Critiques de films Films américains

Ferdinand, le taureau anti-corrida du studio Blue Sky

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Ferdinand du studio Blue Sky c’est la plus grosse non prise de risque de cette fin d’année dans le domaine de l’animation. Triste.

Ferdinand de Carlos Saldanha est une véritable énigme. Sans jamais avoir réussi à atteindre les sommets où réside Pixar, Blue Sky a toujours su offrir aux spectateurs un spectacle de qualité. Que l’on aime ou pas Ice Age, il y a un public et Rio était loin d’être catastrophique. Inventif, drôle et avec un travail artistique très correct, le film réussissait à surprendre. Mais voilà, 2017 est venue et d’un coup en dehors des studios Pixar, Hollywood nous donne un peu l’impression de moins en moins croire dans le domaine de l’animation. Le premier coup de semonce avait été donné par Dreamworks et son Baby Boss totalement creux. Film qui pourtant fut un carton. Et dans la foulée de cet incident, vient Ferdinand de Carlos Saldanha qui d’après moi devrait sans trop de mal suivre le même chemin au box-office. Ce pour le meilleur (la santé du studio…) comme pour le pire (la mort d’une volonté de prendre des risques). De quoi parle Ferdinand ? Ferdinand est un taureau au grand cœur. Victime de son imposante apparence, il se retrouve malencontreusement capturé et arraché à son village d’origine. Bien déterminé à retrouver sa famille et ses racines, il se lance alors dans une incroyable aventure à travers l’Espagne, accompagné de la plus déjantée des équipes !

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Ferdinand de Carlos Saldanha est-il le pire film d’animation existant de 2017 ? Il y a toujours pire, mais cela ne veut pas pour autant dire que l’on doit tout lui pardonner. Carlos Saldanha que l’on a connu bien plus inspiré livre ici une réalisation plaçant ce nouveau Blue Sky dans la lignée des productions européennes récentes en termes de technique. J’entends par là que si l’on regarde l’échelle de qualité incroyable offerte par un film comme Coco, Ferdinand de Carlos Saldanha fait tout simplement peine à voir. Basique, voici sans doute le mot qui va le mieux du monde définir la qualité de l’animation et la solidité du scénario. Très vite et c’est sans nul doute le point le plus déprimant de ce film, il devient évident que Blue Sky assume pleinement son choix de ciblage et s’y tient. Ferdinand de Carlos Saldanha est fait uniquement pour un public de 5 a 10 ans. S’y aventurer au-delà tient à s’exposer à des grands moments de solitudes. Ultra simplification de l’histoire, sentiment de déjà-vu interminable dans le scénario, pyramide des relations entre les personnages à la ramasse. Une tonne de détails qui pour un adulte donneront l’impression de marcher pieds nus sur un long tapis de tesson de bouteilles. Pour les enfants par contre, tout est fait pour leur parler. Le côté simple de l’animation, la caricature gentille qui accompagne les personnages, les messages donnant l’impression d’être prémaché et de sortir d’un livre de recettes des bons sentiments. Pour être honnête, il est impossible de se froisser un neurone en regardant ce film. Blue Sky à fait un travail de précision pour enlever du résultat final la moindre touche d’originalité. Pourquoi ? Le mystère persiste.

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Et c’est d’autant plus frustrant quand en se souvenant de l’exposition autour de Blue Sky on pouvait voir la richesse des coulisses artistiques du studio. Oui, il ne s’agit pas de Pixar, certes, mais tout comme Dreamworks, l’envie de ne plus prendre de risques semble être devenu une fin en soit. La faute à qui ? Disney et son monopole dans le domaine qui paralyse la concurrence ? Bonne question sans réponses pour l’instant. Mais une chose est certaine, en regardant Ferdinand de Carlos Saldanha on se demande ce qu’aurait pu être le film si un vrai vent de folie avait bien pris le contrôle de l’œuvre. Épuré, voire même sans âme, le film empile les instants mignons, mais oublie trop souvent de travailler le liant. En résulte un immense sentiment de passivité qui envahit le spectateur adulte pour ne plus le lâcher du début à la fin. Alors oui, il faut se rendre à l’évidence, vos enfants en bas âge risque de passer un excellent moment, mais malheureusement la réciproque ne marchera pas si vous les accompagnez. N’est pas Pixar qui veut et ici tout second niveau de lecture est volontairement absent. Ferdinand de Carlos Saldanha est calibré pour parler et plaire aux enfants et rien d’autre. Dommage.

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