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Leave No Trace, l’après Winter’s Bone de Debra Grank

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Leave No Trace de Debra Grank confirme encore un peu plus le talent de Ben Foster, mais est une révélation pour la jeune Thomasin McKenzie.

Leave No Trace est-il le film le plus joyeux que vous allez avoir l’occasion de découvrir en salles ? Pas vraiment, mais est-ce que cela doit pour autant vous arrêter dans l’envie de le voir ? La réponse est non. Pour la simple et bonne raison que Leave No trace est réalisé par Debra Grank qui était déjà à l’origine de Winter’s Bone. Vous vous souvenez ce petit film qui a lancé la carrière d’une actrice du nom de Jennifer Lawrence. La magie opère à nouveau ici avec cette fois ci dans le rôle de la découverte la jeune Thomasin McKenzie qui n’a rien à envier à sa comparse de l’époque. Leave no Trace marche dans les mêmes pas que Winter’s Bone en termes d’ambiance et de sa manière si particulière de se focaliser sur l’humain. Le pitch du film donne une petite idée de ce qui attend le spectateur : Tom a 15 ans. Elle habite clandestinement avec son père dans la forêt qui borde Portland, Oregon. Limitant au maximum leurs contacts avec le monde moderne, ils forment une famille atypique et fusionnelle. Expulsés soudainement de leur refuge, les deux solitaires se voient offrir un toit, une scolarité et un travail.

Debra Grank explore toujours avec autant de délicatesse et de minutie du détail l’autre versant de l’Amérique, celle des laissées pour compte. Ben Foster en ancien soldat SDF élevant sa fille en dehors du système est tout sauf le genre de personnage glamour au 1er regard. Et pourtant assez rapidement aussi bien laissant l’espace nécessaire à ses acteurs pour faire vivre le personnage que par l’intelligence de sa mise en scène, la réalisatrice crée un canevas passionnant. On s’attache sans le moindre mal à ce duo pour le moins improbable. Celui d’une fille aimant son père et la vie qu’elle mène, mais consciente malgré tout qu’autour d’elle un autre monde existe. Et face à elle, Ben Foster développe une fois de plus un personnage dont il a le secret. Un pied dans chaque extremité de la vie. La beauté de la chose dans la partie d’échecs qui se joue entre les deux acteurs est que la jeune Thomasin McKenzie démontre un charisme et un talent naturel pour tenir tête sans forcer à la force de la nature qu’est Ben Foster. Et mine de rien, la tâche n’est pas des plus évidentes quand on connaît le monstre.

Naviguant sans cesse d’un extrême à l’autre entre quasi documentaire sur l’autre versant peu reluisant de l’Amérique et drama familial intense, le film de Debra Grank marque des points dans chaque camp. Mais il le fait en adoptant un style tout sauf grand public. Lent, maniaque dans la manière il se focalise sur les détails, les silences et l’espace qui est offert aux deux acteurs pour créer un lien crédible. Le genre de ceux que l’on ne retrouve que dans la vraie vie entre un père et une fille. Et très vite le rapport de force entre les deux s’inverse, la fille devenant la vraie source d’ambition et de stabilité avec un regard pointé vers le futur. Thomasin McKenzie crée un personnage tout en finesse et l’on ne peut s’empêcher d’être sous le charme de ce qu’elle imprime à l’écran. Mais triste aussi assez vite face à la scission qui se crée entre elle et son père. Ben Foster et son personnage sont les deux pieds dans le présent et son passé chaotique. Incapable d’évoluer et toujours à fuir, le plus loin possible pour vivre hors du monde. Aussi bien analyse froide de l’abandon des vétérans à problèmes par le système US que drama intimiste, Leave No Trace prend des risques à tous les étages pour tirer la corde sensible de l’émotion du spectateur. Certains le font de manière si grossière que cela devient contre-productif. Ce n’est jamais le cas avec Debra Grank.
On ressort de ce film un peu entre deux rives, tout comme son héroïne, le sentiment d’évolution et d’abandon de son passé pour se construire un futur résonne de manières universelles. La beauté de Leave no Trace tient dans sa simplicité absolue. Le film aime ses personnages et les respecte dans tous les aspects de leur personnalité. Minimaliste, mais profondément humain.

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