Critiques de films Films français

La vie en grand-Mathieu Vadepied- Critique du film

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Adama est un adolescent de 14 ans. Il vit avec sa mère dans un petit deux-pièces en banlieue parisienne. Il est en échec scolaire même si c’est un élève prometteur. Avec Mamadou, plus jeune que lui, ils vont inverser le cours de leurs vies.

Difficile de faire un film avec un fond social et mixant des éléments de comédies et de réussir à garder tout du long la tête hors de l’eau. Ce n’est certes pas impossible, mais cela demande un peu de doigté. Et dans le domaine plus d’un s’y sont cassé les dents. Est-ce que la vie en grand est parfait ? On trouvera toujours à y redire et c’est le cinéma qui veut cela, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut oublier la somme de ses qualités. Petit film passant entre les gouttes, La vie en grand prend un chemin de traverse pour parler de la banlieue…la légèreté et l’humour. Cela n’empêche pas en toile de fond de rester d’une certaine façon dark, mais l’approche de surface permet de changer la donne. C’est ce qui est surement le plus rafraichissant dans l’ensemble. Car comment parler autrement d’enfants qui par la force des choses s’improvisent dealers pour survivre dans un univers où bon nombre n’aurait pas eu cette même force de caractère. La vie en grand de Mathieu Vadepied est en quelque sorte le pendant français du film américain Dope. Les deux sont très similaires dans le fond. La forme diffère certes, mais la machinerie sous le capot et les personnages qui composent cette histoire se ressemblent. Les motivations à s’en sortir surtout et aller au-delà de cette destinée de n’être qu’une statistique de plus dans la délinquance du quartier.

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À la différence de Dope qui était très militant, La vie en grand de Mathieu Vadepied ne cherche pas forcément à porter un jugement, juste à poser un regard différent sur la chose. Là où d’autres auraient pris le parti d’une noirceur sans fin, La vie en grand montre que même dans le pire des cas, il y a toujours un espoir de s’en sortir. Et c’est au travers de deux enfants acteurs absolument géniaux que le film prend toute sa force. Balamine Guirassy et Ali Bidanessy. Deux gamins qui peut-être ne continueront jamais dans cette voie si particulière qu’est le cinéma, mais qui au travers de ces deux premiers rôles dévoilent pourtant un talent monstrueux. Quand le script est bon, une grande partie du travail de l’acteur est fait. Il perd l’anxiété de devoir pallier aux faiblesses narratives de ce qu’il va jouer. Balamine Guirassy et Ali Bidanessy semblent oublier dès le départ cette notion. Les deux enfants jouent, vivent et font vivre tout simplement les deux rôles qui sont les leurs. Mixé à la mise en scène très sobre, on se laisse emporter dans l’ensemble et finit par moment par avoir l’impression de regarder un vrai faux documentaire…

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Il y a dans la vie en grand une alchimie bizarre entre un humour presque anglais dans sa façon d’être désinvolte et d’arriver au milieu des choses graves et une sensibilité que l’on ne retrouve pas forcément assez souvent dans le cinéma frenchy. Oui, le parti pris d’avoir des gamins dealant pour s’en sortir pourra en hérisser le poil a plus d’un. Dope abordait la chose de façon plus comédie, ce qui aidait a faire passer la chose plus facilement. La vie en grand est plus réaliste sur le fond ( bien que Dope aussi, mais s’appuyant sur des codes sociaux US, qui ne sont donc pas les nôtres.) Le rire est donc ici toujours dans un délicat numéro d’équilibriste. Servie par des acteurs principaux et secondaires vraiment étonnants de justesses, la vie en grand sort la tête haute du piège dans lequel on pensait le voir tomber. Montrant qu’il reste possible de parler de la banlieue avec une petite touche de poésie et sans pourtant tomber dans le pathos et le cliché basique. Une bonne surprise.

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