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Noma au Japon, la cuisine de l’impossible…

Janvier 2015. Le NOMA vient de recevoir pour la 4ème fois le titre de meilleur restaurant du monde. Le chef, René Redzepi, décide de fermer son restaurant de Copenhague pour ouvrir une résidence de deux mois à Tokyo, au Japon. Le but : proposer un menu exceptionnel de quatorze plats spécialement conçus pour l’occasion. René Redzepi et sa brigade ont six semaines pour créer de toutes pièces un menu unique et novateur en harmonie avec la culture japonaise, avec des produits et des saveurs qu’ils ne connaissent pas. Une course contre la montre s’engage.

Noma au Japon est un documentaire très particulier, un peu comme si l’espace d’un instant on voyait la série Chef avec Clovis Cornillac prendre vie sous nos yeux. Oui, j’exagère un peu (et encore…) mais l’idée est bien la même. Montrer aux néophytes l’envers du décor. Les grands restaurants et la mécanique qui les anime, l’intensité de la vie en coulisses, autant de notions qui nous échappent. On se focalise sur la décoration de l’assiette, la texture du plat, le prix de l’addition. Mais l’on oublie bien souvent tout le travail de recherche, la passion, la folie douce même qui anime l’équipe en cuisine. Et Noma au Japon, c’est effectivement une histoire de folie, celle de René Redzepi et de son équipe désireux une fois au sommet de leur art à Copenhague de prendre le risque de se réinventer. N’importe qui dans un état d’esprit sain dirait aussi de se planter. Mais c’est là que l’on se rend compte du monde qui sépare les cuisiniers de haut rang du reste des mortels que nous sommes. Minutieux, fou, passionné par les détails et l’envie de se renouveler René Redzepi et son équipe fascine du début à la fin de ce voyage. Il y a quelque chose de militaire dans la façon dont ces hommes et femmes sont prêts à suivre jusqu’au bout René Redzepi et lui dans la manière qu’il a de les pousser à toujours se surpasser.

Et tout tient d’ailleurs dans cette notion : se surpasser, apprendre à voir ses limites et les dépasser pour créer un nouveau chapitre de son histoire. Loin de n’être péjorativement que des cuisiniers, Noma au Japon montre combien cette équipe est faite ni plus ni moins que de véritables artistes. Le genre de ceux ayant compris que l’on ne cesse jamais d’apprendre du début à la fin de sa vie et que l’en restant les deux pieds dans les mêmes sabots, on ira jamais bien loin. Passionnant à plus d’un titre, Noma au Japon est aussi un regard délicat sur l’art culinaire Japonais et le challenge quasi impossible pour un Occidental de réussir à en saisir toutes les nuances et subtilités. Noma au Japon montre la folie de ces hommes et femmes pour qui l’impossible n’a rien d’intouchable. La façon dont ils abordent ce défi et réussissent à le dompter en partie force le respect. Cela ne se fait pas sans phase de doute et de remise en cause, mais c’est au travers de ces épreuves que naît la grandeur du final. Rien n’est impossible quand on s’en donne les moyens aussi fou que puisse être le challenge et dans son genre Noma au Japon avait pourtant des allures de Mission Impossible. Un film qui est autant de la nourriture pour l’esprit que le ventre cela ne se refuse pas. A voir.

 

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