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Galveston de Mélanie Laurent, changement quasi complet de genre pour la réalisatrice.

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Galveston de Mélanie Laurent aurait pu être un projet casse-gueule vu le changement de genre et pourtant le résultat final est assez surprenant. Dans le bon sens.

Galveston de Mélanie Laurent est un film pour le moins surprenant. En effet s’il y a bien un domaine où je ne m’attendais pas à la retrouver comme réalisatrice, c’est le film policier. Dans un coin de ma tête, je ne sais pas pourquoi, cela ne correspondait pas à sa sensibilité et son univers pour le moins mélancolique et ancré dans une poésie assez particulière. La vérité est que j’avais tort. En adaptant du Nic Pizzolatto, Mélanie Laurent sort de sa zone de confort et se réinvente, c’est la surprise de Galveston. Tout en gardant son regard et sa sensibilité féminine sur l’action et les personnages, elle plonge dans la violence pour y ajouter un surplus d’âme en s’attachant avant et après aux personnages qui peuplent son récit. Nous ne sommes pas ici pour faire du violent sans substances. Galveston est en premier lieu un drame humain où la sensibilité de Mélanie Laurent s’exprime à merveille. Mais aussi un film policier assez radical où le monde du crime et l’antihéros qu’interprète Ben Foster ont une moralité fluctuante et pousse le spectateur dans les cordes quant à la sympathie qu’on finit par lui porter. Le pitch du film donne une bonne indication de la tonalité du récit. 1988. Les temps sont durs pour Roy, petit gangster de la Nouvelle-Orléans. La maladie le ronge. Son boss lui tend un guet-apens auquel il échappe de justesse. Une seule issue : la fuite, en compagnie de Rocky, une jeune prostituée. Deux êtres que la vie n’a pas épargnés. En cavale vers la ville de Galveston, ils n’ont plus rien à perdre…

Dès la plongée dans les premières images de Galveston on sent aussi bien l’influence très True Detective de la part de Nic Pizzolatto dans le récit. On est en terrain connu, mais l’on est aussi très vite surpris par la façon dont Mélanie Laurent fusionne son style minimaliste dans la manière de s’attacher à l’humain et les demandes inhérentes au cahier des charges du genre. Jonglant du drama à la violence sans vraiment se perdre en route, elle trace une route pour le moins cohérente. Un chemin vers la rédemption pour ce mafieux qui par hasard sur sa route, rencontre cette jeune femme qui se prostitue pour survivre. Le schéma qui se construit autour de l’immensité des différences entre les deux personnages est classique, mais la manière dont Mélanie Laurent tisse sa toile autour d’eux fait que l’on se prend au jeu. L’autre atout qu’elle possède dans sa manche se nomme Elle Fanning. Tout comme Ben Foster, elle joue certes un rôle classique que l’on aura déjà vu 100 fois dans ce genre de récit, mais sous la caméra et la direction de Mélanie Laurent, Elle Fanning se retrouve magnifié. Son personnage aussi bien dans ses forces que ses faiblesses les plus abyssales se révèle comme étant une vraie héroïne tragique de cinéma. La réalisatrice et l’actrice formant ici un duo se nourrissant l’une de l’autre dans une danse des sentiments assez parfaite. Le résultat n’en est que plus fort, rendant ce roadtrip avec Ben Foster encore plus poignant et tragique.

La changement de style sur le fond comme en partie la forme réussit bien a Mélanie Laurent. Est-ce que Galveston est parfait ? On pourrait lui reprocher par instants son aspect film d’auteur français. Mais c’est cohérent avec la filmographie de Mélanie Laurent réalisatrice et sa manière quasi intimiste de s’intéresser à l’humain. Elle s’ouvre à de nouveaux horizons sans pour autant renier ce qui constitue son ADN de réalisatrice. Le miracle qui se produit est que l’association de son regard si particulier sur l’humain et les performances brillantes de Ben Foster et Elle Fanning transcende le classicisme du récit initial. D’une histoire de Nic Pizzolatto trop classique, Mélanie Laurent extrait quelque chose de sale, noir et aussi humain que déprimant. Le tout pointant vers un long et sanglant voyage vers la rédemption, un chemin qui s’achève comme il débute en pointant du doigt le talent de caméléon comme réalisatrice de Mélanie Laurent et sa passion pour le moins contagieuse pour Elle Fanning qui resplendit dans chacun des cadres où elle apparaît. Fidèle à la route qu’elle trace comme réalisatrice, Mélanie Laurent prend le risque de changer en partie. Et cela paye. Bonne surprise.

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