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Croc-Blanc, relecture du mythe et réussite imprévue…

Croc-Blanc est un classique archi-connu, l’idée de le voir en film d’animation me laissait froid. Je suis du coup assez content d’admettre avoir eu tort face au résultat fort sympathique de ce film.

Croc-Blanc en 2018, ce n’est pas forcément évident. L’histoire est archiconnue et l’on se demande au final ce que l’on va pouvoir apporter de plus à l’entreprise. Voici à n’en pas douter une question parmis tant d’autres qui a dû passer par l’esprit d’Alexandre Espigares, le réalisateur du film. La bonne surprise de ce film d’animation est qu’au final sans pour autant révolutionner le genre, il réussit à redonner un coup de fraicheur à l’ensemble. Le tout grâce à des choix artistiques et graphiques qui passent bien mieux que prévu. La 3d a toujours été le domaine de prédilection des Américains, par manque de moyens dans les budgets les productions européenes ont toujours eu du mal à combattre. Pourtant, Croc-Blanc passe au-dessus de cette problématique en se débrouillant à merveille avec les cartouches en sa possession et les choix qui s’empilent devant nos yeux finissent par donner naissance à quelque chose d’aussi singulier que charmant. Une surprise assez inattendue dans le fond. Mais de quoi parle cette nouvelle version de Croc-Blanc vont me demander les deux du fond qui n’ont pas suivi ? La réponse est simple : Croc-Blanc est un fier et courageux chien-loup. Après avoir grandi dans les espaces enneigés et hostiles du Grand Nord, il est recueilli par Castor Gris et sa tribu indienne. Mais la méchanceté des hommes oblige Castor-Gris à céder l’animal à un homme cruel et malveillant. Sauvé par un couple juste et bon, Croc-Blanc apprendra à maîtriser son instinct sauvage et devenir leur ami.

croc-blanc Alexandre Espigares

Graphiquement proche d’une peinture animée et artistiquement à la croisée des chemins, Croc-Blanc remet la nature au 1er plan bien avant les humains. D’une durée assez courte, il est assez étonnant de voir qu’une grosse partie du film est sans dialogues, mettant en avant Croc-Blanc et sa mère, la nature et nous poussant juste à contempler. Là où d’autres films tirent de grosses ficelles cousues de fils blancs pour faire avancer sa narration, Croc-Blanc tente le plus possible de passer à côté de ce piège. Est-ce que l’on est face à une réussite en permanence sur le sujet ? Non, pas forcément. La production respecte son cahier des charges de film d’animation en direction des jeunes enfants et les lieux communs du genre sont là. Mais dans sa manière de jongler entre classique et artistique plus contemplatif qu’autre chose, le film d’Alexandre Espigares développe une aura un peu particulière. Lui donnant presque l’allure d’un accident de parcours dans une production du genre parfois trop balisé. Et c’est dans le fond ce qui fait tout le charme de ce film. L’humain devient ici accessoire pour nous plonger dans les méandres d’un monde différent, celui des animaux. On retrouve la joie béate par instants que l’on pouvait avoir en découvrant l’original dans les années 80. Le fait de plonger dans un récit revu à la sauce 3d offre du coup à ce Croc-Blanc la possibilité de surpasser ce qui à déjà été fait à l’époque du film live en termes de visuels. Et là où l’on pensait que le budget plus faible qu’une production US serait un souci, Alexandre Espigares montre qu’avec un peu d’idées et d’envie et un vrai sens artistique rien n’est vraiment impossible.

croc-blanc Alexandre Espigares

Croc-Blanc est-il le film de l’année dans son domaine ? Pas forcément, mais la vraie chose intéressante avec lui est que là où d’autres tente de singer les codes US jusqu’à s’y perdre violemment, il part à contre-courant. Développant ainsi son style et sa propre identité. Un heureux accident donnant naissance à un film respectant assez brillament les codes du divertissement grand public. Le tout en n’oubliant jamais d’y injecter un peu de nuances dans la manière dont agissent ses personnages principaux. Il devient rare dans le domaine d’animation de trouver des productions capables de parler aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Le fait d’avoir un double niveau de lecture demande une certaine finesse d’écriture et l’envie de créer quelque chose de neuf en dehors des sentiers battus. Inutile de se mentir, la plupart du temps cette envie finit tailler en pièces dans les griffes du cahier des charges des producteurs ou s’écrase contre l’indifférence du public. C’est un pari audacieux à chaque fois, mais comment ne pas respecter ceux qui prennent la décision de se lancer sur cette route incertaine plutôt que celle de la facilité. Une jolie surprise.

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