Critiques de films Films français

De plus belle- Critique du film

Lucie est guérie, sa maladie est presque un lointain souvenir. Sa famille la pousse à aller de l’avant, vivre, voir du monde… C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Clovis, charmant… charmeur… et terriblement arrogant. Intrigué par sa franchise et sa répartie, Clovis va tout faire pour séduire Lucie, qui n’a pourtant aucune envie de se laisser faire. Au contact de Dalila, prof de danse haute en couleur, Lucie va réapprendre à aimer, à s’aimer, pour devenir enfin la femme qu’elle n’a jamais su être. Pour sa mère, pour sa fille, pour Clovis…

De plus belle et ce malgré son titre un poil poétique aurait de quoi faire fuir le grand public, la thématique du film n’aide pas. En effet comment ne pas avoir peur quand on entend le thème central de l’histoire : le cancer. On se met à penser que le pathos va être trop fort et bizarrement assez vite c’est tout le contraire qui se produit. Le casting, la réalisation et l’écriture d’une finesse assez touchante font voler en éclat les réticences du spectateur et d’un coup on se laisse emporter. De plus belle, n’est pas un film misérabiliste, bien au contraire il est l’inverse, lumineux, humain. Le duo Florence Foresti et Mathieu Kassovitz y est pour beaucoup. Comment se reconstruire quand on est une femme victime du cancer du sein, attaqué dans ce que l’on a de plus précieux, il est impossible d’envisager à nouveau d’aimer, de s’accepter tel que l’on est de passer au-delà de la peur du regard d’autrui. De plus belle, prend toutes ces craintes en compte et fait en sorte de ne rien mettre en place comme on l’attendait ou le craignait. Comment ? En soignant ses personnages principaux et secondaires. Nicole Garcia rayonnante et subtile, Jonathan Coen d’un humour protecteur faisant mouche à tous les coups, Olivia Bonamy parfaite en grande sœur dépassée par les évenements. Mais tout cela n’est rien sans s’arrêter sur les deux points forts du film.

Faire une comédie romantique en naviguant au milieu de la thématique du cancer demande un poil de finesse et surtout deux acteurs capables de passer du rire aux larmes sans que l’on est l’impression nauséabonde de se faire prendre en otage. Kassovitz dans ce rôle de gentlemen queutard aussi tête à claque qu’attachant fait le job avec une joie assez communicative. Pas simple de rendre sympathique un connard qui ne pense qu’a sauté tout ce qui bouge avant de passer à la prochaine proie et pourtant une fois de plus, l’écriture aussi bien que le talent naturel d’acteur du monsieur réussit à faire passer la pillule. Tout comme l’on peut le penser, le personnage est bien plus subtil que l’on ne pouvait craindre et c’est au travers de ce paysage psychologique que navigue Florence Foresti. Loin de la femme comique tel que l’on s’attend à la voir, elle développe au travers de ce personnage le portrait d’une femme terriblement humaine. Perdu entre sa vie à la dérive et ses doutes sur l’avenir, l’idée d’une romance qui se profile avec Kassovitz est tout sauf ce qu’elle aurait cru voir possible. Il est vrai que lorsque l’on a tout simplement plus la moindre confiance en soi, en son corps et en son pouvoir de séduction comment faire pour croire que l’on peut être belle. Que l’on peut simplement apparaître comme étant belle dans les yeux d’un homme ne sachant pas ce qui se cache derrière le maquillage et la perruque. Le regard féminin qui est posé du début à la fin sur l’histoire est délicat et cela fait du bien.

Loin d’une narration à l’américaine ou le pathos aurait enfoncé la porte, sauter sur le canapé et chier dans les corn-flakes, De plus belle joue la carte de la force tranquille. On peut bien dire ce mot pour définir le personnage qu’incarne Florence Foresti, car la vraie force de son rôle est qu’elle embrasse chacune des prétendues faiblesses de son personnage pour les transformer en parcelles d’espoirs. De plus belle n’est jamais fixé uniquement que sur le présent, il pousse le spectateur comme l’héroïne à voir au-delà, plus loin encore et toujours en se disant que malgré la grisaille du quotidien, il y en a un d’avenir. Que l’on soit boiteux de l’intérieur ou de l’extérieur, ce n’est pas une raison pour jeter l’éponge. Et c’est peut-être ce qui fait le plus de bien dans ce film, au-delà de tout, on est devant un film humaniste et qui sait aussi bien faire rire avec talents qu’émouvoir avec passion. Une vraie petite réussite dans son genre.

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