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La Momie, anatomie d’un faux départ…

Bien qu’elle ait été consciencieusement enterrée dans un tombeau au fin fond d’un insondable désert, une princesse de l’ancienne Égypte, dont le destin lui a été injustement ravi, revient à la vie et va déverser sur notre monde des siècles de rancœurs accumulées et de terreur dépassant l’entendement humain. Des sables du Moyen Orient aux pavés de Londres en passant par les ténébreux labyrinthes d’antiques tombeaux dérobés, La Momie nous transporte dans un monde à la fois terrifiant et merveilleux, peuplé de monstres et de divinités, dépoussiérant au passage un mythe vieux comme le monde.

Le problème avec la Momie est que l’on peut se laisser avoir par l’affiche. Avec Tom Cruise au milieu de celle-ci on est en droit de donner au film un chèque en blanc. C’est normal dirons-nous. Et c’est une fois que l’on se retrouve dans la salle que les problèmes commencent à faire surface. Est-ce que la Momie est aussi atroce que l’on peut le lire partout ? Non, est-ce pour autant un bon film ? Non plus. Ce n’est jamais simple d’être le premier film ouvrant la voie a un univers partagé. On se doit d’être solide de par son histoire et ambitieux pour le reste de celle que l’on voit se dessiner à l’horizon. Le hic avec La Momie est que oui, le film est d’une certaine manière ambitieux, mais jamais a aucun moment, le scénario ni la réalisation ne réussissent vraiment à suivre ces fameuses ambitions. Une fois que la fin du film arrive, on ne sait au final pas vraiment vers quoi va se diriger la suite de cette saga. Et ce en grande partie à cause d’un point précis… le film ne tourne qu’autour de Tom Cruise et le reste des rôles doivent se démerder avec les restes du script. Et du coup la liste des victimes ne cesse de s’allonger un peu à chaque minute qui se passe.

La soi-disant grande méchante du film n’est qu’un prétexte au final. Même la momie de 1999 présentait un méchant plus solide. D’ailleurs pour remuer le couteau dans la plaie, il est amusant au final de voir que le film de 1999 avec Brendan Fraser est encore aujourd’hui, beaucoup plus fun et mieux structuré que ne l’est cette version 2017 de La Momie. Le vrai problème qui saute aux yeux tient dans la structure du scénario, c’est tout un art de donner une impression de vitesse et de frénésie et de réussir en même temps à développer sainement son histoire. La momie rate cette étape à peu près à tous les niveaux. Les 3 personnages qui sont principaux ici s’avèrent au final diablement mal écrit. Et pire encore dans le cas de Tom Cruise foncièrement antipathique, on ne s’attache pas à lui et sa carte de l’antihéros tombe complètement à l’eau, rendant le final au mieux caduque au pire définitivement ridicule. Même tarif pour Sofia Boutela qui après avoir été géniale dans Kingsman, vraiment excellente dans le dernier Star Trek écope d’un rôle de méchante malheureusement sans vraie profondeur. Elle n’est qu’un outil pour faire avancer le script et mener le personnage de Tom Cruise vers sa destinée. Laissant de côté tout vrai développement ne paraissant pas le moins du monde artificiel. Un vrai coup d’épée dans l’eau. Mais la vraie déception vient de Russell Crowe et son double personnage de Jekyll et Hyde mais surtout par extension tout ce qui concerne Prodigy. L’équivalent du Shield en termes de chasse aux monstres et démons.

Dire que dans un cas comme dans l’autre l’écriture de son personnage ou le développement de la mythologie entourant son organisation sont anecdotiques serait sous estimer encore trop la réalité des faits. Toute la solidité de la porte d’entrée de ce Dark Universe repose sur ce personnage et son organisation et ce que nous offre le scénario est totalement creux les concernant. Passons sous silence la séquence expédiée comme une corvée autour de l’apparition de Hyde. Rien ne tient vraiment la route et c’est encore pire pour les seconds rôles. Annabelle Wallis écope du rôle de lead féminin le plus transparent du monde. Jake Johnson d’habitude si drôle fait ce qu’il peut avec un rôle anecdotique et caricatural. Difficile de ne pas soupirer devant le résultat final. Tout était pourtant en place pour que l’aventure tienne ses promesses, mais au lieu de cela, on se retrouve avec un film qui sans être désagréable ou intolérable comme j’ai pu lire, tourne en un Tom Cruise Show terriblement artificielle. Lui d’habitude si pointilleux avec ses rôles surprend à interpréter un personnage principale aussi mal écrit et d’emblée peu attrayant. Il ne possède pas le moins du monde l’aura de sympathie d’un Nathan Drake dans Uncharted et c’est pourtant comme ceci que tente de nous le vendre le film.

Ce qui pose du coup un énorme problème quand le final arrive et l’on se retrouve avec un changement de donne assez radical autour du personnage de Tom Cruise. L’adhésion n’ayant jamais vraiment pris dès le départ, on regarde la chose sans vraiment ciller ni sauter au plafond. On se dit que ni lui, ni nous ne savons ce que lui réserve l’avenir et que le plus triste dans l’histoire est que l’on s’en fout un peu. La Momie avait tout pour être un grand film, mais réussit bizarrement l’exploit d’être moins bon que le film avec Brendan Fraser, ce qui lorsque l’on est Tom Cruise peut s’avérer un poil triste quand même. L’ensemble se laisse regarder malgré tout, mais il faudra vraiment fermer les yeux sur beaucoup de faiblesses. Beaucoup trop d’ailleurs…

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