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La forme de l’eau, Guillermo Del Toro signe son petit trésor.

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La forme de l’eau est peut-être le film le plus simple de Guillermo Del Toro. Un condensé de ses influences et de son amour du cinéma. C’est juste beau en fait.

La forme de l’eau de Guillermo del Toro est un film un peu particulier dans sa filmographie. Après avoir pris le temps de s’aventurer dans quasiment tous les domaines et variations possibles autour du domaine du drame et du fantastique, c’est via son film le plus minimaliste que le réalisateur rencontre son succès critique le plus immense. Le plus mérité aussi tant d’une certaine manière son film est d’une certaine manière la synthèse parfaite de son œuvre. De quoi parle La forme de l’eau ? Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres… Guillermo del Toro est un de ces réalisateurs que l’on peut catégoriser comme étant un magicien des émotions. Utilisant à merveille le domaine du fantastique pour transposer l’univers des humains, il réussit ici avec ce film à créer une comédie romantique où le héros n’est pas un humain… un monstre. Qui pourtant développe à plus d’un titre bien plus d’humanité qu’un grand nombre des personnages présents dans le film. Terriblement old-school, le film de Guillermo Del Toro apparaît comme anachronique dans l’immensité de la production actuelle. Et c’est dans le fond ce qui fait justement toute sa beauté.

A une époque où beaucoup trop de films de studios sont produits sur le même moule, la même recette variant à peine d’un studio à l’autre, cela fait un bien fou de voir du neuf. Ou plutôt du vieux refait à la sauce du neuf. La forme de l’eau propose aux spectateurs une fusion assez particulière entre deux styles et deux époques. En comparaison des budgets énormes qu’à pu avoir Guillermo del Toro, ce film fait figure de budgets café pour une super production. Et c’est justement autour de cette soi-disant problématique que Del Toro tire sa force en évacuant tout le superflu pour se recentrer sur le cœur même de l’histoire. Une histoire d’amour improbable dans un univers intemporel. Symbiose d’influences diverses qui permet au réalisateur de développer un univers crédible et aussi terrifiant par certains aspects que féeriques à plus d’un titre. Et dans ce domaine justement, la forme de l’eau n’en manque pas. Simplifiant les codes sur lesquelles repose le film, Guillermo del Toro place d’une certaine manière ses héros dans des cases quasi prédéfinies, des archétypes simples d’une certaine manière permettant aux spectateurs de vite digérer l’utilité de chacun et le chemin qui se dessine devant eux. De Sally Hawkins, lumineuse et poétique en passant par Octavia Spencer dont la présence à l’écran est toujours aussi éclatante de film en film. Mais surtout un Michael Shannon qui prend toujours de plus en plus de plaisir à incarner une parfaite crevure de la pire espèce. Sans oublier Doug Jenkins qui à l’instar d’Andy Serkis est devenu le monsieur monstre d’Hollywood. Deux acteurs possédant ce talent incroyable de donner vie à ce que l’on pensait imperméable à toute humanité.

Et c’est au travers de ce talent que la fusion de son talent et de celui de conteur de Guillermo Del Toro aboutit à un vrai moment de cinéma. Pas le genre de ceux qui désirent écraser le spectateur sous le poids de sa culture, de ses références ou de son égocentrisme créatif. La forme de l’eau c’est tout le contraire. Nous sommes devant l’œuvre d’un artiste vivant pour transmettre son amour du cinéma et ce souvent sous la forme la plus pure qui soit. Alternant aussi bien le romantisme, le drame et l’horreur, le film ne cherche jamais à forcément compliquer la grille de lecture du spectateur. A une époque où l’on prend le dit spectateur bien trop souvent pour un con, Guillermo Del Toro fait le chemin inverse. Récit simple et porte ouverte vers son imaginaire, il prend par la main pour inviter ceux se perdant dans son monde à se faire plaisir en prenant le temps de rêver et eux aussi de se lâcher. Abandonner les contraintes d’une société trop pesante pour vivre ses propres rêves. Et c’est alors que le déclic se produit que l’on se rend compte à quel point le parcours de spectateur est au final similaire à celui de Sally Hawkins dans le film. On tombe amoureux d’un monstre, d’une créature improbable. Pour nous cette dernière est La forme de l’eau. Un film qui dénote dans le paysage actuel et qui pourtant fait un bien fou. La simplicité quand elle se fond dans le talent le plus pure et absent de la moindre note de prétention est le meilleur des nectars possibles dans une salle obscure. Et une fois de plus, Guillermo Del Toro montre qu’il est un des meilleurs cuisiniers des émotions en exercice en ce moment. Un vrai plaisir de cinéma tout court. À voir.

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