Les news

[Focus] On a marché sur Bangkok et la comédie française…

Alors qu’« On a marché sur Bangkok sort la semaine prochaine dans les salles, revenons un instant sur le cas Olivier Baroux et Kad Merad. Bien avant  » On a marché sur Bangkok » il semblait évident que les deux comiques resteront pour beaucoup ad vitam æternam les personnages de leurs sketchs de la grande époque. Celle où sur le petit écran, le duo était drôle. Puis avec le passage sur le grand, la mécanique a pris du plomb dans l’aile. Il y a eu des hauts et des bas et c’est bizarrement quand les deux se séparent qu’ils font enfin des choses intéressantes. Car avec le temps et Pamela Rose 2 en était un bon exemple, l’italien aussi, le duo semble avoir du mal a se renouveler. On a marché sur Bangkok fera t-il pencher la balance? La mise en place du plan comm de Pathé autour de ce film laisse à penser que non et pire encore que le film d’Olivier Baroux s’inscrit dans la longue liste des comédies  que les studios semblent avoir du mal à montrer à la presse. On se demande pourquoi? Mais arrêtons-nous un instant sur le sujet du film: Serge Renart, un journaliste TV devenu has-been et Natacha Bison, une reporter de guerre écartée du métier parce que trop dangereuse pour ses collègues, se retrouvent obligés d’enquêter ensemble sur une affaire qui les mènera en Thaïlande à la recherche d’un des secrets les mieux gardés de l’histoire contemporaine…. Que s’est-il réellement passé pendant la retransmission télévisuelle de la mission Apollo 11, où pour la première fois, l’homme a posé le pied sur la Lune ?

La comédie française grand public est un domaine épineux pour les studios. Les succès de films tels que « Qu’est ce qu’on a fait au Bon Dieu ?  » qui loin d’être des grands films ou d’innombrables autres comédies du même niveau on toutes le même pouvoir: elles attirent du monde en salles. Et de facto font vivre les studios et l’argumentaire du c’est avec ces gros films que l’on continue de financer les petits. Ce n’est pas faux, mais ressemble quand même parfois à une excuse trop facile. Le domaine de la comédie française est esclave de la télévision. Il suffit de regarder qui trust le petit écran dans la grande famille des bons clients et qui du coup s’érigent obligatoirement comme cash machine de base. Dubosc, Semoun, Kev Adams et j’en passe, la liste est longue et Olivier Baroux et Kad Merad bien avant, les Jamel et autres Fabrice éboué occupaient eux aussi le haut du panier. La tv se nourrit de ses stars qu’elles laissent en garde partagé au cinéma après un formatage en règle. L’humour qui découle de tous ces films porte en bandoulière le sigle « grand public ». Il faut éviter de se mentir, c’est un fourre-tout de base. Avec du bon, comme du mauvais. La tv ne triche pas, elle analyse le public cible, digère les influences et lui offre la trame narrative soi-disant parfaite qui en un packaging a l’extérieur attrayant englobe tout cela sans la moindre attention du détail. La vérité est que les comédies françaises de ses dernières années sont malgré l’aspect grand écran en fait rien de plus que des téléfilms maquillés. Rien ne dépasse dans la structure narrative de ces bébés. C’est grand public ou plus communément joyeux chaotique. Cela mélange tout et néglige souvent l’ambition du cinéma de base. Mais l’on s’en fout. Pour la simple et bonne raison que cela suit une recette qui a fait ses preuves et ne viendra pas troubler le temps de cerveau disponible des spectateurs le dimanche soir après la vaisselle et à l’aube d’une semaine de boulot.

+Tournage+de++On+a+marché+sur+Bangkok++[HD]

En France, la tv tient en vie le cinéma français et le bride en même temps. La comédie d’antan avait du panache et une vraie fougue de ton ou de forme qui n’a plus lieu d’être aujourd’hui. Il y a des exceptions c’est vrai, mais pour une d’entre elles combien d’autres sont des fours où votre cerveau fondra dans l’indifférence silencieuse du projectionniste? Et au-delà de ces faits basiques arrivent sur la table, la question de la rentabilité de ces films dans le circuit cinéma. Les films peuvent-ils être rentables uniquement via le secteur cinéma ( sortie salle)? L’article de Sophie Legras du Figaro sur la rentabilité des films. Le couperet tombe et le résultat est visiblement tout sauf glorieux, mettant en avant qu’en effet une immense majorité des films sortant en salles…ne sont pas rentables. Et c’est sur ce point que l’on peut commencer du coup à s’interroger sur la frilosité des distributeurs quand vient le moment de montrer lesdites grosses comédies, ou justes grosses machines nationales. Le théorème du serpent qui se mord la queue et de l’opposition sans fin entre les salauds de la presse vs les distributeurs défendant leurs progénitures. L’article suivant d’arrêts sur images revient assez bien sur les relations houleuses unissant la presse et les studios. L’un a besoin de l’autre et vice versa, pas toujours forcément pour les mêmes raisons. Mais ces derniers temps de par les enjeux économiques la discussion se radicalise et les blacklistages ou projections sélectives tendent à devenir la norme quand on touche aux gros projets.

En jouant l’avocat du diable, on peut comprendre le point de vue des distributeurs. La production n’est pas une oeuvre caritative, il faut qu’il y est du retour sur investissement, et ce d’une façon où d’une autre, le buzz n’a pas d’odeur. Mais le premier à en pâtir n’est-il pas au final le public. Le jeu de la promo est pipé de plus en plus. Pas dans tous les cas, il est bon de le dire, mais dans certains passages on assiste à des situations cocasses. Prenons la promo récente d’on a marché sur Bangkok et un épisode amusant. Le film a été montré certes, mais là encore en comité restreint. Ce qui donne lieu a une scène cocasse dans l’émission Touche pas à mon poste où Olivier Barroux venait faire la promo du film. Julien Courbet présentateur du film fait le bateleur pour vendre le film, la dialectique est la même que d’habitude, un savant mélange de bruits et de vide. Mais au sein de cela quelques passages tiquent à l’oreille. Comme celui où Courbet dit à Barroux en pointant du doigt amusé Christophe Carrière “ vous comprenez pourquoi je n’ai pas voulu qu’il voit le film, avec moi au moins c’est du garanti”. La phrase est là et montre à quel point aujourd’hui la remise en question de la qualité ou non d’un produit est à mettre sous le tapis. La promo est faite pour brosser dans le sens du poil. Même si comme quelques minutes plus tard dans l’émission, elle montre ses limites quand Courbet une fois de plus interview Olivier Barroux et lui demande s’il aurait le désir de tourner avec Omar Sy…malaise chez l’invité qui lui répond alors “mais je l’ai fait deux fois”. Les studios sélectionnent-ils des journalistes ou des passes plats pour promouvoir les films. Cet exemple est un cas comme tant d’autres, mais il avait le mérite de mettre en relief le ridicule dans lequel tombe la situation du jeu de la promo de nos jours.

1567505-olivier-baroux-posant-au-photocall-du-950x0-1

La comédie est donc la machine de guerre du cinéma français, la chose qui le tient sur la ligne de flottaison et dans la relation ténue qu’entretiennent les studios et la TV dans le processus de création, la critique est proscrite. C’est un phénomène dommage qui loin de créer quoi que ce soit de véritablement pérenne assèche lentement et surement l’essence même de ce qui faisait la force des comédies made in France. Les budgets s’enflamment, tout le monde grignote, vit sur les ruines d’un système qui a de plus en plus de mal à évoluer. La fiction française digne d’intérêt semble aller de plus en plus vers le petit écran. L’arrivée d’un nouveau player comme Netflix changera t-il la donne, offrant plus de perspectives au petit écran tout en condamnant le cinéma à tourner en rond? Bonne question, mais quand on regarde la tête de la descendance passée et à venir dans le domaine de la comédie française, il devient malheureusement de plus en plus évident que le côté consanguin du milieu est son pire ennemi.

No Comments

Leave a Reply