Critiques de films Films français

Les enragés-Éric Hannezo- Critique du film

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Un braquage tourne mal. Les 4 criminels trouvent refuge dans un centre commercial où éclatent coups de feu et mouvements de panique. Cernés, ils abattent un homme et prennent en otage une femme. Acculés, ils arrêtent une voiture et prennent la fuite. A bord, un père et son enfant malade, qu’il doit emmener d’urgence à l’hôpital. Hors de contrôle, leur fuite va se transformer en traque sans merci. Désormais, il n’y a plus aucun retour possible pour ces chiens enragés…

Il est rare de tomber sur un bon film de genre français, un qui ne cherche pas à singer, copier sans réfléchir. Certes « Les enragés » d’Éric Hannezo est un remake d’un film de Mario Bava (et cela se sent dans les references et clins d’oeils), mais cela ne l’empêche pas non plus d’être un de ces films qui ne prennent pas du tout la voie du genre qu’ils ont face à eux en mode easy. « Les enragés » d’Éric Hannezo est très premier degré, dark en diable et ressemble bien souvent à un opéra de mort où les flingues dispensent de la tendresse sans espoirs de retours. Le film est sombre et sans pitié et ce genre de petits détails salutaire est malheureusement de plus en plus rare dans notre cinéma de genre. Eric Hannezo ne prend pas son film par-dessus la jambe en y ajoutant volontairement de l’humour pour désamorcer les situations et ne pas choquer le public. Si vous venez voir le film, il faut au contraire bien prendre en compte dès le départ que cela n’ira que de pire en pire. Dès l’intro du film, le destin envoie des signaux, fuir est la seule option et dès que la pluie de balles commence, on sait que c’est foutu.

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Il y a un côté inéluctable dans cette descente en enfer que dresse devant nous « Les enragés » d’Éric Hannezo, aussi dense de par son propos et sa réalisation que de par le jeu de ses acteurs, le film prend a la gorge comme un chien attaquant sa proie. Les personnages que l’on y découvre sont-ils fondamentalements mauvais ? Oui… et non. C’est la chose intéressante qu’offre Eric Hannezo en pâture a ses spectateurs, le loisir d’avoir assez de matières pour ne pas forcément prendre les personnages pour ce que l’on pense qu’ils sont. Des salauds, des tueurs… Ce sont dans le cas de Guillaume Gouix et Franck Gastambide, deux pauvres types dépassés par les événements qui se dressent devant eux. Les deux acteurs s’en donnent à cœur joie pour tisser devant nous une toile pleine de nuances. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser les concernant, crevure abjecte ou possédant encore un peu d’humanité dans le fond de cette âme noirâtre. Franck Gastambide et Guillaume Gouix étonnent, le premier en s’éloignant des comédies et en donnant vie a un personnage bien plus profond et dangereux que prévu et quant à Guillaume Gouix, il continue sa route de virtuose. D’un genre à l’autre ce type est un caméléon capable de quasiment tout jouer. Ici c’est le cas et le malaise entourant son personnage est d’autant plus palpable quand il grandit que les fondations sur lesquelles il bâtît sa noirceur sont bien réelles et crédibles. C’est la situation qui veut cela…

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En face d’eux dans le rôle des otages Lambert Wilson et Virginie Ledoyen ne sont pas en reste. Pris au piège d’une situation sans espoirs, les deux s’en donnent à cœur joie pour faire vivre toutes les couches et surcouches des personnages qu’ils jouent. À la fois calculateur et pathétique, le personnage de Lambert Wilson est le plus intéressant du lot. « Les enragés » d’Éric Hannezo montre aussi surtout que le mal est partout et sous toutes les formes possibles et imaginables. Il n’y a pas de justice aux pays des gangsters. Pris a froid le film d’Éric Hannezo se digère comme une série d’uppercuts dans le ventre. Le monsieur aime le cinéma de genre et le cinéma tout court. Mixant action intense et sens du huis clos et de la montée de tension parfaite, Les enragés laissent peu de doutes sur le potentiel d’Eric Hannezo comme réalisateur. Il fait du genre pas du sous-genre et cela paye. Il y a énorment de sincérités devant et derrière la caméra pour « Les enragés », cela n’est pas du tout venant fait à la vite, on n’est pas dans de l’industriel, mais plus de la cuisine indé faite dans son coin en respectant les vieilles recettes. Cela surprend de prime à bord pour la simple et bonne raison que cela a du goût et de la texture. Et non, je ne parle pas des bouts de cervelles qui collent. Véritable très bonne surprise, « Les enragés » d’Éric Hannezo montre que le cinéma de genre français n’est pas mort et qu’au milieu d’une tonne de productions basiques et commerciales, il y a des réalisateurs prêts à vendre du rêve. Une excellente surprise. Définitivement à voir.

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