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La nuit a dévoré le monde, mon ami le zombie hipster parisien.

La nuit a dévoré le monde regorge de bonnes intentions. Mais malheureusement aussi de défauts cohabitant assez mal avec les premiers. Résultat cela coince un peu…

La nuit a dévoré le monde est un film que beaucoup vont défendre majoritairement pour deux raisons. La première qui est subjective tient dans le fait qu’ils penseront que c’est un bon film de genre. C’est leur avis et même si je ne le partage pas, je respecte. La seconde est que sous prétexte que nous sommes devant un film de zombies se passant à Paris, en gros devant un film de genre frenchy il faut défendre la chose quoi qu’il arrive. Et c’est donc ici que cela bloque un peu plus en ce qui me concerne. La nuit a dévoré le monde est un film plein de bonnes intentions. Le souci est que la somme de ces dernières ne fait pas toujours une bonne histoire. De quoi parle le film  ? En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s’organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ?


Un film de zombies dans Paris. Sur le papier, cela vend du rêve et ouvre la porte à de nombreux délires scénaristiques. Mais autant être honnête, il va falloir très vite oublier tout cela pour affronter la triste vérité. La nuit a dévoré le monde est un film de zombies en mode auteur parisien. Je n’ai rien contre une approche minimaliste des mécanismes de la folie inhérente à l’isolation, la perte des repères, les différents moyens pour se raccrocher à une humanité fuyante… encore faut-il a minima que la chose soit intéressante. Le drame du film est qu’il ne sait jamais véritablement vers quelle extrémité se tourner. Désireux de ne pas perdre en route les adeptes des films de zombies, le film empile des séquences dites type. Et pire encore nous présente un personnage principal qui sous le prétexte de sa folie de plus en plus envahissante enchaîne les conneries. Et c’est ici que l’on s’agace un peu devant la manière dont le réalisateur gâche son potentiel. Ni la partie zombies classique ou bien la partie drama ne fonctionne jamais pleinement. La première de par le fait que le héros est dans un premier temps inintéressant et dans un second accroc à l’envie de se compliquer bêtement l’existence. Le parallèle dans avec Tom Hanks dans Seul au monde a été mis sur la table par le réalisateur et l’on peut comprendre l’intention, c’est l’exécution qui pose problème. Anders Danielsen Lie finit assez vite par avoir du mal à porter le film quasi seulement sur ses épaules. Il n’est pas Will Smith dans « I legend ». Les deux films présentant un héros assez similaire.


Le twist étant que dans le cas de Will Smith l’indécence du budget permettait de sortir d’un lieu quasi unique. La nuit a dévoré le monde capitalisant sur son budget plus faible joue la carte du huit-clos. Une idée honnête que d’autres ont mis à l’épreuve bien avant Dominique Rocher. Parfois avec beaucoup de brio, parfois avec moins. Mais toujours sans oublier une chose, celle de prendre la chose sous l’angle de l’expérimentation, de l’ambition ou de la folie furieuse. Et le vrai drame de ce film est qu’il manque terriblement de ces éléments. L’action se passe et l’intérêt du spectateur trépasse très vite. S’appuyant beaucoup trop sur une bande musicale faite pour plaire aux Inrocks plus que pour créer la peur ou l’angoisse, le film balaye avec application la liste des poncifs du genre. Mais pas celle des bons films, celles des situations stupides que le héros ne devrait pas accomplir. Celle des facilités d’écriture ou des soi-disant twists qui ne fonctionne pas vraiment et finissent par plomber encore plus le récit. En voulant respecter à tout prix l’idée même des films de genre, mais en évacuant tout ce qui en fait le charme pour le remplacer par du drama pénible rappelant les pires heures du cinéma de bobo parisien, le film finit par en devenir fascinant. Mais jamais pour de bonnes raisons malheureusement.

C’est un peu comme si le réalisateur du film s’était lui-même tendu son propre piège. S’enfonçant dans un genre dont il ne maitrise pas les codes et s’amusant à le remodeler avec un zeste de drama mal géré là aussi. La mayonnaise peine à prendre et toutes les bonnes intentions de départ explosent en vol. Le tout pour ne plus laisser à disposition du spectateur qu’un spectacle pour le moins iconoclaste. Mélange de genre se voulant novateur et bercé de références, mais qui dans le fond apparaît malheureusement pour ce qu’il est un patchwork assez mal foutu. Ce qui pousse très vite à décrocher. Est-ce que mon avis fait parole d’évangile ? Non pas le moins du monde, tout cela n’est que subjectif. Mais là où Romero utilisait le même terrain de jeu pour faire passer du social dans son récit, là où Edgard Wright transformait un film de zombies en quelque chose de stratosphérique avec Shaun of the Dead, Dominic Rocher a du mal à exister. Un peu comme si La nuit a dévoré le monde n’avait jamais eu assez de cartouches dans le chargeur d’emblée pour gagner la bataille qui se dressait devant elle. J’aurai voulu aimer le film de Dominic Rocher, embrasser son approche du mélange des genres et m’extasier devant ses propositions de réalisateur. Malheureusement du début à la fin, je n’ai jamais eu ce luxe et dans le fond cela me désole vu qu’en effet le cinéma de genre en France a du mal à se faire une place. Le défendre est donc nécessaire. Encore faut-il que le produit qui nous est offert en vaille la peine. Et a mon petit niveau ici, je trouve malheureusement que ce n’est pas le cas avec ce long métrage. Dommage.

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2 Comments

  • Reply
    FredMJG
    mars 5, 2018 at 1:24

    Je n’ai pas encore vu le film mais je crains qu’il n’y ait une 3e raison de l’aimer : Anders Danielsen Lie
    A quoi ça tient quand même le cinéma ^^

    • Reply
      Chandleyr
      mars 5, 2018 at 3:33

      je doute pas qu’il puisse avoir été bon dans d’autres films, mais ici le réalisateur semble se faire un point d’honneur de pas le cadrer, de pas le driver, il donne l’impression d’un acteur seul et à la dérive dans un merdier qui le dépasse.

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