Critiques de films Films français

Alone,le survival adolescent gore de Thierry Poiraud.

alone-thierry-poiraud

Sur une île isolée au large de l’Ecosse, six adolescents se réveillent seuls dans leur pensionnat : surveillants et professeurs ont mystérieusement disparu. D’abord ravis d’être libérés de toutes contraintes, ils finissent par prendre la route, en quête de réponses.Devant eux se dessine progressivement l’apocalypse : tous les adultes se sont transformés en prédateurs sanguinaires et attaquent les enfants.Désormais, pour survivre, le groupe doit répondre à deux questions : comment quitter l’île ? Et à quel âge devient-on adulte?….

Alone de Thierry Poiraud rentre dans cette catégorie des petits films de genre qui sortent de nulle part et surprennent dans le bon sens. Pourquoi ? Car loin des excès que l’on peut parfois trouver quand le cinéma français s’aventure dans le « genre fantastique » ou autre, Alone de Thierry Poiraud est très sérieux dans son approche. Réalisé pour un peu moins de 2 millions d’euros, le film n’a pas a rougir de la comparaison avec d’autres productions coûtant beaucoup plus, la raison est simple, Alone de Thierry Poiraud tire le meilleur partie de son environnement pour dans un premier temps créer une véritable ambiance et dans un autre temps, le film repose surtout sur un scénario solide et diablement nihiliste. La perte de l’innocence et ce moment où les enfants cessent d’en être pour devenir des adultes est mis en avant avec une cruauté et une certaine forme de douceur assez intrigante. Les deux n n’étant pas forcément fait pour cohabiter et pourtant. C’est un peu comme si Alone de Thierry Poiraud prenait l’approche horreur psychologique du cinéma d’horreur espagnol et le mixait avec la violence frénétique du remake de l’Armée des morts par Zack Snyder. À la seule différence qu’ici ce sont des enfants ou des ados qui portent et prennent les coups. Alone d’ailleurs de ce point de vue ne les retient pas justement les coups. C’est ce qui donne au film une aura si particulière.

Le travail de mise en scène de Thierry Poireaud contribue énormément à la réussite de l’ensemble. S’appuyant aussi bien sur l’immensité désertique (par la force des choses) de l’ile où se déroule l’histoire autant que sur son casting de jeunes comédiens, Alone de Thierry Poiraud développe un malaise lent et insidieux. Il ne faut pas vraiment longtemps pour que l’histoire nous envoie un signal clair et limpide, celui qui s’accompagne d’un « abandonne toutes espoirs » car ici, cette chose n’a en grande partie plus lieu d’être. C’est pour cela d’ailleurs qu’Alone se démarque du lot, il n’hésite pas a y aller pleinement quand il s’agit de tuer des personnes que l’on pensait intouchables. L’histoire reposant sur des enfants, on sait d’emblée que certains mourront tout comme d’autres révéleront une autre facette de leurs personnalités. La frontière entre les illusions enfantines et la froideur animale accompagnant le passage a l’âge adulte s’accompagne aussi bien de moment de tendresses fugaces entre certains héros que de déluges de tensions et de sang le reste du temps. C’est dans cette incessant pas de danse laissant le spectateur autant sur les nerfs que les héros du film qu’Alone de Thierry Poiraud réussit son coup.

La vraie déception qu’engendre le film est de voir ce dernier ne pas avoir droit à une sortie en salle. À une époque où les salles s’abreuvent de productions d’horreurs formatées et déclinant toujours les mêmes ficelles, il est triste de voir les salles obscures passer à côté d’une vraie proposition de cinéma de genre. Alone de Thierry Poiraud ne fait pas dans l’humour ou le volontairement lisse. C’est aussi humain que bestiale et c’est surtout en termes de réalisation sûrement l’un des films de genre français les plus surprenant que j’ai pu voir depuis pas mal de temps. Flirtant la plupart du temps dans son approche et ADN avec la nouvelle vague espagnole du cinéma d’horreur, Alone de Thierry Poiraud est l’archétype même du petit film bien plus fort qu’on ne le pense et qui malheureusement risque de passer entre les gouttes. Donc si vous avez l’occasion de le voir en VOD n’hésitez pas, c’est une excellente surprise.

>> Sortie le 1er avril 2016
(Condor Entertainment)

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply