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[Livre] La conjuration Primitive ou la poursuite du mal absolu…

Et si seul le Mal pouvait combattre le Mal ?
Une véritable épidémie de meurtres ravage la France.
D’un endroit à l’autre, les scènes de crime semblent se répondre. Comme un langage ou un jeu.
Plusieurs tueurs sont-ils à l’oeuvre ? Se connaissent-ils ?
Très vite, l »hexagone ne leur suffit plus : l »Europe entière devient l »enjeu de leur monstrueuse compétition.
Pour mettre fin à cette escalade de l »horreur, pour tenter de comprendre, une brigade pas tout à fait comme les autres, épaulée par un célèbre profiler

La conjuration primitive est-il le meilleur roman de Maxime Chattam ? Je me pose un peu la question et avec le temps l’aiguille penche dangereusement vers le oui. Chattam a un avantage sur Grange que je trouve de plus en plus intéressant, celui d’avoir une écriture cinématographique. Un talent qu’il partage avec un autre auteur oeuvrant dans un autre genre, Musso. J’amène le débat sur cet auteur pour une raison en particulier. Chattam et Grangé sont le duo d’auteur s’opposant dans les charts pour le domaine du crime et Levy et Musso sont le pendant romantique. Mais ce qui est drôle est de voir que ce sont dans les deux cas, les deux petits jeunes qui combinent le mieux cette fusion entre le monde littéraire et celui du cinéma. Et clairement là où Grangé adapte ses romans sans jamais vraiment réussir à retrouver la fougue qu’il met sur la page blanche, les romans de Chattam hurlent pour qu’on les mettent en images. Que ce soit au niveau du tempo ou de l’atmosphère, l’approche entre Grangé et Chattam n’est pas des plus similaires et même si j’aime les deux, lire l’un et l’autre est comme contempler le côté pile et le côté face d’un même univers celui du mal.

Fascination complète de la part de ces deux auteurs pour ce domaine au combien ténébreux. Une fois de plus Chattam s’enfonce dans les arcanes de ce royaume avec une dextérité qui semblait l’avoir abandonné depuis quelques romans. La conjuration primitive ne cherche pas forcément à être révolutionnaire dans sa création, mais surtout à mettre mal à l’aise. À faire en sorte qu’un petit je ne sais quoi de votre esprit se sente définitivement sali par la proximité avec les fous peuplant ces pages. Un peu comme ces héros qu’il maltraite sans la moindre pitié, Chattam impose aux lecteurs une descente en enfer. Le pire est que plus les pages passent et plus l’on finit par se demander si l’on aura une chance d’en revenir aussi pure qu’à la première page. Au travers des deux héros principaux de cette cellule de gendarmes, Chattam trouve un miroir déformant de la naïveté de ces lecteurs. Et c’est alors que comme tout bon auteur sadique, il s’amuse à leur enfoncer la tête sous l’autre et mettre en pièces chacune de nos certitudes de base.

La conjuration primitive amène un contrepoint intéressant sur la chasse aux serial killer, celui de mettre en avant des chasseurs qui au fur et à mesure que l’enquête avance, semble de plus en plus impuissant. De ce sentiment de malaise continu naît une sorte d’addiction de la part du lecteur. Le malaise est certes multiple et la peur de perdre un personnage tout comme le dégout de la folie des tueurs rend bizarrement accroc, mais c’est aussi et surtout grâce à la plume de Chattam que la magie prend. Renouant avec la fougue atmosphérique de ces premiers livres, il connecte aussi d’une façon intelligente cette possible nouvelle saga avec celle qui a mise en orbite sa carrière. Mais au-delà de l’atmosphère et du plaisir de lecture que procure ce livre, on y découvre ce qui était une évidence absolue depuis ses premiers livres, à savoir le talent assez fou de Chattam pour briser la limite entre cinéma et littérature. Ses mots parlent au cinéphile comme aux gens normaux, l’avantage étant que lorsque l’on cavale d’un monde à l’autre le plaisir s’en retrouve décuplé. Maintenant reste à comprendre pourquoi alors que bien souvent la qualité est supérieure ou au minimum équivalente, les portes du cinéma ne se sont pas ouvertes pour Chattam ? Mystère assez énorme que le niveau très bon de « La conjuration primitive » ne fait que rendre encore plus forte. Malsain, sadique, totalement pervers envers les certitudes de lectures que l’on peut avoir en abordant ce genre d’œuvres, Maxime Chattam s’amuse avec nous, fait rêver et frissonner le lecteur. Espérons que le passage de la feuille blanche au grand écran se fera très vite et que le plaisir restera le même. Je ne demande que cela en attendant avec impatience le prochain livre de Monsieur Chattam.

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