Critiques de films Films français

Night Fare- Julien Seri- Critique du film

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Luc et Chris, son ami anglais, montent dans un taxi pour rentrer chez eux après une soirée parisienne bien arrosée. Arrivés à destination, ils s’enfuient sans payer la course. Ils sont tombés sur le mauvais chauffeur… Le taxi va se mettre en chasse toute la nuit. Mais, est-ce vraiment l’argent qu’il veut?

J’avoue, je ne savais pas forcément à quoi m’attendre face à ce projet Night Fare, mais comme d’habitude, animé d’une curiosité sans faille, j’ai mis un pied devant l’autre et fait le trajet jusqu’au bout du tunnel. Le voyage aura été éprouvant, mais pas désagréable pour deux sous. Embrassant pleinement le genre où il prend ses racines Night Fare ne se limite pourtant pas à n’être qu’une simple compilation d’effets de genre, Julien Seri s’amuse ici a travailler aussi bien l’ambiance que les personnages pour faire en sorte que l’atmosphère du film tout comme la pression nous englobent. Non, night Fare n’est pas un slasher classique en mode survival comme on pourrait à tort le croire. Il y a autre chose qui se cache derrière la forêt. L’intelligence de l’ensemble amène une porte ouverte sur un élargissement de la mythologie autour du mythe de ce chauffeur… Jess Liaudin et sa carrure diabolique emplissent chaque cm2 de pellicule quand il ouvre les portes de l’enfer sur ces malheureuses victimes. Il y a un côté kane hodder dans Jason, le personnage n’a pas besoin de parler, la moindre de ses apparitions vaut tous les discours, il en impose. Et quand il fait parler les poings, on comprend que la rage qui l’anime est quasi maléfique. Un doute qui court tout le long du film sur la vraie nature de ce personnage. Ne pas expliquer fondamentalement pendant très longtemps son origine donne au film le surplus de tension nécessaire pour nous placer clairement dans les chaussures des deux héros. On ne comprend pas ce qui se passe, on veut survivre et pour cela on sait que la seule chose à faire est de courir.night-fare-julien-seri

Martin Scorsese avec After Hours avait fait un classique sur l’inventaire de tout ce qui pouvait aller de travers pour un héros en une nuit, Julien Seri fait ici sa version du film du maestro en mode Gore. Jess Liaudin, le chauffeur est mis en avant comme une icône des films d’horreurs d’antan, il habite l’obscurité et la simple vision des contours de son personnage suffit à créer la peur. La violence qu’il imprime a t-elle pourtant un sens ? Cela fera débat, mais n’oublions pas que Night Fare embrasse les codes du film de genre avec un telle aisances que tout se comprend. A mi chemin entre le survival et le vigilante movie, Night Fare navigue d’un extrême à l’autre et se paye des petits détours d’un port à l’autre entre les deux destinations. Là où Jess Liaudin est l’ange de la mort d’un bout à l’autre du métrage, le contrepoint humain que l’on découvre via les deux héros tombant dans ce cauchemar nocturne permet à Night Fare d’avoir de la substance. Le genre de petites choses manquant souvent aux films naviguant dans ce genre précis. La vraie force de Night Fare est qu’en bout de course, il réussit à surprendre du début à la fin en démarrant sur un schéma au final classique pour mieux tromper le spectateur et très vite finir dans du hors-piste totalement contrôlé. Une autre chose qui étonne dans le bon sens tient dans la gestion du temps. Malgré son temps en dessous de la barre des 90 minutes, Night Fare est très dense et ne donne jamais l’impression d’être ni trop court, ni trop long. C’est un équilibre très difficile à trouver et autant saluer le résultat quand la mayonnaise prend.

Film de genre aussi malin sur le fond que la forme, Night Fare de Julien Seri réussit à se faire une belle place au forceps dans une jungle de production au final très aseptisé. Porté par un ange de la mort plus profond que prévu en la personne de Jess Liaudin et d’une énergie rageuse de créer des choses ultraclasse totalement en dehors du sujet, Night Fare réussit son coup et à la différence de beaucoup ne se perd pas en route en le faisant. On nous répète à longueur de journée que l’on ne peut pas faire du genre en france. C’est faux et si vous aviez encore un doute Julien Seri et Pascal Sid apportent leur pierre à l’édifice pour vous prouver le contraire. Cela se nomme Night Fare et c’est très bien. Même si vous ne prendrez plus jamais un taxi de nuit avec le même état d’esprit par la suite…

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1 Comment

  • Reply
    Bonnivard
    janvier 13, 2016 at 11:52

    Que cette critique vous donne comme à moi la folle envie de voir ce film….Après l’avoir vu, je trouve rétroactivement que cette critique met les bons mots sur les situations…..Assez des films où l’on devine la fin…là le metteur en scène Julien Séri, nous balade à travers des sentiers tortueux, pendant une bonne partie du film…on le suit avec angoisse, puis alors que l’on pouvait s’attendre à une évidence…. pas du tout…. loin de toute évidence le film se dessine dans toute sa grandeur… Bravo…Bravo aussi pour la mise en scène, la lumière, les comédiens qui font tout pour que notre regard ne quitte pas un instant l’écran… et la musique… j’oubliais la musique.. superbe…

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