Critiques de films

[Critique] Wrong- Quentin Dupieux- Critique du film

Dolph a perdu son chien, Paul.Le mystérieux Master Chang pourrait en être la cause. Le détective Ronnie, la solution.Emma, la vendeuse de pizzas, serait un remède, et son jardinier, une diversion?Ou le contraire. Car Paul est parti, et Dolph a perdu la tête.

Entrer dans l’univers de Quentin Dupieux est pour le moins particulier. C’était pour moi le premier voyage que je faisais avec ce film « Wrong », premier trip diront certains, car au final, le film en a tous les symptômes et alors que je m’attendais à ce que la sensation de rejet soit la plus complète, c’est au final le contraire qui se produit. Oui « Wrong » n’est pas vraiment tout public, absurde, dopé au non-sens et complètement abscons a plus d’un point, le film développe pourtant une poésie surréaliste assez particulière. D’une certaine façon Dupieux me fait penser a Bunuel. Nous sommes face à un artiste qui est tout simplement tellement perché loin, si loin que le reste des essais narratifs fait par ses contemporains semble si distant…que toute forme de comparaison est un peu inutile. Oui Dupieux est un Ovni, son cinéma aussi et il le vit très bien. C’est donc au public de se faire une raison, de laisser ses a priori aux vestiaires et de s’engager dans cette 4e dimension pour le moins hallucinante.

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William Fichtner est un homme connu aussi bien pour ses seconds rôles et que ses apparitions Tv dernièrement. Mais dans l’inconscient collectif, sa participation à la série Prison Break reste marquée au fer rouge dans l’esprit des téléphages, ce qui rend son apparition en Mr Chang ( personnage névralgique du film…) encore plus hallucinante. Imaginer un court instant un gourou parlant avec un accent mi chinois, mi-écossais, mais en étant blanc et qui prône un retour aux valeurs de l’amour pour son chien. Le tout en élaborant les stratagèmes les plus tordus pour s’assurer que cela fonctionne…Ça y est, vous avez à peu près une idée? Très bien, car au final vous pouvez la ranger dans un coin ou vous assoir dessus. Fichtner sous la plume et la caméra de Dupieux amène le film et son récit pour le moins surprenant à un niveau de comédie assez fou. En choisissant un postulat de départ au final simpliste « la relation entre un homme et son chien et la solitude qui va avec », Dupieux ancre son film dans un réalisme passif assez universel. Tout le monde se reconnaîtra dans le personnage de Dolph et sa vie pourrie a plus ou moins un ou plusieurs niveaux. Le réalisme de l’ensemble ouvre un boulevard au placement de la comédie et décuple le potentiel de cette dernière.

Comédie le mot est lâché et pas qu’un peu. Un peu comme une bête féroce soudainement mise sous acide, l’humour de Quentin Dupieux se désolidarise de la meute pour explorer la cartographie du rire par lui même. Il se balade, tente des chemins frôlant la qualification de hors-piste absolue, n’hésite pas à se mettre en danger en termes narratifs et tente à peu près tout ce que les autres réalisateurs n’oseraient pas faire dans une comédie du même type. C’est dans sa différence que réside l’essence de son style et il dispense ce dernier avec parcimonie sur un panel d’acteurs totalement apte à le recevoir, supporter et l’amplifier. Au-delà du héros principal juste barré et contemplatif dans l’amas de galères lui tombant dessus ( il est une variation du spectateur ne comprenant plus du tout ce qui se passe…) on ne peut que se réjouir de voir Eric Judor une fois de plus s’enfoncer lui aussi vers autre chose. Identique a Dupieux sur le fond et dans sa recherche continue d’un ailleur novateur dans l’humour ( Platane en témoigne…), il touche ici du doigt l’essence même du non-sens dans le rôle de ce jardinier absolument ailleurs. Chose qui au finish colle plutôt bien avec l’esprit du film.

D’ailleurs, définir ce dernier est assez particulier. On a l’impression pour être totalement honnête de tomber dans un épisode de la 4e dimension où le spectateur retrouve son esprit projeté dans le corps de l’acteur principal. Il voit au travers de ses yeux, comprend via son cerveau le peu qu’il arrive à comprendre et s’inquiète de justement être totalement à la masse pour le reste. Ce jusqu’à l’instant T où l’on se dit que ce chien et le lien émotionnel que le héros possède avec lui pourraient être la seule et unique chose nous permettant de revenir sans encombre vers un semblant de normalité. Du coup on se raccroche à cela et l’on donne toute l’énergie que l’on a pour s’accrocher. Travail d’équipe et immersion participative, Wrong est simpliste en surface et de plus en plus tordue au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans les méandres de sa non-histoire « apparente ». C’est là-dessus que se construit vraiment le sel de l’expérience Dupieux. Premier pas dans son univers et sûrement pas le dernier ( même si ce n’était pas gagné au départ), Wrong fait partie de cette gamme de films qui assument du début à la fin, le fait d’être un énorme trip. Mais pas un de ceux que l’on qualifie de vains ( enfin, cela dépendra des goûts), car Quentin Dupieux fort d’un univers très particulier et d’une identité visuelle forte fait en sorte que son film ne s’écroule jamais en pleine course. Ce n’était pas gagné d’avance, mais pourtant c’est bel et bien le cas. Alors après la chirurgie plastique, le pneu serial killer et l’homme ayant perdu son chien, je me demande où va partir l’esprit malade de Quentin Dupieux pour son prochain film. Quelle que soit la destination, il m’a convaincu de prendre un ticket pour la suite. Chapeau Bas je n’y croyais pas.

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