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Money de Gela Babluani, argent sale et nihilisme complet…

Money de Gela Babluani est l’une de ces agréables petites surprises que l’on ne voit pas forcément arriver. Nihilise, noir à en crever et passionnant d’un bout à l’autre. Le pitch de cette petite production d’emblée donne le ton : Fatigués de leurs fins de mois difficiles, trois jeunes sans avenir voient l’opportunité de gagner beaucoup d’argent en volant une mallette à un notable du Havre. Sans le savoir, ils viennent de braquer un secrétaire d’État corrompu et de voler l’argent d’une entreprise criminelle. Débute alors, une spirale qui les dépasse complètement. Une fois que l’on a fini de lire la chose et que l’on comprend où l’on met les pieds il est trop tard. On tombe dans le piège de Gela Babluani qui s’évertue à nous faire croire dès le début, tout comme ses héros que l’on maîtrise en partie la situation. Ce n’est pas le cas et le voyage dans l’obscurité que représente Money de Gela Babluani va se faire en laissant des traces. La première chose qu’il faut prendre en compte avec ce film est que nous sommes sur un cas de figure assez éloigné des codes classiques du thriller français récent. Money de Gela Babluani n’en a que faire des codes brossant le public dans le sens du poil.

Du début à la fin de l’histoire, le nihilisme absolument déprimant de l’ensemble pourra en laisser plus d’un sur le carreau. Prenant la misère sociale de la région où se déroule le film comme terrain d’expérimentation, Gela Babluani ne fait rien pour diluer la noirceur du récit. S’engageant dans une voie digne d’un Tarantino maniant avec dextérité une immense galerie de personnages, Money étonne par sa construction. Mais surtout au milieu de la meute d’acteurs, l’un d’eux ressort en particulier dans un second rôle étonnant de par le look qui est le sien. Oui, je parle bien ici de Benoit Magimel qui dans le rôle d’un homme de main possédant un look d’expert-comptable tournant dans des pornos le week end fait froid dans le dos. De là à dire que c’est une de ses performances les plus marquantes depuis quelques films, il n’y a qu’un pas. Gela Babluani trouve à chaque fois l’angle exact pour l’utiliser à bon escient. Loin de ses excès comme dans la série Marseille et affichant une retenue assez marquante Benoit Magimel se hisse dans la tête du peloton des acteurs du film. Mais et même si le casting des premiers aux seconds rôles est exemplaire, ce n’est rien face au travail de Gela Babluani sur ce film.

Money a cette saveur d’antan dans la façon d’aborder la noirceur humaine. Loin de singer les codes hollywoodiens, Gela Babluani ici prend le temps de s’immerger dans le folklore de la France profonde. Avec ici tout ce que cela comprend de misère, d’étude sociologique cimentant les actions des personnages. Nous ne sommes pas dans Strip-tease ou dans un docu, mais juste dans un film prenant le temps de créer et rendre authentique le milieu toxique dans lequel évolue les personnages. En faisant cela dans les règles de l’art quand vient le moment d’y ajouter une surcouche de thriller, le spectateur se retrouve en immersion totale dans le malaise. Et dans ce domaine autant être honnête Money de Gela Babluani n’en manque pas. Intense et réalisé de main de maître pour un budget qui ne semble pas indécent, cette descente en enfer surpasse de loin ce que les autres productions du genre nous donnent en pâture ces derniers temps. Du moins du côté français j’entends. Le film de genre à la française avait connu un âge d’or dans les années 70/80 avant de partir dans l’oubli ou le formatage marketing des années 2000, Money de Gela Babluani lui redonne ses lettres de noblesse en prenant en compte tout ce qui fait sa force. Le point de vue social étant le moteur que beaucoup oublient. Le trio de loosers que nous présente Money de Gela Babluani n’ont rien d’antipathiques, juste des paumés qui se retrouvent pris au piège d’ambitions trop fortes. On dit que l’argent n’a pas d’odeurs, mais dans le cas de ce film, il en a bien une, celle de la poudre et le goût du sang. Une très bonne surprise qui malheureusement risque de passer totalement à l’as au milieu des grosses sorties américaines du moment. A voir.

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