. Le personnage d’une mère prête à tout pour sauver ses enfants n’est pas nouveau, James Cameron en avait déjà fait usage avec Sarah Connor. Et sous un autre aspect, John Krasinski développe ici une variation efficace de cette archétype. La vraie force de Sans un Bruit (au-delà de son efficacité diabolique de mise en scène) est de ne jamais se rater sur l’humain. Et c’est grâce à cela que dès ses premiers pas dans le domaine de l’horreur, John Krasinski s’inscrit directement comme un réalisateur à suivre. Capable de passer des drames familiaux au film de genre le plus tendu possible sans jamais commettre de vraies fautes montre une vraie compréhension des enjeux de chacun de ces domaines. Véritable caméléon, il met ici en place quelque chose de surprenant, oui, le scénario n’est pas le plus incroyable de l’année. C’est un fait et je ne le remets pas en cause, mais ce qui par contre n’est pas ouvert au débat reste le génie de John Krasinski. De ce qui dans les mains d’un réalisateur lambda aurait été un film que l’on aurait oublié sous à peine deux semaines (grand max), il en fait une œuvre que l’on a envie de revoir et de disséquer encore un peu plus chaque fois. C’est ce qui se passe quand on traite le cinéma de genre avec respect et envie de se surpasser. Une très belle surprise ce Sans un Bruit. Complètement validé.

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