Critiques de films Films américains

Quelques minutes après minuit, anatomie d’un chef-d’œuvre.

Conor a de plus en plus de difficultés à faire face à la maladie de sa mère, à l’intimidation de ses camarades et à la fermeté de sa grand-mère. Chaque nuit, pour fuir son quotidien, il s’échappe dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires. Mais c’est pourtant là qu’il va apprendre le courage, la valeur du chagrin et surtout affronter la vérité…

Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona rentre d’emblée dans la catégorie de ces films un poil particulier, ceux qui s’avèrent capables d’avoir un effet dévastateur sur certaines personnes et d’en laisser froid d’autres pour des raisons que j’ignore encore aujourd’hui. Nous sommes face à un film au final assez simple, un conte cachant les horreurs de la réalité dans les habits d’un récit fantastique. Mais qui en bout de course touche en plein cœur. La vision du deuil au travers des yeux d’un enfant est un sujet fort dont aussi bien la littérature que le cinéma ont su s’emparer parfois avec brio, parfois en passant totalement à côté de son sujet. Autant être honnête, Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona dans son domaine est un sans-faute. Mélangeant avec une habileté déconcertante une forme de poésie onirique et de vision sans détours des rapports humains entourant la mort prochaine d’un être de sa famille, le film aurait pu s’écrouler en route. Ce n’est pas le cas et c’est grâce à la mise en scène, l’histoire et le talent que déploie chacun des membres du casting pour donner vie à cette histoire. Liam Neeson en tête dans le rôle de ce conteur si particulier imprime au travers de sa voix si magnétique une humanité toute particulière à ce monstre. Monster Calls étant le titre d’origine.

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Très vite pourtant Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona montre qu’il y a bien souvent plus à découvrir que ce que les apparences ne laissent voir. Et quand la mise en place des personnages se termine et que l’on voit enfin la grandeur des liens familiaux même au travers de la tourmente, c’est là que l’on se rend compte de l’efficacité discrète de ce récit. Il est difficile d’adapter un livre, de lui rester fidèle et d’imprimer sa patte dans l’espoir de parler aussi au plus grand nombre. L’erreur aurait été de ne vouloir compter qu’un récit personnel au travers de ce jeune garçon, Juan Antonio Bayona évite ce piège et délivre avec Quelques minutes après minuit un récit dont la beauté et la simplicité permettent de dépasser ce simple stade attendu. Le film parle au plus grand nombre en construisant sa narration autour d’une succession de moments où l’on peut tous s’y retrouver… enfants ou adultes. Le deuil est universel, seul la façon dont on le traite diffère d’une personne à l’autre. Dans le silence, la rage ou la colère. En tendant la main et en acceptant de se faire aider ou en rangeant le sentiment dans un coin et en le laissant pourrir tout comme l’esprit qui l’entoure. Quelques minutes après minuit aborde plus ou moins tous ces sujets et bien plus pour offrir en bout de course un semblant de réponse que l’on prendra pour soi ou non, là n’est pas forcément la question. L’arrivée dépend de tout à chacun, c’est le voyage que l’on entreprendra vers cette fin de route qui fondera les bases de ce que nous serons pour le reste de notre vie. Apprendre à laisser partir et vivre avec les bons souvenirs plus qu’avec des regrets indélébiles. Le deuil est une prison que l’on s’impose parfois et dont nous avons la clé… tout comme certains de nos proches.

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Humain, poétique et brillant du début à la fin et à tous les étages, Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona est l’un de ces films qui vous choppe et ne vous lâche plus. Une réussite magistrale dans son genre et un grand film tout court d’ailleurs.

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