Critiques de films

Chocolat, Omar Sy redonne vie à Rafael Padilla…

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Du cirque au théâtre, de l’anonymat à la gloire, l’incroyable destin du clown Chocolat, premier artiste noir de la scène française. Le duo inédit qu’il forme avec Footit, va rencontrer un immense succès populaire dans le Paris de la Belle époque avant que la célébrité, l’argent facile, le jeu et les discriminations n’usent leur amitié et la carrière de Chocolat. Le film retrace l’histoire de cet artiste hors du commun.

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J’attendais Chocolat avec une curiosité certaine. Je regarde avec attention le parcours d’Omar Sy comme beaucoup depuis longtemps sur les écrans et je suis assez fan des choix de carrière du monsieur. Du coup l’idée de le voir s’engager sur ce qui à date est son projet le plus sérieux, un biopic sur une figure légendaire et oublié avait autant de quoi faire peur que donner envie. Le résultat est imparfait sur la forme (le scénario parfois trop académique), mais bizarrement pas le fond. Je m’explique, le vrai point négatif pour moi du film (dans une moindre mesure) est son approche très classique de la narration des choses. Le scénario manque parfois dans sa construction de fluidité. On n’oublie pas ce dernier pour se laisser emporter dans l’histoire autant que l’on devrait ou voudrait. Ce n’est pas un frein d’arrêt à l’intérêt du film. C’est juste un point qui le fait dévier vers un côté très académique. Les nombreux sujets que le film aborde et surtout l’incroyable et chaotique amitié entre Footit et Chocolat tout comme le fait d’affronter le racisme de l’époque (qui perdure) ne souffrent pas trop pour autant des quelques faiblesses de structure du scénario. Le tout si l’on prend le temps de lire entre les lignes. Car oui Chocolat de Roschdy Zem offre une belle deuxième couche de lecture qui d’une certaine façon trouve un écho malheureux dans les polémiques sévissant aux Etats-Unis autour des comédiens noires.

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Oui, Chocolat de Roschdy Zem peut paraître académique. Cela ne l’empêche pas pour autant sur le fond d’être intéressant. Le duo Omar Sy et James Thiérrée est le cœur du film. Le premier de par la façon qu’on lui connaît de remplir l’écran par sa bonhomie, le second par sa présence plus calme et en retrait mais dont le mal-être passe par le regard. Chacun pris à une extrémité d’un problème insurmontable d’une époque à l’autre, ils avaient ce je-ne-sais-quoi faisant qu’ils étaient faits pour être ensemble et créer quelque chose de plus grand qu’eux. Car c’est bien au travers de ce duo que chacun arrive à transcender sa personnalité et ce qu’il combat dans l’ombre en rassemblant les foules. Mais comme toutes les belles histoires celle-ci rencontre toujours un écueil. Dans le cas présent sous une forme ou une autre, elles existent encore. Chocolat tout est dans le titre…, une couleur qui d’un siècle à l’autre est quelque peu pesante pas pour celui qui la porte mais pour les autres qui y voient une soi-disant différence. Chocolat en quelque sorte est jusqu’à présent le rôle le plus profond d’Omar Sy, pas uniquement pour la portée historique du personnage qu’il réhabilite, mais pour la force tranquille qui s’affirme chez l’acteur. Un des moments de grâce du film et sûrement un des plus importants dans l’acheminement du personnage tient dans ce passage où Rafael Padilla et Non Chocolat joue Othello. Omar Sy y dévoile une facette vraiment forte de son jeu d’acteur. Il est Othello et non plus ce que l’on attend de trouver en venant voir un film avec lui, une légèreté, un rire… et j’en passe. Ce passage fait écho avec force aux tourments du personnage qui ne veut plus être reconnu que comme un amuseur. On y voit du coup une dualité intéressante entre le personnage historique et Omar Sy lui-même. C’est un court instant, mais le genre de ceux où l’on se fait choper et que l’on assiste au passage d’une marche supplémentaire pour un acteur.

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Chocolat de Roschdy Zem laisse un feeling bizarre après le visionnage. Pas un qui a quelque chose à voir avec de la déception, mais plus d’une certaine forme de dépit. Certes l’histoire de Chocolat (Rafael Padilla) se déroule en France, mais au sens plus large, la position d’un acteur noir dans l’industrie de l’entertainement et son évolution ou non à t-elle vraiment changer ? Aujourd’hui oui (en partie…), il y a des acteurs noirs qui réussissent de façon éclatante aux Etats-Unis, mais tout comme en France, il suffit d’une main pour les compter voir de quelques doigts en France. Le dilemme de Rafael Padilla désirant engager une transition vers du théâtre et des rôles sérieux (en prenant pour cela Othello, seul rôle possible pour un noir) montre bien le côté imparable du manque d’opportunité et d’ouverture d’une société du spectacle. Chacun est dans sa petite case et ne doit pas en sortir ou alors attendre son tour comme disait Michael Caine. Un cas de figure qui aussi tragique qu’il soit s’applique aussi a Footit dans l’histoire. Malheureux et seul à en crever d’assumer en silence son homosexualité, avec Chocolat, il trouve en quelque sorte un partenaire d’infortune. Les deux souffrent dans le fond de ne pas être pleinement ce qu’ils voudraient être. Cette souffrance silencieuse de vouloir vivre pleinement dans une société qui ne les accepte pas justement à part entière. La couleur de peau blanche aide le premier à sauver les apparences, la couleur noire du second le condamnant à vivre dans le vase clos de ses ambitions. Chocolat de Roschdy Zem souffre en partie d’un scénario trop classique ne sachant pas forcément faire oublier ses rouages. Cela empêche le film d’atteindre son plein potentiel par endroits, mais cela ne lui enlève pas pour autant le don de faire réfléchir sur une histoire qui sous une forme ou une autre, dure encore aujourd’hui. Au final sûrement le rôle le plus intéressant d’Omar Sy qui de films en films continue de travailler dur pour faire oublier on image d’amuseur des débuts. Il sait faire rire tout comme réfléchir. Une combinaison parfaite pour un acteur qui continue de se bonifier avec l’âge. À voir.

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1 Comment

  • Reply
    Fabien
    janvier 31, 2016 at 7:44

    Le film a l’air pas mal ! Je me tâte à aller le voir !

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