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[Critique] Wrong Cops – Quentin Dupieux – Critique du film

Autant après avoir découvert tardivement les films de Quentin Dupieux j’avais eu une sorte de coup de cœur pour le côté décalé de son œuvre, mais en assistant à l’expérience pour le moins déconcertante qu’est « Wrong Cops », je dois bien reconnaître que le monsieur m’a totalement perdu en route. Et encore quand je dis cela, je pèse mes mots. Pas que son dernier opus soit mauvais, il peut réussir à tirer des rires par intermittence, mais a mes yeux, il souffre d’un énorme problème que je trouve un poil anti cinématographique…dans le fond ce film ne raconte juste strictement rien. Oui, rien. Le tout maquillé dans un enchainement de petites scènes marchant plus ou moins bien les unes avec les autres, mais qui en bout de course laissent totalement perplexe face à la qualité de l’ensemble. Dupieux avec ce film signe un film de pote flirtant avec le délire bobo, à mes yeux ( et ce n’est que mon avis) le film se rapproche magnifiquement de l’œuvre de Sebastien Tellier, personnage avec qui Dupieux commence malheureusement à avoir beaucoup trop de points communs, de drôle au début, le virage vers creux se dessine très vite pour finalement se perdre dans un abime de vide englobant tout sur son passage. Wrong cops est malheureusement le point culminant d’une forme de non-cinéma. C’est un peu ennuyeux à vrai dire.

Je dis cela pour la simple et bonne raison que j’aime le côté barré de Dupieux qui assume son univers, mais au bout d’un moment, l’ennui est que les limites de ce dernier deviennent trop visibles à force de tourner en rond. Ce qui est bien le cas avec ce nouveau film. Parodique, anecdotique, pathétique…la liste des qualificatifs est assez monstrueuse pour définir les nombreux sentiments qui vont vous prendre à la gorge en regardant ce film. Mais le sentiment majeur est et restera de ne pas du tout avoir été intégré au film du début à la fin. Dupieux s’amuse comme un enfant avec ses jouets et ses acteurs. Filmant l’absurde avec folie, il oublie de la partager et de la rendre communicative. On ne s’intéresse jamais vraiment au personnage présent dans ce film, de par le simple fait qu’il y’en a trop. Là où Wrong avec peu de personnages et un univers aussi fou montrait une cohérence passionnante dans l’absurde, Wrong Cops se perd en route et donne naissance à un délire en roue libre complète où rien n’est fait pour s’ouvrir à un public large. Le film est fait pour les fans hardcore de Dupieux, mais pas pour les autres. Est-ce que cela enlève quelques bons moments au film ? Pas vraiment, mais l’impression de ne jamais savoir ce que l’on regarde finit par lasser en bout de course. Wrong dénotait d’une forme d’empathie et d’approfondissement narratifs aussi bien dans la création de son univers que de ces personnages, que Wrong Cops n’accomplit jamais.

C’est en assistant d’une certaine façon impuissant à cette déconvenue que l’on ne peut s’empêcher d’être déçu. Le talent de Dupieux est toujours palpable, mais c’est la nécessité de se renouveler ou de se donner de nouveau challenge qui s’impose. Inutile de crier à la mort artistique d’un cinéaste pour un seul film, je ne doute pas que Dupieux arrive à me surprendre ( ou pas…) avec ses autres films. Je croise juste les doigts pour que ces prochaines œuvres s’éloignent de l’onanisme cinématographique fait pour satisfaire ses pulsions créatives. Le cinéma c’est comme le sexe, c’est meilleur à deux ou à plusieurs. Quand ce n’est pas le cas, j’ai l’impression de finir à regarder la sextape d’un réalisateur sur Youporn, c’est un peu gênant.

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