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Eperdument, la vie d’Adèle passe par la case prison…

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Comment créer une Love Story qui prend ses fondations dans un drame horrible ? En l’occurrence l’affaire Ilan Halimi. C’est pourtant ce qu’ Éperdument tente maladroitement de faire en nous offrant sous nos yeux ébahis les contours très sinueux de l’histoire d’amour entre le directeur d’une prison et la jeune femme ayant servi d’appât pour le gang des barbares. On ne va pas se mentir, la chose est atrocement casse gueule et malheureusement pour lui Pierre Godeau se prend assez vite les pieds dans le tapis. Je ne suis pas forcément ultra-fan ni de Guillaume Gallienne ou Adèle Exarchopoulos, mais a différentes hauteurs, le talent de ces deux acteurs est là. Et surtout pour Adèle sorte de Béatrice Dalle jeune, du moins dans la sensualité teintée de dédain qu’elle peut dégager, j’attendais que la magie opère à l’écran entre les deux acteurs. C’est parfois le cas, mais très vite, elle se retrouve prise au piège de deux choses assez forte, un scénario qui ne réussit pas à tenir la route et surtout une réalisation qui semble ne jamais avoir véritablement envie de donner une véritable couleur à l’ensemble. Ne serait-ce que de par son titre, on s’imagine vaguement qu’Éperdument va être fougueux ou intense. La vérité à mes yeux est que le film reste sage.

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La faute a un angle de départ casse-gueule. L’histoire avec Ilan Halimi même si elle n’est pas le centre du film, occupe une sorte de place inconsciente dans l’esprit du spectateur. Comme un voisin bizarrement silencieux qui viendrait s’asseoir à côté de vous pendant la séance et qui au lieu de regarder l’écran vous regarde vous. Vous savez que son regard est là. Son ombre vous pèse et empêche un peu de se plonger pleinement dans le reste. On se dit qu’il est impossible d’apprécier de tels personnages que ce soit d’un côté comme de l’autre. Et c’est ici que le point de scission du film va s’opérer, tout est question de jugement. Il y a les romances positives qui font rêver et sont les fondations du bonheur du spectateur et il y a les autres. Ces retranscriptions de relations toxiques, destructrices qui emmènent dans des coins sombres. Le problème est qu’ici Éperdument en se tenant à distance respectable du sujet Ilan Halimi qui pourtant est le nœud dramatique de départ en quelque sorte manquant à la psychologie du personnage d’Adèle Exarchopoulos, le film a très vite une allure un poil bâtarde qui l’handicape et ce jusqu’à la fin. Oui, les deux acteurs sont des Rolls, mais si le scénario ne leur offre pas suffisamment de caviars pour tenir jusqu’à la fin de la fête, ils se retrouvent assez vite à devoir faire avec les moyens du bord. C’est bien le souci…

Naviguant entre un manque d’émotion palpable et une certaine lourdeur dans le traitement des envolés émotionnels, le film ne marche jamais pleinement. Oui, on se laisse avoir par endroits, mais cela est du uniquement à l’alchimie fugace entre Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos, le reste du temps on s’interroge. On se dit qu’il est difficile d’adhérer à cette histoire. En partie à cause de la sécheresse du script et de la réalisation, mais aussi de par l’ombre du passé de cette femme. Et c’est une lutte entre son propre jugement humain et artistique qui s’opère. D’une certaine façon, c’est tout à l’honneur du film de Pierre Godeau vu qu’il ne laisse pas fondamentalement indifférent. On est toujours pris au piège de deux sensations envahissantes. Dualité qui n’aurait pas existé si le film n’avait pris la décision bâtarde de rester loin des véritables zones d’ombre du personnage d’ Adèle Exarchopoulos.

Éperdument est-il pour autant raté ? Pas forcément, mais le manque de feu porté par le réalisateur pénalise les ambitions du film. Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos ont beau faire tout ce qu’ils peuvent pour maintenir la tête hors de l’eau du spectateur, il arrive un instant où celui-ci finit par décrocher pour des raisons artistiques ou humaines. Dans mon cas ce fut un savant mélange des deux. Je reconnais certaines qualités à l’ensemble, mais difficile de passer sous silence qu’au final le feu de la passion qui anime Éperdument est bien faible la plupart du temps.

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