Critiques de films Films américains

Good Kill-Andrew Niccol- Critique du film

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Le Commandant Tommy Egan, pilote de chasse reconverti en pilote de drone, combat douze heures par jour les Talibans derrière sa télécommande, depuis sa base, à Las Vegas. De retour chez lui, il passe l’autre moitié de la journée à se quereller avec sa femme, Molly et ses enfants. Tommy remet cependant sa mission en question. Ne serait-il pas en train de générer davantage de terroristes qu’il n’en extermine ? L’histoire d’un soldat, une épopée lourde de conséquences.

La guerre contre le terrorisme à modifier à jamais la politique américaine et d’une certaine façon le cinéma qui va avec. L’étude des traumas de cette politique et de la guerre contre la terreur sur la vie des soldats us est devenu un classique à Hollywood. Le sujet se drapant dans un voile de patriotisme pas toujours heureux, j’avais quelques craintes en découvrant Good Kill, celle de voir un film partant en sucette pour défendre l’indéfendable. Heureusement ce n’est pas le cas. Good Kill, un peu comme The Hurt Locker est une analyse froide de ces hommes et femmes accroc à certains aspects de leur job et qui ne savent pas vivre sans. La vie loin du combat, de l’armée où de ce qu’elles procurent n’existant plus une fois dans le cocon familial est la source de tous les maux. Andrew Niccol pose sa caméra/microscope sur le personnage que joue Ethan Hawke et observe, il attend de voir le vernis de la presque perfection de l’homme en face de nous se briser.

Good Kill pourra paraître interminable pour certains. Le film prend son temps, la vitesse n’est pas son point fort. À l’image du personnage prisonnier au sol, la narration s’enferme dans une monotonie contagieuse témoignant parfaitement de l’état d’esprit délétère dans lequel évolue Ethan Hawke. Andrew Niccol utilise la vie de ce personnage pour dresser là aussi un constat assez cynique sur l’évolution de la guerre, de l’armée et par extension de son pays. La guerre se joue à des milliers de kilomètres, flirtant sans cesse entre le jeu vidéo et l’expédition punitive que cautionne le gouvernement, Good Kill dénature l’idée même de guerre. On perd nos repères tout comme les personnages, cloués au sol et condamner à faire la même routine, à savoir tuer sans discuter, rentrer boire une bière et prétendre être normal. C’est humainement impossible et Andrew Niccol le sait bien. Il place alors son personnage d’Ethan Hawke sur une pente qui ne cesse de s’incliner encore plus au fur et à mesure que le film avance.

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Se couper de ses envies et accomplir des meurtres à la chaine dans l’espoir de récupérer ses ailes. Il y a quelque chose de mystique dans le cas du personnage d’Ethan Hawke, il est presque un ange ayant perdu ses ailes, coincé sur Terre et perdant son angélisme au contact de la crasse de l’âme humaine. Un long cheminement qui va le travailler en sous-main pendant tout le film. À force de désincarner la mort, les autorités américaines avec ces pilotes de drones créent des bombes en puissance, ils ont la vie de milliers de gens entre les mains et doivent jongler entre les impératifs de leurs hiérarchies et ce que dicte leur inconscient. À la fois Dieu, Jury et exécuteur. Difficile de compartimenter toutes ces facettes qui en bout de course rongent le personnage de l’intérieur le poussant à réclamer son humanité de la seule façon que son job lui offre. Good Kill n’est pas parfait, ni même sexy en soi Le film ne fait rien pour être attrayant, la réalisation est lente, la narration pensant, Ethan Hawke et un zombie aussi dangereux qu’antipathique courant mollement vers sa destruction et pourtant d’une certaine façon cela fonctionne.

Andrew Niccol tient son point de vue du début à la fin. Il y a un parti pris d’auteur et même si cela ne rentre pas dans le moule du film grand public, l’ensemble montre que même si Gattaca est désormais loin, Andrew Niccol peut réussir à se reprendre et faire oublier ces quelques errances de réalisation, des films dont on désire oublier la simple existence. Good Kill est un film témoin d’une époque et de ses maux, ce n’est pas sexy à regarder, mais voir la vérité en face ne l’est jamais.

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