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Free Fire, le reservoir Dogs en mode mineur de Ben Wheathley

Une vente d’armes clandestine doit avoir lieu dans un entrepôt désert. Tous ceux qui y sont associés se retrouvent face à face : deux Irlandais, Justine, l’intermédiaire, et le gang dirigé par Vernon et Ord. Mais rien ne se passe comme prévu et la transaction vire à l’affrontement. C’est désormais chacun pour soi… pour s’en sortir, il va falloir être malin et résistant.

S’il y a bien quelque chose que l’on ne pourra jamais enlever au Free Fire de Ben Wheatley, c’est la sympathie qui s’en dégage. Elle est indéniable, palpable et habite le film du début à la fin. Est-ce pourtant suffisant à rendre ce dernier mémorable sur la longueur ? Pas totalement et c’est bien là que réside le souci majeur de ce film. Au-delà d’une certaine empathie pour son immense galerie de bras cassé et son casting 4 étoiles qui s’en donne à cœur joie pour faire vivre (ou survivre) l’histoire, il y a un léger souci que l’on ne peut ignorer tout du long : le scénario. Free Fire très vite tourne à vide. Sorte de parodie légère de Reservoir Dogs dans son esprit verbeux et second degré, l’ultrapuissance de ces deux « défauts » désamorce au final la peur ou le choc que l’on peut ressentir lorsque la mort emporte les personnages. Tarantino avec Reservoir Dogs avait réussi à gérer de façon tendue la montée en puissance de la violence, jouant aussi bien sur la mise en scène que les dialogues pour faire en sorte de coller un vrai malaise aux spectateurs. Free Fire de Ben Wheatley lui n’a au final qu’une seule envie un peu bizarre vu la tonalité du film : divertir. Oui, tout le monde s’entre-tue dans le plus grand des calmes, c’est limite drôle et c’est à peu près tout en fait. Free Fire réussit un exploit assez particulier, celui de ne jamais faire que l’on ressente quelque chose de concret pour aucun des personnages principaux quand ils se font tuer ou blesser. On regarde la chose avec une certaine distance, comme si l’on avait jamais vraiment eu de quoi avoir envie de courir après le wagon de tête, celui du scénario.

Et c’est d’autant plus frustrant vu le casting parfait que Free Fire de Ben Wheatley réunit devant la caméra. Et que les choses soient claires aussi bien devant la caméra que derrière, le travail est au final propre et loin d’être honteux. Mais, c’est comme si dès le départ Ben Wheatley n’avait jamais eu l’intention de faire autre chose qu’un divertissement agréable, classique, mais totalement facile a oublié sans le moindre effort. On est toujours surpris et frustré quand un réalisateur dont on sait que le talent n’est pas imaginaire décide de faire le minimum ou plus précisément de se contenter de livrer un film mineur pour sa filmographie. Alors oui, cela reste au-dessus d’autres productions, mais avec un tout petit plus d’ambitions et de temps passé à faire grandir dans le bon sens le scénario, il est évident que Free Fire avait toutes les cartes en mains pour être autre chose qu’un simple pastiche de Reservoir Dogs. La maîtrise de Ben Wheatley pour les dialogues agit tout du long de Free Fire comme un pansement permettant d’oublier le reste et le casting fait de son mieux avec tout le talent qui l’habite pour que l’on oublie le fait que malheureusement et même si le film est au final assez court, il donne l’impression en bout de course de durer une bonne demie heure de plus. Ou de trop… mais c’est un autre débat.

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