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Patients, la leçon de vie de Grand Corps Malade…

D’après le roman de Grand Corps Malade Se laver, s’habiller, marcher, jouer au basket, voici ce que Ben ne peut plus faire à son arrivée dans un centre de rééducation suite à un grave accident. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens…. Bref, toute la crème du handicap. Ensemble ils vont apprendre la patience. Ils vont résister, se vanner, s’engueuler, se séduire mais surtout trouver l’énergie pour réapprendre à vivre. Patients est l’histoire d’une renaissance, d’un voyage chaotique fait de victoires et de défaites, de larmes et d’éclats de rire, mais surtout de rencontres : on ne guérit pas seul.

Patients le film peut à première vue de par son sujet faire peur. Non, tous les films sur le handicap ne vont pas vous donner de vous ouvrir les veines, il ne faut pas croire cela. D’ailleurs Patients est tout sauf un hymne à la déprime, c’est bien le contraire et c’est ce qui fait sa force, son charme et finit par emporter le spectateur vers ce qui est au fond un magnifique message d’espoir. Grand Corps Malade et Mehdi Idir au travers de cette comédie dramatique réalisent l’impensable, faire rire avec un humour aussi féroce que pourtant bienveillant autour du handicap. La première chose qui frappe est la façon dont le scénario s’attache à nous montrer les personnages au-delà du simple handicap. Nous ne sommes pas dans un tire larmes ou l’on va vous pousser à voir des scènes qui vous mettront les neurones et le cœur en miettes. Non, Patients n’en rajoute jamais plus que de raisons quand il s’agit de montrer ou pointer du doigt le handicap de ces héros. Tous plus ou moins violemment touché par la paralysie et d’un coup la magie du cinéma opère. Au travers d’une réalisation sobre, inventive et bien plus classe que je ne le pensais, le duo Grand Corps Malade et Mehdi Idir offre un boulevard pavé de dialogues caustiques à son casting. Le genre de cadeaux dont se régalent les bons acteurs quand on leur offre ce genre de nectar avant de dire action. Et ici le casting n’en perd pas une goutte magnifiant les dialogues pour en faire des joutes verbales montrant que l’humour est l’arme de choix pour passer outre son handicap, l’accepter, le dompter et tenter de surpasser la peur du regard de l’autre. Celle qui te cloue encore plus au sol en te faisant sentir moins que rien.

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Et jamais à aucun moment, Grand Corps Malade et Mehdi Idir ne transforment Patients en une salle d’attente menant vers la déprime la plus totale. Porté par un Pablo Poli d’une humanité folle et d’une drôlerie sans borne, Patients trouve en la personne de Grand Corps Malade bis sa vraie courroie de transmission. Il est le pilier central par lequel passe l’énergie du film et du début à la fin de celui-ci, il fait tout et l’impossible pour que ce flux ne s’arrête jamais. Le tout en évitant avec une habileté assez déconcertante les sorties de route potentielle quand on marche sur des œufs vu le sujet du film. Bien que librement adapté de son histoire, Patients n’est jamais une ode à Grand Corps Malade. De par l’écriture ou la réalisation de ce film, il réussit à ne jamais faire en sorte de tirer la couverture à lui au travers du personnage de Pablo Pauly. Le miroir entre les deux personnages est assez effarant, mais du début à la fin de l’histoire ni l’un ni l’autre n’oublie qu’au travers de ce scénario ils ne sont que le conducteur d’une émotion. Le genre de celle dont la sincérité n’est pas questionable et servant à mettre en avant sous toutes les formes le quotidien de ces hommes et femmes valides ou non qui d’un côté comme de l’autre du monde hospitalier se côtoient essayant jour après jour de tendre la main pour les uns et d’accepter de la prendre pour les autres. Cela ne se fait jamais sans casses, mais cela se fait surtout avec beaucoup plus d’humanité et d’humour qu’on ne le pensait.

C’est la force émotionnel de l’histoire de Patients, le talent de Grand Corps Malade et Mehdi Idir ainsi que du reste du casting qui rendent l’aventure aussi belle. J’avais peur d’avoir le moral plombé en rentrant dans la salle, ce fut le contraire, bouffée d’air et d’optimisme et véritable coup de pied au cul dans certains cas, Patients le film montre l’immensité du talent de Grand Corps Malade qui en transcendant la fatalité de son destin a su non sans mal se réinventer pour continuer d’exister. Le résultat est à la hauteur de ces ambitions. Une très belle surprise. A voir.

 

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