Critiques de films Films français

Maryland- Alice Winocour- critique du film

maryland-alice-winocour02

De retour du combat, Vincent, victime de troubles de stress post-traumatique, est chargé d’assurer la sécurité de Jessie, la femme d’un riche homme d’affaires libanais, dans sa propriété « Maryland ».Tandis qu’il éprouve une étrange fascination pour la femme qu’il doit protéger, Vincent est sujet à des angoisses et des hallucinations. Malgré le calme apparent qui règne sur « Maryland », Vincent perçoit une menace extérieure…

Maryland d’Alice Winocour est un petit film étrange passant entre les gouttes des grosses productions que l’on a trop souvent l’habitude de voir. Une proposition de cinéma qui dès le démarrage désarçonne. Peu de dialogues, une ambiance lourde, un Mathias Schoenaerts qui tout comme un Tom Hardy possède une aura incroyable et le potentiel d’une bombe à retardement. On est dès le debut intrigué sans vraiment pour autant savoir vers où le récit va nous mener. On se laisse prendre et d’un coup on perd pied. À l’image du personnage de Mathias Schoenaerts on se perd dans un monde dont les limites et les ombres/personnages qui le peuplent deviennent terriblement troubles. Maryland d’Alice Winocour traite des syndromes post-traumatique des soldats revenant du front, le tout sous couvert d’un mélange très particulier entre film d’auteur et film d’action avec une approche de la violence a la Johnnie To. Le personnage de Mathias Schoenaerts ne laisse rapidement que peu de places au doute, il est dangereux et ne demande qu’à éclater. Il se contient, prend sur lui et tente de reprendre d’une certaine manière une forme humaine dans un ersatz de vie social, mais toujours, le passé le rattrape. Soldat un jour, soldat toujours. L’odeur du sang le démange et lui fait voir à juste titre ou non, le mal définitivement partout.

maryland-alice-winocour01

Mélangeant habilement l’aspect thriller avec les questions géopolitiques et diverses magouilles qu’a pu faire l’État français avec des pays du moyen orient, Maryland d’Alice Winocour s’appuie sur un terrain au final réaliste et c’est ce qui donne à l’ensemble une tonalité si particulière. Permettant ainsi à la réalisatrice de se focaliser sur son personnage principal Mathias Schoenaerts. Elle prend son temps, tourne autour comme un prédateur sur sa proie. Le seul hic est que l’on ne sait jamais vraiment qui est qui ici. Les deux finissant quasiment par se révéler aussi dangereux l’un que l’autre. Elle dans la façon pesante et stylisée dont elle installe son récit et lui de par l’intensité animale nappée dans un voile de retenue qu’il imprime à la caméra. Romance impossible, analyse des traumas post-combats et film d’auteur, il ne fait pas le moindre doute que Maryland est une bête étrange. Le genre de celle qui peut séduire autant que laisser à la rue. C’est en quelque sorte la beauté de la chose, il faut prendre le risque d’accepter de ne pas vraiment savoir où l’on met les pieds et de se laisser emporter par ce récit qui de minutes en minutes continue d’évoluer vers quelque chose de nouveau. Car au milieu de cette violence qui éclate ou reste parfois sous-jacente, Maryland est avant tout la rencontre de deux personnages : Mathias Schoenaerts et Diane Kruger. Alice Winocour n’approfondit (volontairement) jamais ce que l’on sent naître chez ces deux écorchés vifs. Un sentiment bizarre qui leur dit qu’en se trouvant et malgré leur différence, ils sont l’un pour l’autre la porte de sortie qu’ils attendaient vers autre chose, un ailleurs loin de ce qui les ronge.

Est-ce de l’amour, un échappatoire, de la recherche de tendresse sans espoirs de lendemain ? Les niveaux de lectures sont multiples et c’est ce qui fait le charme de ce film complètement atypique. Mathias Schoenaerts possède une force brute correspondant parfaitement au personnage, mais tout comme un Tom hardy, il réussit à faire passer tellement plus dans de simples petits gestes et attitudes. Chose qui ne fait que rendre les éclats de violences dont il se rend « coupable » par la force des choses encore plus tétanisant. Bizarrement ce film d’Alice Winocour se rapproche pour moi terriblement et avec talent de ce que fait Johnnie To, le tout en rajoutant à l’ensemble une sensibilité étonnante. Mix improbable de styles Maryland d’Alice Winocour n’en reste pas moins jouissif. Une belle découverte avec une réalisatrice dont l’approche sourde de la violence et parfois éclatante donne envie d’en voir plus. Vivement le prochain film.

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply