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Le prix du succès, Tahar Rahim au sommet de sa forme.

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Le prix du succès pour ceux qui en doutait encore est un rappel à l’ordre sur l’étendue du talent de Tahar Rahim.

Le prix du succès de Teddy Lussi-Modeste fera immédiatement penser à une version fictive de l’histoire de Jamel Debbouze. Le parcours de Brahim , son univers, son entourage et son ascension tout comme les doutes qu’on retrouve le long du chemin tape en plein mille. L’esprit du spectateur va chercher immédiatement dans ce qu’il connaît, reflet de l’époque d’une certaine manière. Mais très vite l’idée d’une potentielle histoire drôle s’efface très vite pour faire place à autre chose de bien moins joyeux. Le réalisateur ne ment pas sur la marchandise et tout est dans le titre d’une certaine manière. Le pitch d’ailleurs enfonce le clou : Brahim est un humoriste en pleine ascension. Sa réussite, il la doit à lui-même et à l’amour qu’il porte à Linda. Bon fils, il soutient les siens depuis toujours. Mais pour durer, Brahim doit sacrifier son grand frère, manager incontrôlable. Si l’échec peut coûter cher, Brahim va payer un tribut encore plus lourd au succès.

Tahar Rahim et Roschdy Zem trouvent ici deux rôles en or pour exprimer une fois de plus l’immense talent d’acteur qu’on leur connaît. Deux frères aux mentalités bien distinctes et pourtant complémentaires enfin presque. L’ennemi vient toujours de l’intérieur et quand le succès arrive, il y a ce moment où l’on franchit le point de non-retour. Teddy Lussi-Modeste installe ce parcours avec une minutie du détail assez chirurgicale et l’espace de quelque temps on en vient à se persuader que l’issue entre les deux frères ne sera pas celle que l’on pense. Le film est joyeux en apparence pendant son 1er tiers et soudain la vérité nous prend en pleine face. Jalousie, rancœur, la liste des défauts accablant le personnage de Roschdy Zem est longue comme le casier d’un repris de justice et de ce fait, il devient évident que la synergie sur le long terme avec son frère Brahim  était impossible et c’est tout ce qui se passe. Le succès ne vient jamais sans que l’on paye l’addition d’une manière ou d’une autre. Teddy Lussi-Modeste montre que dans le cas présent, cela se joue aussi bien au niveau de la famille que des ambitions qui nous explosent au visage. Est-ce que l’on peut réussir et rester le même ? Impossible, rare sont les artistes qui ne sont pas des anxieux de natures, des insatisfaits ayant ce besoin fou de s’entourer de bonnes paroles. Vraies ou fausses, elles sont prises pour ce qu’elles sont. Des placebos cachant ce que l’on sait pourtant inéluctable, ce moment où pour exister pleinement, il devient nécessaire de couper les ponts. De vivre pour soi et non plus au travers des autres.

Mais quand les autres vous accompagnent, portent et rassurent depuis le début, comment la chose peut-elle être vécue autrement que comme une trahison. D’étude familiale cynique, le film vire dans un drame humain pour le moins terriblement touchant. Un trio d’acteurs/ actrice impeccable : Maiwen en élément de discorde amoureuse dont la retenue et la fragilité apporte une vraie finesse à l’ensemble. Roschdy Zem qui derrière sa brutalité et ses sautes d’humeurs cache un personnage plus intéressant que prévu et Tahar Rahim bien entendu. Un des rares acteurs capable de sauter d’un genre à l’autre avec un talent qui ne faiblit jamais et au travers de ce film, il le prouve encore. L’humanité de son personnage dans le film est un témoignage de plus face à la versatilité de son talent. Teddy Lussi-Modeste ne l’épargne jamais véritablement. Aussi tête à claque qu’humain dans le moindre de ses défauts, il est aussi facile de l’aimer que de le détester. Tout comme Roschdy Zem d’ailleurs. Identique de par le talent d’acteurs, ces deux hommes étaient parfaits pour incarner des frères. Et ce dans tout ce que cela implique d’amour et de haine. Mais quel que soit la violence des mots ou des actions, le prix du succès déborde d’une certaine forme de bienveillance pour ses personnages principaux. Un regard extérieur qui ne s’arrête pas qu’aux simples apparences et pousse le spectateur à aller au-delà. Une action qui en bout de course paye. Tout comme l’effort pour se hisser au top de la pyramide du succès. D’une première impression de Biopic de Jamel Debbouze, le film et son casting effacent sans le moindre mal ce qui n’était qu’une fausse impression. Le prix du succès existe par lui-même. Une histoire qui réussit à toucher au cœur porté par un casting au top de sa forme. Une petite perle passer un peu trop en dessous des radars.

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