Critiques de films Films français

Les cowboys- Thomas Bidegain- Critique du film

les-cowboys-francois-damiens01

Une grande prairie, un rassemblement country western quelque part dans l’est de la France. Alain est l’un des piliers de cette communauté. Il danse avec Kelly, sa fille de 16 ans sous l’oeil attendri de sa femme et de leur jeune fils Kid. Mais ce jour là Kelly disparaît. La vie de la famille s’effondre. Alain n’aura alors de cesse que de chercher sa fille, au prix de l’amour des siens et de tout ce qu’il possédait. Le voilà projeté dans le fracas du monde. Un monde en plein bouleversement où son seul soutien sera désormais Kid, son fils, qui lui a sacrifié sa jeunesse, et qu’il traîne avec lui dans cette quête sans fin.

Cela fait déjà quelque temps que j’ai vu le film et sa sortie est encore dans très longtemps. Du coup je ne sais pas si la version que j’ai vu sera bien la définitive où s’il y aura encore quelques changements d’ici là. Mais une chose est certaine quoi qu’il en soit en bout de course, le film « Les cowboys » de Thomas Bidegain n’est pas simple à vendre. Pas qu’il soit fondamentalement mauvais, mais dans le fond quelque chose n’arrive jamais à complètement cliquer pour que l’on s’investisse à 100% dans cette histoire. Le récit d’une chose fréquente de nos jours, mais dont on ne parle pas. Toutes ces jeunes filles qui en marge des hommes partant faire le djihad les suivent pour des raisons très discutables sans jamais mesurer les conséquences de leurs actes. C’est sur ce point de départ que se crée la cassure qui entrainera la métamorphose et la chute d’une famille qui jusque-là n’avait jamais vu venir sur le pas de sa porte un problème de ce genre. Vivant dans une utopie de vie à l’américaine, le père de famille qu’incarne François Damiens porte le film sur ses épaules. Ce n’est pas sa performance qui est à remettre en cause, c’est la nature même du script. La découpe très bizarre de ce dernier donne l’impression de feuilleter un chemin de fer d’émission TV. Les grandes lignes sont là et l’on a une idée de la structure, mais il manque par endroits quelques bouts de matières grasses pour donner l’impression que l’on ne marche pas que sur des œufs.

les-cowboys-francois-damiens02

Et Thomas Bidegain avec ce film le fait plus d’une fois. Se passant avant pendant et après les événements du World Trade Center, les Cowboys montrent que ces problématiques ( djihad, désoeuvrement et fuite en avant vers des mouvements islamistes) existaient bien avant. Nous n’en avions peut-être pas forcément autant conscience. Une posture de poisson hors de l’eau qui en quelque sorte nous rapproche des deux personnages a cet instant précis. Ils sont dépassés par les enjeux et le monde qui se dessinent devant eux. Mais les Cowboys est un film qui en voulant traiter ce thème de façon large et sous sa forme actuelle a peut-être les yeux plus gros que le ventre. L’évolution dans le temps aussi bien pour le père que pour le fils ne fonctionne pas toujours. François Damiens dans les Cowboys sombre très vite dans une forme de dépression/obsession le poussant à aller jusqu’au fond du trou pour retrouver sa fille, mais cette phase est aussi rapide qu’épisodique dans sa façon de nous arriver sur le grand écran. On assiste à une grande performance d’acteurs, parfois de belles scènes…mais il manque un peu de liant entre ces dernières a plus d’une reprise. Cela finit très vite par jouer contre l’aspect émotionnel de la chose. On a du mal à s’investir dans le parcours de cet homme et la descente aux enfers qui est la sienne. Et cela a pour effet d’impacter son fils au niveau filmique, mais aussi scénaristique.

Les cowboys de par sa construction sur de très nombreuses années voit large et ouvre son point de vue à celui du fils. Ce petit homme qui a grandi dans l’ombre d’un père qui n’en était plus un et qui devient un homme lui ressemblant beaucoup trop. François Damiens trouve un excellent partenaire de jeu en la personne de Finnegan Odfield. Mais, ce dernier rencontre le même problème que son père de cinéma une fois face au scénario. Les événements qui s’enchainent dans la dernière partie de la quête montre un enfant devenu un homme beaucoup trop vite et héritant d’un fardeau qu’il ne voulait pas. De passif une partie de l’histoire, le fils devient central dans l’achèvement de cette « traque » et c’est ici que le film se gâte un peu. Le scénario a plus d’ambitions pour le personnage de Finnegan Odfield que son corps ne peut en donner sans maquillage pour que la chose semble crédible. Les années passent, les épreuves aussi, mais ce visage poupon reste là et quand on cherche dans le regard la trace des épreuves qu’il a subi, on ne la voit pas. Rendant ainsi caduque la totalité du script. Finnegan Odfield n’est pas mauvais, loin de là. Mais sous la forme actuelle dont est construit le scénario et le montage du film, sa performance en ressort comme tiède, ce qui ne lui rend pas forcément justice. Le coup de grâce arrivant dans l’acte final. Et là en voyant ce bout du chemin et ce qui en découle, on voit enfin de façon concrète l’indécision qui semblait habiter le film depuis le début prendre forme sous nos yeux. Il n’est pas vraiment question de djihad, d’islamisme et d’autres, ni de la façon dont la France gère le terrorisme. Ce même si le film par défaut touche tout ces sujets du doigt ( sans que cela n’aboutisse à quoi que ce soit de profond en bout de course). Non en fait, il s’agit juste de l’histoire d’un gamin qui a grandi trop vite et se retrouve à porter le chapeau de son père. Une ombre pesante pour tout ce qu’elle lui a fait subir. A croire que les deux enfants n’avaient dans le fond qu’une envie…s’éloigner…tuer l’image du père dans leur inconscient. Une forme d’égoïsme qu’ils partagaient l’un et l’autre. Sans pour autant le comprendre dès le départ.

les-cowboys-francois-damiens03

Et en bout de course, on se rend alors compte combien l’ensemble des personnages que l’on a vus depuis le début et au-delà des faiblesses et fêlures qui sont les leurs ( via cette disparition) sont tout sauf attachants. Le père est un dépressif qui se perd dans cette traque, le fils un enfant malléable qui au final n’échappera pas complètement à l’ombre envahissante de ce père. Appuyant encore un peu plus sur son manque de personnalité et la sœur apparaît comme une égoïste de la pire espèce. Perdus sous des thématiques diverses, des débuts de réflexions et des prises de position ancrant le film dans une réalité politique en constante évolution ( vers le pire), Les Cowboys reste ( surtout sous sa forme actuelle) un objet étrange. La base est là, les acteurs aussi et il y a par instant des fulgurances, mais irrémédiablement à chaque passage de checkpoint, on se rend compte encore et toujours que l’on ne s’accroche jamais à eux et que l’on a un mal de chien a trouver crédible l’incroyable empilement d’événements de la 2e moitié du film. Un triste constat qui nous laisse un peu en bord de la route de ce qui aurait dû être un très grand film. Mais qui en l’état n’en est que l’embryon.

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply