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Le Brio, Daniel Auteuil en finkielkraut cherchant la rédemption…

Le brio d’Yvan Attal c’est une bonne idée de cinéma qui se perd un peu en route pour se formater tranquillement au fil du récit. Un peu dommage.

Le brio est un film que je pensais détester sur le fond. Je n’ai jamais été un énorme fan des films d’Yvan Attal et vu le sujet de son nouvel opus, j’avais peur de le voir se prendre pour x ou y raisons les pieds dans le tapis. Est-ce que j’avais raison ? Sur certains points qui continuent de me faire un peu tiquer pour des raisons propres peut-être. Mais dans l’ensemble, je dois bien reconnaître qu’au final, le brio est moins mauvais que je ne le craignais. Voilà, c’est dit. Est-ce que cela balaye d’un coup tous les griefs que je peux avoir contre le film ? Pas forcément, mais se construisant sur un schéma au final très (et peut-être trop) classique, le film réussit à aller d’un point à l’autre de sa narration sans trop d’encombres. Ce qui est déjà une première victoire. De quoi parle donc le brio par Yvan Attal ? Neïla Salah a grandi à Créteil et rêve de devenir avocate. Inscrite à la grande université parisienne d’Assas, elle se confronte dès le premier jour à Pierre Mazard, professeur connu pour ses provocations et ses dérapages. Pour se racheter une conduite, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d’éloquence. À la fois cynique et exigeant, Pierre pourrait devenir le mentor dont elle a besoin… Encore faut-il qu’ils parviennent tous les deux à dépasser leurs préjugés.

le brio daniel auteuil

Le vrai challenge du film est de passer au final au-dessus de son côté parfois manipulateur dans la représentation du système. Une problématique que l’héroïne rencontre en frontal et affronte tout du long du film. Le tout jusqu’à un retournement de situation dont la finalité touchera la corde sensible de l’émotion pour certains ou en agacera d’autres. Dans mon cas, j’avoue avoir encore un peu le cul entre deux chaises. Est-ce que le personnage de Neïla Salah est bon ? Oui, même si à quelques reprises le film se perd un peu en forçant inutilement le trait dans certaines situations, elle possède dans le récit quelques beaux moments d’émotions. Est-ce que cela méritait pour autant son César ? C’est un autre débat où les avis n’ont pas fini de diverger. Mais tout cela finit par se heurter a un problème un poil ennuyeux qui pour moi empêche au final au film d’atteindre son potentiel complet. Le brio est la version cynique et désabusée du cercle des poètes disparus d’une certaine manière, sauf qu’ici Robin Williams est incarné par un Daniel Auteuil qui dans le fond n’est qu’un pauvre type perdu dans son savoir et de plus en plus détaché des autres. Odieux, raciste, cynique et mal dans sa peau, il s’accroche à sa dernière chance de garder son job que représente cette étudiante de banlieue qu’il veut transformer en une amende honorable pour lui et un porte-drapeau de l’institution qu’est Assas.

le brio camelia jordana

Quand on connaît le passif d’Assas niveau racisme, le film prend une autre saveur. Derrière les envolés lyriques de Daniel Auteuil qui sentent bon le border line et plus si affinités, c’est le portrait d’un système complètement schizophrène ou l’éducation des élites rime avec la destruction d’une certaine forme de soi. Le personnage de Daniel Auteuil n’a qu’une volonté briser la coquille de l’ancienne Neïla Salah pour en créer une nouvelle plus à même de survivre dans la société qui est la nôtre. Pourquoi pas… le souci majeur que j’ai avec son personnage dans le film est son manque de subtilité. L’équilibre entre les deux personnages est assez bizarre. Camélia Jordana incarnant au final un stéréotype digne de l’image que l’on peut se faire de l’étudiant(e) de banlieue prise dans les griffes de ce système. Et Daniel Auteuil de son côté est le salaud diffusant son savoir entre quelques coups de griffes et insultes gratuites. Le brio tente de nous faire au final aimer les deux personnages, mais l’un comme l’autre ne nous font jamais vraiment plonger dans les profondeurs de ce qu’ils sont. C’est certes moins violent pour le personnage de Neïla Salah mais assez pénalisant pour celui de Daniel Auteuil qui donne ici l’impression de n’être qu’un finkielkraut entre deux âges. Une caricature qui s’accroche à son poste par tous les moyens et au milieu de sa bile retrouve un brin d’humanité… et puis plus rien. Est-ce que le brio est raté ? Antipathique ? Maladroit ? Non, il est juste un peu bancal en bout de course. Et c’est ce qui est le plus triste vu que même si les personnages ne sont jamais assez approfondis, le duo Camelia Jordana et Daniel Auteuil est un bon duo de cinéma. C’est tout à l’honneur de ce dernier de n’avoir jamais tirer la couverture à lui servant pleinement du coup le personnage de Neïla Salah, mais ce choix le fait passer de personnage principal a second rôle assez vite. Le tout finissant par transformer Le brio en une aventure sympathique et parfois caricaturale, mais surtout boiteuse. Dommage, mais pas forcément désagréable pour autant non plus.

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