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Opération Mekong, Dante Lam fait son Bad Boys 2…

Operation Mekong de Dante Lam est inspiré d’une histoire vraie. Dans le jargon cinématographique, cette quote est généralement un gentil fourre-tout où les scénaristes finissent rapidement par s’essuyer les pieds sur la véracité des faits. Et dans le cas présent, vu que la chose m’était inconnue, autant dire que dans le fond cela m’en touche une sans remuer l’autre. Et ce fut d’ailleurs sûrement la raison pour laquelle j’ai pris autant de plaisir devant ce pétage de plomb en règle de la part de Dante Lam. Car, comme dit plus haut, il ne faut pas s’attendre à un film sérieux de par sa mention « histoire vraie », très rapidement, Opération Mekong dévie vers le blockbuster badass et radical ou Dante Lam se fait plaisir en enchaînant des morceaux de bravoures et scènes d’actions qui renvoient dans leur pré carré beaucoup de réalisateurs américains maître du genre. Oui, Michael Bay c’est bien de toi que je parle. Ici Dante Lam livre un récit qui tient autant de Call of Duty, The Expendables et Bad Boys 2 pour l’inventivité, la violence et la nervosité absolue. Oui, dès que l’action retombe, les défauts du film sautent au visage et surtout les acteurs qui s’avèrent dans l’ensemble assez mauvais dès que la mélodie des balles fait place à celle des mots… Mais, va-t-on réellement voir ce film pour la parlotte ? Autant être honnête, non ! On attend avec impatience que Dante Lam reprenne le contrôle de nos esprits en y distillant sa magie vaudou en termes de réalisations et de ce côté précis Opération Mekong ne déçoit pas un seul instant.

Le gros point fort du film de Dante Lam est que là où un blockbuster américain enchaînera des courtes ou moyennes séquences d’actions, Dante Lam appuie sur l’accélérateur à tous les niveaux, le nombre et surtout la durée. Que ce soit une fusillade dantesque dans un centre commercial, une poursuite sur l’autoroute avec des 360 degrés via la caméra autour des voitures, il se permet tout. Et le plus drôle est que cela fonctionne quasi tout le temps. Oui, le film est ultra-violent et sans la moindre pitié. Chez Dante Lam, si l’on est en âge de porter un flingue et de s’en servir contre quelqu’un il faut s’attendre à ce que la réciproque fonctionne. On vit par le canon qui nous tuera en bout de course. On n’est pas le moins du monde dans un blockbuster américain. Le bodycount en laissera plus d’un en PLS, car à la différence d’un film à la expendables ou Bad Boys 2 où la violence même classée R est désamorcée par l’humour, ici il n’en est rien. Dante Lam réussit à faire accepter la violence excessive, car comme Peckinpah, il sait la mettre en scène. Il n’a pas la moindre envie de l’amoindrir. Les cadavres pleuvent et l’on continue pourtant l’aventure sans broncher. Non, sur la partie véridique de son histoire, Opération Mekong n’a pas vraiment d’intérêt, vu que là encore à moins d’être connaisseur de l’histoire des guerres de gangs et du trafic de drogue en Asie, cela ne vous dira rien. Mais quand on en vient à la partie mise en scène, il s’agit clairement d’une autre mélodie. Où Dante Lam montre sans faiblesses qu’il est toujours un maestro du genre.

Là où John Who abordait ses gunfights comme des balets, que Johnie To filme cela avec un minimalisme sec appuyant bien la rapidité avec laquelle la mort vous tombe dessus dans ces situations, Dante Lam apparaît comme le Michael Bay asiatique. Le sale gosse qui aime éclater le château de sable des enfants dans le parc et traumatiser les bonnes sœurs de la morale au passage. Oui, le film est assez con volontairement ou non dans certaines séquences, surtout le final… mais là encore on peut y voir une volonté de casser les codes en vigueur chez l’oncle Sam en accomplissant un tabou sans pitié que même l’un des Call of Duty n’avait pas voulu tenter pourtant avec la même séquence. Dante Lam encore une fois s’en moque et livre sa vision des choses. Opération Mekong est un véritable récital du chaos, c’est bourrin, excessif, généreux et complètement con. En gros, c’est presque magique pour peu que l’on accepte de se laisser emporter dans le délire sanglant de Dante Lam.

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