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[Humeur] Pirater tue, la dernière cigarette des producteurs…

Le cinéphile d’aujourd’hui c’est quoi ? Un mec qui munit de sa carte UGC illimitée avale des kilomètres de films sans réfléchir ou un esthète préférant s’enfilant de l’obscure dans les recoins sombres de sa personne dans une cinémathèque. Voir encore pire un sale pirate. Les modes d’ingestions évoluent et le spectateur type aussi. D’ailleurs y’en a-t-il encore un profil bien défini. D’une génération à l’autre, tout évolue avec une force que l’on a du mal à mettre clairement en boite. Internet à aussi beaucoup changer la donne dans l’approche de la consommation, et ce en bien autant qu’en mal. Quand je dis cela, il est impossible de passer sous silence le domaine du piratage. Fléau pour les distributeurs/producteurs, domaine dont on ne parle pas ouvertement quand on a un pied dans le milieu, mais dans le fond la vérité est qu’à un degré ou à un autre, le piratage et ce sous sa forme la plus passive ou active est devenu une fin en soit. Faisant partie des vieux, j’ai vu ce dernier grandir dans mon ombre. Pirater quoi que ce soit à l’aube d’Internet n’avait rien de simple, mais l’avènement des vitesses toujours plus grandes a ouvert une véritable boite de Pandore. Destructrice pour les uns «(et je le comprends) et d’un autre point de vue complémentaire dans certains cas comme le mien. Tout pirate n’est pas une sombre crevure qui ne pense qu’à couler un distributeur ou un producteur. Tout travail mérite salaire et souvent dans le cas d’un cinéphile hardcore peu hermétique au monde tentaculaire du marketing, il est fréquent de passer plusieurs fois à la caisse. Certains distributeurs ont compris le filon et manient les éditions spéciales et sorties multiples avec un talent fou. Comment les blâmer. Sur certaines grosses sorties, chacun y trouve son compte à défaut.

Mais dans l’ombre de ce piratage visible, il y a une autre facette qui est bien souvent moins mise en avant. Celle de l’aspect éducatif d’un point de vue cinéphile…je sais que je vais faire hurler le puriste en disant cela. Mais sans le dit piratage et réseau parallèle qui pullulent quand on sait chercher, combien de dizaines de types de cinéma je n’aurai jamais découvert. L’éducation asiatique de l’époque se faisait (de mon temps) via des vieilles VHS pourries et aujourd’hui tous ses trésors ne sont plus disponibles aussi simplement. Pour plonger loin du cinéma commercial, il faut être curieux et avoir l’esprit ouvert, ce qu’une grande partie de la machinerie du 7e art ne préconise pas trop aujourd’hui. Uniformisation d’un style de pensée, le commercial comme religion passant sous silence le reste. Ce dernier est toujours là, mais derrière un énorme écran de fumée que bien souvent seul le piratage dissout. Alors effectivement vous pouvez me dire que la VOD aide à offrir une meilleure fenêtre de tir à cedit cinéma…( Dans une certaine mesure et encore de façon bâtarde si l’on se réfère à la chronologie des médias), mais cela se fait sans pour autant jamais véritablement offrir l’intégralité des richesses. Les studios craignent ce « terrain de jeu » sans régulations. Ils ont raison, tout est affaire de business en premier lieu, mais qui peut nier qu’un Piratebay offre souvent plus de trésors ( fan edit, copie rare, films étrangers que l’on ne verra jamais ici…) que des services de VOD dont on nous abreuvent de façon journalière par CP ou autres voies médias. La cinéphilie est multiple et avec le temps le piratage en est « malheureusement » devenu une facette.

Pas le genre de celle qui sont là pour disparaître, solide et en évolution constante, elle ne cesse de se métamorphoser d’un état à un autre, prenant au passage de nouveaux soldats dans ses rangs. Mais dans le fond, la véritable problématique de sa force ne tient-elle pas à un fait simple : le rejet du public pour une vision d’un monde artistique qui évolue à la traîne de son public ? Évoluer ou mourir, l’envie « de vivre le » cinéma du public dépasse-t-elle de façon irrémédiable celle « de vivre du » cinéma du monde du 7e art ? J’ai parfois envie de dire oui, même si j’attends encore que parfois ils me surprennent à nouveau.


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