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Dr Strange, Benedict Cumberbatch s’essaye à la magie…

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Dr Strange est enfin là et comme pour chaque nouveau film Marvel qui arrive sur les écrans, on est en droit de se poser la question de la qualité finale du produit. En effet avec le temps les productions Marvel ont eu droit à des hauts et des bas pour ce qui était de la magnificence du scénario. Il y a eu des accidents heureux comme The Winter Soldier ou les Gardiens de la Galaxie, mais il y a eu aussi des incidents de parcours frôlant l’escroquerie comme Ultron ou le pétard mouillé « Civil War ». On était donc en droit de s’inquiéter concernant Dr Strange et à la découverte du produit final, on est un peu mitigé. Non, le film de Scott Derickson n’est pas honteux du tout, il serait malhonnête de dire le contraire. Est-il parfait pour autant ? Pas vraiment. Calibré jusqu’à l’extrême, la vraie faiblesse de Dr Strange est qu’il tente de faire passer bien souvent du vieux pour du neuf, comptant sur le fait que le jeune public ne connaît pas les références que le film déploie. D’autres l’on fait avant lui, donc on ne peut pas vraiment lui en vouloir. Mais cela laisse malgré tout un petit coup d’inachevé ou juste de frustration face à ce que le film aurait pu être si le scénario avait pris un peu plus de risques.

Dr Strange est une « origin story » dans tout ce qu’elle a de plus classique au regard des codes Marvel. Mais si on la compare par exemple avec le premier Iron Man ou bien même le premier Captain America qui reste le meilleur film Marvel dans ce genre précis, le film de Scott Derrickson a quelques points négatifs impactant l’empathie que l’on peut avoir pour le personnage principal ou même les secondaires. Là où Captain America réussissait à se jouer du côté standardisé de Steve Rogers, ce n’est pas la même chose avec Strange. Le film ne perd pas vraiment de temps et saute d’une étape à l’autre de son parcours bien souvent de façon très mécanique. Et c’est là que le bât blesse donnant ainsi le feeling de voir un scénario très schématique se dérouler sous nos yeux. Certes, cela fonctionne grâce à Benedict Cumberbatch qui du fait de son talent naturel se font assez facilement dans tous les rôles, mais c’est la galaxie de personnages autour de lui qui pâtit le plus des faiblesses du scénario. Rachel Mc Adams ne sert à rien, cela aurait pu être n’importe qui d’autres nous n’aurions pas vu la différence. Un peu comme Nathalie Portman dans Thor… vient ensuite Chiwetel Ejiofor pour qui Dr Strange fait aussi figure d’Origin Story… le défaut est que le scénario décide dans un coup de poker assez bizarre de le faire complètement passer au 3e plan derrière deux autres personnages Tilda Swinton et Mads Mikkelsen. Pas que les deux soient mauvais, loin de là. Mais dans la pyramide des rôles qui se dressent devant nous, force est de constater qu’en bout de course, ils sont malheureusement anecdotiques. Tilda Swinton dans le rôle du mentor (comme on en a déjà vu 1000 fois) et Mads Mikkelsen dans le rôle du méchant (tristement basique et sans véritable développement).

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Et du coup le personnage de Chiwetel Ejiofor qui de par sa nature est celui qui aurait dû être mis beaucoup plus au premier plan face à Strange se retrouve dans le rôle du sidekick assez banale. Ce qui amoindrit d’emblée le final. Le tout finissant par donner à Dr Strange ce côté un peu particulier de la machinerie huilée à l’extrême qui sait exactement ce qu’elle doit faire pour plaire à son public, quitte à couper dans le gras parfois jusqu’à l’extrême. Les Gardiens de la Galaxie avaient eu le coup de génie d’injecter un humour particulier et efficace, servi à merveille par un groupe de personnages tous plus fous les uns que les autres. Ici la mayonnaise à parfois du mal à prendre. Benedict Cumberbatch amène des petites punchlines au personnage de Dr Strange, mais la chose semble bien souvent anachronique avec le reste de l’histoire. Je ne dis pas que c’est à chaque fois raté, on a juste cette impression de voir un truc rajouté en dernière minute pour changer la tonalité du récit. Même si Benedict Cumberbatch est un acteur de talent, il n’a pas ce petit truc en plus qu’on Robert Downey Jr ou Chris Pratt pour faire basculer de façon fluide une situation tendue vers l’humour. Et que peut-on dire de la réalisation allez-vous me dire ? Elle est honnête, mais à parfois une fâcheuse tendance sous couvert de nouveautés à recycler. Les combats sont dans la veine de ce que Matrix faisait il y a plusieurs années, tout en pompant eux même ce que Hong Kong fait depuis plus de 30 ans. La chaîne du recyclage est longue et cela enlève du coup un peu de flamboyances à l’ensemble et vient ensuite le fameux clou du spectacle. Les combats dans les dimensions des sorciers. Ce que vous pouvez voir dans les bandes-annonces sorte de mix entre Inception et un mauvais trip au LSD est un peu particulier. Certains accrocheront, d’autres comme moi et surtout en 3D auront peut-être du mal. Passer le premier combat et l’effet de presque surprise que l’on peut avoir en voyant la chose, l’ensemble apparaît à la longue comme un poil artificiel voire même à la limite de la roue libre dans les derniers combats. Effet de style pas forcément contrôlé à fond, ce PLV marketing sonne en bout de course comme un peu creux, alors qu’il y avait vraiment moyen d’en faire autre chose.

Pour autant est-ce qu Dr Strange est un navet raté ? Non, Benedict Cumberbatch y est bon et donne vie de façon assez convaincante au personnage de Dr Strange. On regrette juste que dans le film personne d’autre (par la faute du script et a aucun moment des acteurs…) n’arrivent à le suivre. Le scénario prend d’emblée le choix de se focaliser uniquement sur Strange et de ne n’utiliser les autres personnages que comme des accessoires de développement, jamais comme des vraies entités. C’est un choix mécanique compréhensible dans ce qu’est devenue la galaxie Marvel, mais c’est un poil dommage vu qu’au final cela transforme Dr Strange en un divertissement agréable mais bancal alors qu’il avait tout pour être vraiment bon. On est loin de l’arnaque Ultron, mais malheureusement assez loin aussi d’une réussite complète.

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