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ITW: Rencontre avec Eric Judor autour du film « Roulez Jeunesse »

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Eric Judor, le nom est légendaire pour beaucoup et c’est toujours inquiétant de rencontrer ses idoles. Et pourtant parfois, cela se passe nickel chrome…

Eric Judor, le nom est pour le moins synonyme de grande heure de rires pour ceux qui ont grandi avec lui dans l’ombre de H ou la tour Infernale. Le genre d’homme capable de vous balancer de la vanne plus vite que la lumière et c’est une des raisons pour laquelle le public a accroché sûrement et moi le premier. Mais avec le temps voici que l’envie d’évoluer vers de nouveaux horizons frappe à la porte et s’éloignant de plus en plus des très grosses comédies mainstream voici qu’Eric Judor a pris le pari d’aller voir ailleurs si l’herbe était plus verte. Pas pour la jouer snob de l’humour, juste pour tenter de nouvelles aventures, prendre des risques et se renouveler quitte à perdre en route des spectateurs de la 1ere heure. Une attitude qui dans le fond le rapproche bien plus qu’on ne le pense de ce qu’est devenu Jim Carrey. La comédie est un art et la beauté de la chose est qu’elle permet de diffuser ces émotions sous des tonnes de formes. Et parfois comme dans Roulez Jeunesse où il incarne un personnage pour le moins à la dérive, cela représente un saut dans l’inconnu. Celui consistant à mettre en veilleuse (en partie) le masque de la mitraillette à vannes et de s’aventurer vers quelque chose de plus épurée. Roulez Jeunesse dans son architecture flirte beaucoup avec le cinéma anglais, la manière dont Julien Guetta montre une attention particulière des personnages. Un désir d’épurer pour aller à l’essentiel et faire en sorte de montrer les gens sous un jour plus réel. Et c’est dans ce mot que l’on découvre toute la complexité du personnage d’Eric Judor. Avouant lui-même avoir eu a plus d’un moment peur de plonger dans certaines séquences du film tant elle l’obligeait à se mettre à nu au sens psychologique. Plus de masques protecteurs de la vanne occultant le vrai lui. Et c’est en creusant sur ce point précis que l’homme dévoile toute sa complexité, loin de l’image parfois excessive que l’on peut avoir, on sent en lui une vraie passion pour la comédie. Exutoire permettant de dépeindre le réel avec une force de frappe parfois bien plus forte ou difficile a accomplir qu’on ne le pense. Et au travers de ces quelques questions le temps d’une interview j’ai eu la chance de plonger dans l’univers d’Eric Judor.

Chandleyr

Roulez Jeunesse est loin des attentes du public , la peur de dérouter ne vous inquiète plus?

Eric Judor
Je pense qu’en tant que comique on meurt a petit feu quand on ressert systématiquement ce que le public a aimer. Sans s’en rendre compte les humoristes qui font les mêmes choses qui ont eu du succès continuent d’en avoir mais toujours un peu moins, jusqu’au jour où le public dit bon… C’est toujours les mêmes trucs que l’on voie de lui alors on arrête… et je crois que c’est l’angoisse de tous les artistes et les gens qui travaillent dans ce métier. C’est de ne plus… pas forcément l’histoire de ne plus être à la mode, mais de ne plus être écouté ou regarder du tout. De ne plus évoquer l’intérêt ou le désir. Et ce désir on le maintient en essayant de proposer des choses différentes à chaque fois. Le risque de cela au final, c’est de choquer le public qui a aimé son œuvre précédente. Et c’est ce qui se passe depuis Steak qu’on a fait avec Ramzy (qui de son côté a aussi fait des films d’auteur et moi Platane). En fait depuis Steak on déroute un peu le public qu’on a fini par perdre en route, mais du coup on finit par gagner une autre frange du public.

Chandleyr
C’est ce que je trouve intéressant justement vous essayer de creuser vers un nouvel horizon pour créer un type de personnage plus dans le réel, plus mature.

Eric Judor
Alors mature je sais pas si jouer vrai, cela exprime une forme de maturité, moi le constat que je fais sur la comédie et le jeu en général est que l’on va vers quelque chose de plus en plus réaliste et c’est un courant que j’ai ressenti depuis une série qui se nomme le Larry Sanders Show et une autre qui m’a vraiment marqué c’est The Office de Ricky Gervais qui plante un nouveau décor du jeu, un nouveau style d’extrême réalisme qui fait que l’on n’a pas le choix. Il faut le prendre ce train moderne, parce que si l’on ne le prend pas des mecs comme Will Ferrell par ex, dont je suis absolument fan finit par donner l’impression aujourd’hui d’être daté. À cause du fait qu’ils n’ont pas pris cette nouvelle direction vers laquelle tend le jeu en général. Et incarner des personnages hauts en couleur comme ce que faisait très très bien Jim Carrey à une époque soudain cela peut finir par paraître daté.

Chandleyr
Quand on regarde Roulez Jeunesse on a cette impression particulière, un peu comme si Richard Curtis récrivait Trainspotting, il y a un vrai point de vue proche de la comédie sociale à l’anglaise.

Eric Judor
Quand j’étais jeune j’étais fasciné par la comédie américaine et aujourd’hui, je suis encore plus fasciné par les britanniques. Je trouve que ce qu’ils sortent aujourd’hui est d’une modernité dingue et ils ont un truc qui me parle plus dans la comédie. Depuis Sacha Baron Cohen en passant par Ricky Gervais et aujourd’hui, je suis absolument fan d’une série qui se nomme Catastrophe (coécrit par un américain et une Irlandaise). C’est ultra-réaliste, cela traite du cancer, des choses dures, de moments de vie que des quadras ou des quinquas peuvent traverser donc cela me parle forcément et en même temps c’est ultra-drôle. Un mélange parfait entre le drame et la comédie, la vie en fait !

Chandleyr
mais justement sur Roulez Jeunesse, son écriture est dans cette lignée, le crescendo vers le drame et la balance avec l’humour est forte et à la fin on se fait cueillir.

Eric Judor
Gloire et honneur à Julien Guetta, c’est lui qui a réalisé et écrit le film. En arrivant sur le film, je me suis vraiment laissé porter par l’univers de Julien Guetta, par sa direction d’acteur. Parfois, je n’étais pas totalement d’accord et il a dû vraiment m’emmener vers ses moments de plus en plus dures et réalistes. Parce que de tout mon corps, je freinais à deux pieds par ce que j’avais peur. Même si j’avais accepté de faire ce film sur le scénario et que je savais vers quoi j’allais, mais pendant le tournage mon naturel revenait au galop et j’essayais de saupoudrer de vannes un peu partout et c’est lui qui a raboté les couches jusqu’à ce qu’il soit le personnage qu’il voulait. Au début j’y suis un peu allé contraint et forcé et à la fin j’ai complètement compris pourquoi il voulait m’emmener vers ce point.

Chandleyr
Mais qu’est-ce qui vous faisait si peur ?

Eric Judor
Le fait que j’enlève toute ma pudeur. Si je fais des vannes dans tous les films où je suis c’est pour cacher cette sensibilité. Faut le planquer un peu quoi… La je suis vraiment à poil devant les gens. C’est quelque chose de vraiment nouveau pour moi.

Chandleyr
Un vrai renouvellement en quelque sorte ?

Eric Judor
C’est très troublant à faire

Chandleyr
Vous n’avez pas peur que le film ait du mal à lutter face aux grosses prods ?

Eric Judor
Pour moi un bon film est un bon film peu importe les moyens ou la promo dessus. Que le film existe ou pas au moment de la sortie c’est une chose et totalement indépendant bien souvent de la qualité du produit. Bien souvent cela dépend de la concordance fortuite des choses. Une question de bon moment pour sortir un film et peu importe la qualité. Surtout dans les comédies, cela marche ou cela ne marche pas. Pas de miracle. L’avantage pour moi aujourd’hui, je suis fière d’avoir fait un bon film et je sais qu’il aura une vie. Que ce soit en salles ou ensuite. Le buzz j’en suis revenue par exemple, j’en ai eu un excellent pour Problemos, mais le public n’y est pas allé pour autant à la sortie. Mais je sais que ce film trouvera son public d’une manière ou d’une autre (rires)

Chandleyr
Et après une expérience comme Roulez Jeunesse, est-ce que cela vous donne envie de creuser dans cette direction pour les prochains projets ?

Eric Judor
Cela fait longtemps quand on parle de réinventions que je veux me réinventer dans ce genre de comédie qui mélange le drame et la blague et je reçois des scénarios… Jusqu’à ce que je reçoive celui de Julien Guetta. Un scénario hors norme et qui avait l’avantage de ne pas être un Ciao Pantin. Cela reste de la comédie, mais cela glisse doucement vers autre chose, du social du drame. Mais on se marre, c’est pas juste « je montre mon côté triste et tout ce qui va avec ». Cela ne me dénature pas. Je reste moi-même en partie, léger et un peu drôle mais cela m’a permis de tremper les pieds dans un autre univers et j’ai eu la chance d’avoir ce bijou en mains. Et si j’en ai un autre ce sera avec plaisir bien entendu.

Itw faite par Chandleyr pour le Journal des sorties via MenschAgency

La critique du film est disponible ici: Lien critique

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