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Nous trois ou rien- Kheiron- Critique du film

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D’un petit village du sud de l’Iran aux cités parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat et Fereshteh, éternels optimistes, dans une comédie aux airs de conte universel qui évoque l’amour familial, le don de soi et surtout l’idéal d’un vivre-ensemble.

Il y a des comiques qui dès le premier film décident de prendre un chemin facile. Celui d’offrir au public ce qu’il attend. Puis il y a les autres. Ceux qui se réinventent dans l’œil du public justement. Parfois en choisissant un angle d’attaque risqué qui consiste à faire tomber le masque. C’est le cas de Kheiron avec Nous trois ou rien. Quand on regarde le parcours de Kheiron sur scène et la genèse de sa vie… Au travers de celle de ses parents on ne peut-être que sur le cul. En livrant un film ultra personnel et pourtant très ouvert au grand public Kheiron avec Nous trois ou rien surprend totalement en se livrant pleinement. Dès son premier film, il signe une réussite. Ce qui va lui mettre une pression monstre pour la suite.

Les forces de Kheiron avec Nous trois ou rien sont multiples, il parle de son histoire et de celle de l’Iran aussi bien que de l’amour fou que se portent ses parents avec dextérité. Jonglant d’une émotion à l’autre comme le saltimbanque qu’il est, il passe du rire aux larmes sans que l’on n’est le temps de voir venir la prochaine émotion. Mais surtout et c’est d’autant plus beau dès son premier film, il sait se faire oublier. C’est son père à l’écran, pas lui… Quand d’autres jouent la carte de l’émotion pour l’appât du coup marketing, lui se fait oublier derrière le rôle de son père, il lui rend hommage ainsi qu’à sa mère, il ne fait pas son show, Kheiron est certes devant la caméra pour le rôle, mais son âme est derrière la caméra et partout dans le film. Comprenant habilement que c’est dans le partage et l’équilibre des moments de grâce que ce genre de films fonctionne, il offre aux seconds rôles tout comme aux plus petits l’occasion de briller. Ses parents combattaient la radicalisation des Islamistes à l’époque du film, Kheiron leur fait le plus beau des hommages en faisant reposer son film sur une idée simple, l’ouverture. Partager, s’ouvrir aux autres, tendre la main pour se nourrir de ce qu’ils nous offrent en retour. Du début à la fin du film c’est ce qui frappe dans Nous trois ou rien. Il n’y a pas d’artifices, juste de la simplicité et des belles émotions tout comme des moments de cinéma que Kheiron prend plaisir à partager avec son public. Le combat de ses parents a quelque chose de toujours universel, l’ouverture sur le monde et surtout les autres en banlieues est quelque chose d’important particulièrement aujourd’hui. Voir cela nous être remis en tête au travers de l’histoire d’un homme et d’une femme ayant fui leur pays et ayant eu le courage de se reconstruire dans un autre monde est d’autant plus poignant.

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Kheiron avec Nous trois ou rien réalise un vrai coup de maître dès son premier film et c’est sur ce point que l’ensemble est vraiment magnifique. Nous trois ou rien réussit à peu près sur tous les tableaux que ce soit dans ses rôles principaux (Leïla Bekhti et Gerard Darmon dans une scène sans paroles…) ou dans son sens du tempo, rien ne se déroule comme on le pense, on voit les choses décoller, on craint que cela ne se casse la gueule et heureusement, cela n’arrive jamais. Il y a de la retenue, de l’humour et de l’émotion, tout dans un mix quasi parfait ou rien ni personne ne cannibalise l’espace de vie du voisin. C’est sur ce genre de détails que se bâtissent les vraies surprises. Mais, il est aussi un point crucial a ne pas oublier, c’est qu’au-delà des rires et des larmes et de l’amour d’un fils pour ses parents, Kheiron avec Nous trois ou rien livre un témoignage magnifique sur les hommes et femmes qui ont combattus a la vie a la mort en espérant voir L’iran se relever de l’ornière où elle était. L’abnégation comme la conscience politique de ces hommes et femmes est un des piliers du film lui offrant une chose qui souvent manque dans beaucoup de comédies ou de premier film : du fond, du cœur ou tout simplement une âme. Nous trois ou rien en a revendre, il en a pour 3 et pour tout le public. Kheiron avec Nous trois ou rien fait en sorte que son premier film soit un message d’amour a ses parents, mais aussi une belle expérience de cinéma pour le public.

Au début j’étais super-fan de Kheiron sur scène pour son talent naturel à savoir improviser, jongler avec l’humour noir et les limites du public. Aujourd’hui je suis fan du réalisateur qui est un vrai conteur avec un vrai beau sens du récit. Indissociable l’un de l’autre, ils forment un seul et unique personnage. Mais jusque-là on ne connaissait que la partie la plus visible de l’iceberg. Celle à l’abri des regards n’en était pas moins splendide à l’image de ce bas les masques qu’est Nous trois ou rien. Surprenant, drôle et humain, merci pour ce beau moment Monsieur Kheiron. A voir !

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