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[Roman] Jean Christophe Grangé et Lontano – Critique

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Lire un Jean Christophe Grangé est toujours une expérience particulière. L’homme est un maître dans son genre, il a un pedigree avec des hauts et des bas, mais suffisamment de succès pour forcer l’admiration. Depuis ces 4 derniers livres tout comme Maxime Chattam, il n’a de cesse de revenir vers ce qu’il était à ses débuts. L’écriture est noire, sombre, sanglante et l’on se fait happer par le récit bien souvent de la première à la dernière page. Lontano est clairement pour moi l’un de ses meilleurs romans, l’un des plus ambitieux aussi, car bien que gardant le cœur de ce qui fait sa patte, il essaye de voir plus loin en créant une véritable saga. Oui Lontano voit grand et voit loin surtout.

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Jean Christophe Grangé n’a jamais vraiment eu de chances avec les adaptations de ces romans (à l’exception peut être des rivières pourpres par Kassovitz), mais avec ce qu’il crée au travers de Lontano, ce n’est pas le cinéma qui rendrait justice a ce roman, mais bien la Tv. Pris sous l’angle d’une série événement comme les True Detective en 13 épisodes, Lontano serait tout simplement une tuerie. Plongeant dans le passé peu glorieux de la France au travers de la famille Morvan, Lontano explore ce que l’état a de plus sale via le personnage du père. Gregoire Morvan une brute raciste et magouilleur a qui l’on prêterait la carrure de Jean Reno sans mal. Lui seul aurait l’aura nécessaire pour faire vivre ce personnage et convoyer la multitude de contradictions qu’il recèle. En effet difficile d’aimer les Morvan entre le patriarche qui bat sa femme, le fils trader qui se drogue, la sœur qui tapine et l’aînée flic comme son père et faisant tout pour réprimer la violence qui l’habite, cette famille peut paraître abjecte.

C’est là que le tour de force de Jean Christophe Grangé apparaît comme diablement plaisant. Il joue avec notre perception, retourne les cartes et fait en sorte que l’on finisse à s’attacher à ses crapules. Le tout dans le but d’étudier et comprendre les racines du mal rongeant les Morvan. Un mal prenant racine dans l’histoire du père et de sa traque d’un serial killer ayant sévi en Afrique alors que Grégoire Morvan y avait été banni par l’état… Un passé lourd de conséquence, la traque et la capture de ce tueur aura fait de lui un héros, mais pas un intouchable, les crimes recommençant des années plus tard et menaçant désormais l’unité et la sécurité de sa famille. Qui mettait déjà du cœur à l’ouvrage pour se détruire de l’intérieur sans cela. Une fois que l’enquête est en marche, inutile d’espérer descendre du train en route. Le style de Jean Christophe Grangé se fait de plus en plus dense, nerveux et l’atmosphère tout comme la noirceur dans laquelle nage les personnages nous prend a la gorge. On patauge dans le mal à l’état pur. Détail amusant et rapprochant Jean Christophe Grangé de Maxime Chattam, les deux auteurs en commençant une saga rentrent dans ce que je qualifie d’émulation saine.

Lontano possède la même noirceur et puissance que les deux derniers romans de Maxime Chattam (la conjuration primitive et la patience du diable), le quotidien des héros court quoi qu’il arrive vers la catastrophe la plus sanglante qui soit. Jean Christophe Grangé prend 800 pages pour introduire le lecteur dans les arcanes d’un cauchemar ayant commencé des dizaines d’années avant la première page… et le premier meurtre. Toujours au sommet de son style et de ses idées, Jean Christophe Grangé possède un coup de plume diablement cinématographique. Lontano est sadique, sans pitié et aussi gore que malsain par endroits, mais il est aussi ultra-visuelle. On n’a aucun mal à imaginer ses courses-poursuites, ses apparitions du tueur… Ses moments de paniques ou déluges de feux. Jean Christophe Grangé tape là ou cela fait mal et s’assure que son voyage au bout de l’enfer laissera bel et bien des traces. Aussi bien aux personnages qu’aux lecteurs. C’est la source première du plaisir découlant de cette lecture. Cela faisait un bail que je n’avais pas pris un tel pied a lire un aussi énorme pavé. Lontano de par ses personnages aussi passionnants que détestable de par les zones d’ombres où ils naviguent montre que la route vers le mal continue d’avoir encore des secrets à livrer. Jean Christophe Grangé la parcoure encore et continue d’y faire de belles découvertes nourrissant son envie de nous faire peur ou nous mettre les nerfs à vifs.

Lontano dans son genre est une petite perle incroyablement addictive, malsaine en diable et pourtant si parfaite. Chapeau bas Monsieur Grangé, cela valait le coup d’attendre aussi longtemps.

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