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Ghost in The Shell, film sans âme en mode fast-food…

Dans un futur proche, le Major est unique en son genre : humaine sauvée d’un terrible accident, son corps aux capacités cybernétiques lui permet de lutter contre les plus dangereux criminels. Face à une menace d’un nouveau genre qui permet de pirater et de contrôler les esprits, le Major est la seule à pouvoir la combattre. Alors qu’elle s’apprête à affronter ce nouvel ennemi, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée. Rien ne l’arrêtera pour comprendre son passé, trouver les responsables et les empêcher de recommencer avec d’autres.

Faire une version live de Ghost In The Shell au final était un projet dès le départ équivalent à l’idée de faire un remake de Psychose à l’époque. Quelle est l’utilité de passer après un chef-d’œuvre. Que va-t-on pouvoir ramener de plus ? La réponse est rien et dans le cas du film de Rupert Sanders c’est encore plus flagrant. Prenons quelques secondes pour être calme dans la façon de voir les choses, comment définir ce film ? C’est assez simple, une version simplifiée du classique pour un nouveau public. C’est un Ghost In The Shell light formaté pour une nouvelle génération. Le film reprend les grandes lignes de l’original et pioche à droite et à gauche dans le reste de la saga, le tout en cachant plus ou moins bien les trous sous une avalanche de money shots et d’esbroufe visuels. Le tout pour aboutir au plus gros paradoxe de ce film, celui qu’il n’a au fond pas d’âme, ni de personnalité. Ce qui est un peu ennuyeux vu le sujet même du film.

Rupert Sanders n’est pas un mauvais réalisateur… c’est juste pour l’instant un technicien appliqué mais qui ne laisse jamais transparaître la moindre identité dans ses réalisations. Personne ne dira qu’il est mauvais avec une caméra dans les mains, mais passer 15 minutes, il faut reconnaître que son style ne fait plus illusion et l’on se laisse prendre dans les griffes des grosses ficelles qu’il utilise. L’avalanche de money-shots sans véritable puissance narrative ou émotionnelle finit par lasser et malheureusement le scénario ne fait rien pour aider à dissiper ce trouble. Prévisible en diable dans sa construction, le scénario de Ghost In The Shell ne montre pas la moindre envie d’avoir de l’ambition. Il suit une ligne droite sans la moindre variation. Les personnages sont schématiques et jamais vraiment approfondi, les deux méchants du film sont tellement basiques que l’on ne peut s’empêcher de bailler. Le Major et Batou, personnages emblématiques de la saga sont ici des passagers d’un script ne prenant même pas conscience de l’importance qui est la leur. C’est plutôt problématique, mais là où l’on pensait que l’on ne pouvait pas aller plus bas dans la normalisation hollywoodienne, Ghost In The Shell enfonce encore un peu plus le clou. Dès sa production, le film a été pris dans les griffes d’une polémique sur le Whitewhashing, jurant ses grands dieux qu’il allait en éviter les écueils et montrer au public qu’il allait s’en sortir avec les honneurs. La vérité est tout autre vu que cette version live de Ghost In The Shell aborde le whitewashing dans une pirouette d’une hypocrisie assez magnifique.

J’entends par là que le twist autour de cette question sonne comme un tel doigt d’honneur aux personnes ayant pointé du doigt cette question d’appropriation culturelle qu’elle réduit à néant la façon dont on peut prendre au sérieux ce film. Et au regard de ce point précis, cela rend le final du film encore plus profondément ridicule. Ghost In The Shell est au final une œuvre assez malfaisante d’une certaine manière. Parfaite dans son habillage (si l’on met son jugement en veilleuse assez rapidement), le film est l’exemple parfait de l’appropriation bizarre qu’Hollywood se fait de grandes œuvres étrangères pour les formater pour son public. Le tout en simplifiant à l’extrême le fond et en surchargeant artificiellement la forme. C’est le cas ici avec ce Ghost In The Shell de Rupert Sanders. Attrayant visuellement, mais creux et sans grand intérêt sur le fond et accessoirement ridicule sur la façon dont il aborde certaines thématiques. Un véritable coup d’épée dans l’eau qui cartonnera pour être oublié aussi vite dans les mois qui suivent…

 

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