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Logan, jamais la noirceur n’aura été aussi poétique.

Logan est-il le film de la génération comic-book que l’on attendait tous sans plus vraiment y croire ? J’ai envie de dire oui et ce à plus d’un titre. L’overdose dans le domaine ces dernières années concernant la production de ces films fait que beaucoup ne fonctionnent plus que sur des formules basiques qui se répètent encore et encore. Le tout jusqu’à l’écœurement. On va les voir en pilote automatique et on les oublie aussi vite pour passer au prochain. On est conditionné. Marvel est le meilleur exemple de ce formatage, la prise de risque est minime et aléatoire, DC essaye et se plante par manque de leadership et au milieu de la cohue, un outsider pointe son nez. Certes la Fox est le studio avec le moins de franchise comics, mais avec Deadpool et Logan, elle se montre comme étant le studio capable pour l’instant de donner un véritable espace de développement à ses projets. Leur permettant de donner vie à des versions beaucoup plus proches de la réalité du personnage qu’on ne pouvait l’espérer. Ce fut le cas avec Deadpool sorte de version Gonzo du film de super-héros et avec Logan, la Fox signe sous la houlette d’un James Mangold sûrement l’un des films dit de comic-book les plus profondément humain, dark et réaliste du lot. Shyamalan avait fait une merveille avec Incassable, Mangold en signe avec Logan, qui en est sa   version chant du cygne incroyablement sombre et c’est une véritable surprise. Le genre de celle dont on ne sort pas forcément indemne.

Alors oui, j’entends déjà les râleurs qui diront que l’on ne parle que d’un film de comic book et pas d’un chef-d’œuvre d’Orson Welles . J’entends le propos, mais y rajoute que réduire le domaine du comic-book a une simple succession de mecs en spandex se foutant sur la gueule avec des supers-pouvoirs serait idiot. Le domaine et la porte sur l’imaginaire qu’il ouvre à qui veut bien s’y engager est un véritable réservoir à possibilités narratives et cela James Mangold l’a compris. Il démontre aussi qu’il n’a pas perdu de vue l’origine de base des X-Men, sorte de variante papier traitant sous couvert de culture pulp des maux de la société. L’intro du film d’ailleurs avec ce pays traquant les mutants jusqu’au dernier, les notions de réfugiés, d’enfants cherchant l’asile trouve une répercussion assez effrayante dans l’Amérique actuelle de Trump. Rien que pour cela, le film s’enracine d’emblée dans une réalité que l’on peut comprendre et change un peu la donne. Pas de menaces plus grandes que nature, non, Logan est un Western humain, désabusé et d’une tristesse absolue. On a suivi ce héros depuis des années, le voyant évoluer au gré des réalisateurs et des histoires, mais jamais ces derniers n’avaient pris le parti de relâcher la bête sommeillant en lui. Tout au plus lui offrant des accès de rages au final très canalisé. Et puis soudain arrivant au bout de son histoire, voici que le studio se décide à enfin montrer une autre version de Logan. La vraie. Désabusé, ultra-violente, une véritable épave qui d’un coup d’un seul se voit offrir à la fin de son existence, une chance pour toucher du doigt la case rédemption.

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Et cette chance dans la vie de Logan prend la forme du personnage de X23… les fans seront de qui je parle et je ne vais pas spoiler trop pour garder un minimum de surprises. Mais dès l’arrivée de Laura/x23 dans le film et surtout sa première véritable séquence d’entrée en matière, Logan atteint une intensité qui aussi bien sur le plan moral que physique ne redescendra pas jusqu’à la fin. La relation entre Logan et Laura est le cœur du film, son ADN et la vraie courroie de transmission vers le spectateur, le bombardant d’une surdose d’émotions réelles que l’on ne pensait pas vraiment trouver dans un XMEN. Car même si j’aime certains des autres XMEN (pas tous), la grande majorité reste du cinéma grand public. Logan est différent, on peut vraiment parler de film d’auteur sortant en partie du moule basique des formules que l’on a l’habitude de voir. Et point non négligeable, il faut garder en tête que ce film se lit sur deux fronts, celui de la clôture de l’arc narrative des XMEN d’origine et point de départ de la future saga « New Mutants » que la FOX prépare. Et la surprise est de voir combien les deux axes se marient à la perfection dans la trame narrative de Logan, le passage de flambeau est fluide et déprimant à la fois.

James Mangold dans la manière dont il sacralise Logan pour son dernier voyage en fait une figure emblématique le rapprochant définitivement d’un Clint Eastwood de la grande époque. Le personnage de Logan dans le film est proche de celui d’Impitoyable d’une certaine manière, un véritable ange de la mort qui malgré le poids du temps est animé d’une rage intérieure phénomenale. Et cette dernière trouve un écho incroyable en la personne de Dafne Keen, la jeune actrice jouant X23 est tout simplement phénoménale. Difficile de trouver une enfant qui puisse assumer autant de rage, de violence et d’humanité à la fois. Elle fait bien plus que voler la vedette a Hugh Jackman dans le film, elle l’éclipse (bien qu’il soit aussi incroyable dans son rôle). Laura est le vrai personnage principal du film et James Mangold ne lui épargne rien, c’est ce qui frappe. Il aurait été bon de croire qu’avec les censures qu’impose parfois Hollywood, cette enfant allait être épargnée par la violence du film. Oubliez cela, elle en est même l’architecte absolue. Miroir complet du Logan qu’avait découvert Charles Xavier à l’époque, elle permet justement au fameux Logan du film de devenir ce mentor. Et le changement que cela opère chez le personnage est assez touchant. Classique, mais efficace.

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D’un bout à l’autre du film, Logan alterne entre humanité, noirceur et excès de violence absolue. Ce qui frappe et surprend dans le bon sens est que James Mangold ne se refuse rien. Logan est sûrement l’un des films de la Galaxie XMEN le plus sans pitié qui soit. Les cadavres s’enchaînent du plus mineur au plus surprenant. Rien ne nous est épargné en tant que spectateur et ce déluge de violence servant toujours le propos du film finit d’enfoncer la griffe rouillée qui pointe devant notre cœur. La finalité de la route vers laquelle Logan se dirige dès le début semble inéluctable et ni James Mangold ou Hugh Jackman ne font rien pour qu’on en dévie. C’est un choix d’une noirceur et d’un nihilisme assez surprenant, mais qui donne toute sa saveur au projet. Et j’ai envie de dire sa respectabilité. A une époque où avoir une personnalité dans ce genre précis de film devient un véritable luxe, Logan fait office avec son chapitre final d’un véritable OVNI, humaniste, politique et brillant aussi bien sur le fond que la forme. Renouant avec les origines de ce qu’est l’essence même d’un comics à savoir parler du monde sous couvert de divertissement a priori inoffensif, Logan est un petit trésor assez particulier. Imparfait sur certains aspects mais tellement fort sur d’autres que l’on ne peut qu’applaudir la prise de risques faites par la fox. Là où l’on attendait du classique, Mangold et Jackman partent sur un coup d’éclat qui marque d’une certaine manière le renouveau de ce domaine en qui l’on n’espérait plus grand-chose. Superbe et mélancolique en diable, Logan est une vraie claque et surtout un vrai beau film.

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