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La critique, l’embargo et le studio…la poésie du cinéma 2.0

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L’embargo est-il la kryptonite du blogueur ou du journaliste ciné ? Au début je me posais la question vaguement, désormais c’est une évidence. En l’espace de quelques mois, ce qui n’était qu’épisodique se généralise de façon beaucoup plus forte. Plus question ici de simple embargo classique sur quelques jours, mais bien d’embargo se finissant soit la veille de la sortie d’un film où quelques jours avant au mieux. Chaque studio à sa politique sur le sujet et le bras armé des RP l’appliquant module en fonction de cette dernière. Mais ce qui est assez bizarre et au final contradictoire parfois reste que durant ces fameuses périodes d’embargos…parfois se déroulent des avant-premières publiques ou des passages en festivals du même film. Les cas sont nombreux, je parle donc au sens large. Nous avons donc d’un côté la parole du public qui est libre et celle de la critique qui est muselée à date. En jouant l’avocat du diable, je peux comprendre la volonté de contrôler les retours d’un film. Le cinéma n’est pas une œuvre caritative, il est donc logique que les studios protègent l’investissement qui est le leur en brandissant l’embargo, et ce, jusqu’à la fin. Je reconnais aussi que d’un côté comme de l’autre blog ou presse, le monde de la critique a ses hauts et ses bas. Il y a autant de gens s’adonnant à la critique de façon sincère que d’autres pour qui ce n’est qu’une journée de plus à l’usine. Le juste milieu devenant difficile à définir, on ne fait pas de détails et l’on met tout dans le même panier. Et d’une certaine façon, le système en devient magnifiquement pervers. En faisant disparaître de l’équation la critique ciné via l’embargo sur certaines productions et en laissant le public parler, les producteurs sortent en seigneur de l’affaire.

Redonner la primeur de la découverte au public… La formule à quelque chose de noble en surface, en sous-main la mécanique est plus discutable. Car elle ne fait au final qu’alimenter une certaine forme de haine de l’intelligencia de la critique qui se sent spoiler de son droit de parler. Une partie de moi comprend la vindicte, une autre regarde la chose désormais de plus loin. En signant les embargos, on signe son alliégance au système. Tout le monde le fait plus ou moins, moi compris. Et au final quand on y réfléchit cela ne représente qu’une extrémité résultant de mauvaises expériences de la part des studios dans les relations avec la presse. Peut-on totalement les juger sur cette volonté d’une manière ou d’une autre de protéger leurs créations et ce qu’elles soient bonnes ou mauvaises ? J’ai envie de dire non. Le seul truc que je trouve triste est de voir ce que cela laisse présager sur le long terme. Aujourd’hui tout le monde est critique, l’avis se diffuse à tort ou à raison d’une manière ou d’une autre sur le net. Tout ne devient plus que du bruit. Et en valorisant le bruit de la masse sur celui de la presse, les studios d’une certaine façon gagnent sur le long terme une guerre de tranchées. Celle où l’on amoindrit lentement et surement la valeur de la parole d’un secteur. La critique vaut-elle encore forcément quelque chose ? À force de se regarder le nombril et de vivre en autarcie du reste du public, je me dis parfois qu’elle s’est elle-même tiré une balle dans le pied et que comme les vieux dinosaures elle finira par disparaître. La question est de savoir pour renaître sous quelle forme ?

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